les écrits




DERNIER BULLETIN DE LIAISON
Bulletin de liaison N°24 Avril-mai 2019


Bulletin de liaison n°24 - Avril-Mai 2019
133 bis rue de l'Université-75007 - email : amicalemrp@laposte.net
Site historique : www. amicalemrp.org


La campagne européenne vue de... Normandie
Entre deux averses, ou deux éclaircies, tandis que les enfants s'amusent sur la plage, que leurs parents vaquent à leurs occupations, les élections européennes, maintenant si proches, semblent encore lointaines. Là-bas, à Paris, un jeune Président s'agite, une quinquagénaire blonde s'époumone, accompagné d'un grand adolescent au verbe haut, un homme mûr rêve de ses vingt ans et veut refaire la révolution, un jeune moine-soldat tente de rameuter ses troupes et derrière la cohorte de tête quelques opportunistes s'incrustent, avides de places. Nous parlent-ils du beau rêve européen de Robert Schuman et de Jean Monnet, de Konrad Adenauer et de Jacques Delors ?  
Bien peu. Il faut tendre l'oreille. Où sont passés le souffle, l'espérance des premières campagnes, de celle de Simone Veil en 1989 ? Certains voudraient aujourd'hui nous faire le coup du chantage : 'Moi ou le chaos' disait jadis le général de Gaulle, 'Nous ou... le Rassemblement national' répète-t-on. Mais personne ne veut se voir enfermer dans un tel choix. En Normandie, la vie continue. Tandis que les derniers gilets jaunes, sur les ronds-points, trainent leur colère et leur désespérance, la campagne européenne se déroule dans une morne indifférence. Prémices d'un taux d'abstention important, tel qu'annoncé par les sondeurs ?
Et les élus me direz-vous. Certains, prudemment, suivent Hervé Morin, le président du Conseil régional, Jean-Léonce Dupont, le président du Conseil départemental du Calvados, Philippe Bas, le sénateur de la Manche, Catherine Morin-Desailly, la sénatrice de la Seine-Maritime, tous issus de l'UDF ancienne, celle du temps où nous étions si nombreux, et unis. Ils sont derrière François Xavier Bellamy. D'autres se disent que Jean-Christophe Lagarde est le seul à défendre une liste uniquement centriste. Les soutiens de Nathalie Loiseau, quant à eux, se font bien discrets.
Et moi, au seuil d'une vie militante de plus de quarante et un ans au service de la démocratie sociale d'inspiration chrétienne, j'observe avec tristesse notre famille centriste éclatée, divisée, dispersée... même sur cette Europe qui nous tient tant à coeur. Le soleil se couche sur la Normandie de Jean Lecanuet... et sur le centre.
Albert Kalaydjian
12 mai 2019

‘'Nous vivons un moment incroyable. Le premier enjeu est intérieur: avec l'effondrement des forces politiques qui avaient exercé le monopole du pouvoir depuis soixante ans, un changement inédit de la politique française est intervenu, un changement probablement sans précédent depuis 1958.
Après le grand débat, un deuxième acte de ce changement, encore plus ambitieux, est maintenant annoncé. Et le deuxième enjeu est européen: cette fois, ce qui n'a jamais été le cas, la question n'est plus celle de la forme que doit prendre l'Europe, mais purement et simplement celle de la survie de l'Union européenne. L'Europe doit-elle être une résistance face aux puissances immenses qui veulent la soumettre, ou doit-elle plier? Sur chacun de ces deux enjeux, intérieur et européen, le président de la République est le principe mobilisateur: il faut donc serrer les rangs autour de lui. ‘'

François Bayrou , entretien Le Figaro 17 mai 2019

Drôle de campagne ! Ou morne campagne ! Où est passée l'Europe ?
Jamais campagne électorale ne fut perturbée comme cette  campagne pour l'élection du Parlement Européen .C'est une élection qui traditionnellement connait des records d'abstention. Six mois de manifestations des Gilets Jaunes, ponctuées d'émeutes bruyantes et destructrices certains samedis, ont alourdi le paysage politique. Le débat national qui s'ensuivit au fil des semaines devait apporter des solutions aux aspirations légitimes de nos concitoyens qui se reconnaissaient dans ce mouvement.
Le 15 avril, à l'heure où le président Macron était sur le point de dévoiler des conclusions tant attendues, c'est l'incendie de Notre Dame de Paris qui envahit les écrans et le coeur des Français d'une tristesse  unanime. Pour les croyants et incroyants, ce fut un choc terrible qui toucha  le monde entier ! Posée au coeur de la capitale  depuis plus de 850 ans,  sereine, solide avec ses deux tours et sa flèche audacieuse, elle n'était pas seulement une carte postale pour touristes. Aux premières flammes la peur a envahi chacun de nous, comme si tout un pays avait compris  que cette cathédrale  abritait notre âme collective. Indestructible, elle avait bravé tant de siècles avec les guerres, les crises religieuses, les intempéries. Cet incendie  a été un été choc car il a touché un repaire fiable, c'est pourquoi tant de parisiens se sont déplacés pour voir de leurs yeux  ce qui n'était pas croyable. Un spécialiste des émotions écrivait : si Notre Dame peut disparaitre, cela nous renvoie à l'idée  que tout peut disparaitre : les parents, la démocratie, la Terre...On n'est jamais émus pour rien.
Notre Dame des larmes, Notre Dame notre Histoire, Notre Dame du chagrin,  Notre Ame de Paris ! Le coeur en cendres .....Titrait  la presse. Stupéfaction, larmes, questions et prières, millions d'Euros, reconstruction à l'identique ou revisitée avec les techniques modernes ? Le débat est loin d'être clôt. Chaque français se  sent une âme d'architecte.  Notre Dame est bien plus qu'un bâtiment  historique. Il faut la réparer tout comme notre Eglise qui a été très ébranlée ces derniers mois par une crise sans précédent.
Et l'Europe ? Au moment où la dernière ligne droite commence, deux vaillants militaires meurent en héros sur la terre africaine pour sauver deux vacanciers imprudents .Aux Invalides, la France serre les rangs. Devant des familles foudroyées de chagrin mais dignes, Emmanuel Macron a présidé une cérémonie  d'hommage, vibrante d'émotion. ‘'La mission était périlleuse, mais nécessaire car la France n'abandonne jamais ses enfants
Et l'Europe ? Le 26 mai ? 34 listes ! Alors que 4 ou 6 suffiraient pour  élire des reconstructeurs de ‘Europe, malmenée elle aussi ces derniers mois par les démolisseurs qui ont pour but suprême de battre le Président Français Lui qui depuis 2 ans s'est montré le plus européen, le plus constructif , conscient qu'il est , qu'il faut redonner du souffle et  du dynamisme à cette Europe de Robert Schuman , Jean Monnet , Alcide De Gasperi , Jacques Delors et des milliers de militants qui ont contribué à sa construction depuis le 9 mai 1945 .
AM Catherin
SOMMAIRE
Assemblée générale de l'Amicale  page 3,4,5,6
Livre de Jean Marie Vanlerenberghe page 7
Centenaire D'André DILIGENT exposé de l'historien Jean Marc Guislin  page 7 - 31
Les morts de la rue page 32 et la réponse de l'Europe Page 33

Assemblée générale de l'Amicale  du 13 mars 2019
Notre assemblée s'est tenue le 13 mars  2019 en présence d'une vingtaine de nos membres, sous la présidence de Pierre Méhaignerie.
Anne-Marie Catherin, secrétaire générale de l'amicale, souhaite la bienvenue aux présents. Nous avons reçu 45 procurations de nos amis de province et même de Paris qui ne peuvent se déplacer.  Nous sommes une association d'anciens, qui vieillissent  ou qui  disparaissent ... plusieurs de nos amis nous font part de leur problème de santé qui les empêche de venir, mais ils sont toujours passionnés de politique, et beaucoup regrettent de ne pas être avec nous. L'un d'eux m'a dit : avec Méhaignerie, Bayrou et Barrot, c'est le MRP qui continue  et il doit pouvoir influencer  la politique actuelle.
Nous sommes heureux d'être bien accueillis, ici, merci le Modem. La rénovation de la belle salle Jean Lecanuet permettra la tenue de bons débats en cette année d'élection européenne.
Pour nous  cette année a été un peu difficile pour l'animation de l'amicale. Nous avons réussi à  sortir 2 bulletins de liaison, et avons eu 3 réunions de comité  directeur. Notre président est très occupé, et personnellement j'ai eu encore des soucis de santé qui m'ont handicapée. Bruno Coiraton toujours fidèle et organisé  est toujours présent et actif et je le  remercie pour son aide précieuse. Je remercie également Gilles Bossy pour sa disponibilité  et pour son écriture.
Il y a un an nous pensions pouvoir rencontrer les députés du Modem pour voir avec eux comment ils influencent la politique majoritaire.
           Nous nous réjouissons d'avoir avec nous Jean-Noël Barrot, député modem dans le groupe en Marche, vice-président de la commission des finances, et nouveau secrétaire général du Modem  remplaçant Marc Fesneau devenu Ministre des relations avec le parlement. Jean-Noël Barrot est surtout pour nous le fils de Jacques  et petit-fils de Noel Barrot.
Dans cette période agitée, il y en a eu d'autres,  nous sommes heureux de sa présence.  Nous le remercions vivement  d'être  avec nous  et de nous dire  comment il vit la vie politique en ce moment de tensions et d'incertitudes. Et  comment il voit les élections européennes qui approchent. Merci de débattre avec nous.
Nous avons évoqué nos amis décédés dans l'année que nous avons cités dans le dernier bulletin de liaison.
Nous déplorons le décès en février d'un fidèle adhérent de Vincennes, Jean Pinta, 96 ans, décédé le 26 novembre. Ancien réfractaire au service du STO en 1943.Il s'engagea dans l'armée Rhin et Danube. Adhérent au CDS, il a été Conseiller municipal de Vincennes. Nous assurons son frère Claude de toute notre sympathie.
Pierre Méhaignerie, président, nous fait part de sa colère à cause du dernier livre de Philippe de Villiers qui maltraite l'histoire en proclamant des mensonges et des contre-vérités inadmissibles sur les pères de l'Europe .L'assemblée approuve son indignation.
Il se réjouit de la présence à nos côtés de Jean -Noël Barrot pour engager le dialogue sur la situation politique. Il propose quelques réflexions pour engager le débat.
L'actualité est riche en cette fin d'hiver avec ces épisodes successifs des Gilets jaunes  et du grand débat, dont il faudra bien sortir, mais comment ?
Il évoque la situation de l'emploi  dans son secteur de Vitré où de nombreuses entreprises tournent au ralenti par manque de compétences. Beaucoup de jeunes ne veulent pas travailler en CDI alors que des emplois stables leur sont proposés. Ils semblent s'accommoder de périodes d'emploi  et d'aides sociales.
Le problème du logement est loin d'être résolu, on construit moins, la suppression de la taxe d'habitation pose des questions, comment sera-t-elle compensée ?
La loi hôpital de la ministre de la santé avec la nouvelle organisation territoriale des soins, la transformation du système de santé pose problème dans nos départements.
La loi NOTRe doit être modifiée. Avec cette loi de 2015 la France compte quatre échelons administratifs locaux qui se partagent des compétences : commune, intercommunalité, département et région. Cet empilement des échelons d'administration, les compétences partagées et les financements croisés sont souvent résumés par l'expression "millefeuille territorial". Cette organisation est souvent illisible pour le citoyen et nuit à l'efficacité de l'action publique des territoires.
Enfin Pierre Méhaignerie attire notre attention sur les 1250 agences publiques qui existent en France et qui, pour bon nombre d'entre elles, devraient être supprimées. Leurs missions sont souvent énigmatiques, inutiles et obscures, ce qui accroit la dépense et la complexité.  
Jean- Noël Barrot : Il y a bien longtemps qu'on n'avait pas eu l'occasion de contribuer à la vie politique de manière active.  Nous sommes centristes et En Marche. Le MODEM est au centre de gravité de la politique. Face aux textes qui nous sont proposés, ce qui nous distingue c'est une manière de travailler Nous sommes sur une ligne de crête, ni progressistes, ni conservateurs. Nous défendons les valeurs des personnes, des familles, des associations. Nous soutenons la création de la banque de la démocratie, de la mise en place de la proportionnelle.
La sortie du grand débat ? Pour sa part le Modem a contribué au débat par Agoradem.fr la nouvelle plate- forme de consultation publique sur les thèmes suivants :
La transition écologique, Le pouvoir d'achat, la fiscalité, les services publics, la démocratie, la transformation de l'Etat, l'Europe. Plus de 2000 contributions ont enrichi le débat.
Nous sommes sensibles aux problèmes des services publics de proximité (hôpitaux, maternités). Nous voyons bien que  le tout numérique ne fonctionne pas avec une partie de la population. Il faut tenir compte de la diversité de situations géographiques et personnelles, réorganiser les compétences, laisser plus de liberté aux territoires.
Après les premières conclusions et un premier débat au parlement sans vote, viendront les décisions importantes sur la fiscalité (fusion de la CSG et impôt sur le revenu ?), baisse des impôts ? la fusion des aides...etc.
Le Modem a la volonté de collaborer avec le gouvernement en étant une force de propositions. JN Barrot  lui aussi pense que la loi NOTRe est une erreur et qu'elle doit être modifiée. Sur la reconnaissance du  vote blanc, il est pour. Dans le débat, discussion sur ce sujet, des avis opposés. Sur la Procréation médicalement assistée (PMA) qui viendra en discussion dans le cadre des Lois de Bioéthique, c'est un sujet très important sur lequel le Modem n'est pas assez documenté donc il  n'a pas encore pris position.
Dans un débat , auquel participa un moment François Bayrou , discussion animée autour de la défense de notre conception de la famille, noyau dur de nos convictions : nous constatons les  familles éclatées, l'augmentation des divorces, la pauvreté des femmes seules avec enfants, les problèmes de logement de ces familles. Autant de situations souvent insolubles pour les collectivités locales, malgré les aides sociales.
Sylvain Tranoy, élu de Cambrai  évoque l'incompréhension des  gilets jaunes et d'une majeure partie de la population face aux réalités  économiques et ce qu'il a constaté en assistant à des réunions de gilets jaunes.  L'addition de cette incompréhension et d'une  exaspération multiple (chômage excessif, croissance des inégalités, assistanat, plus récemment érosion du pouvoir d'achat élément déclencheur, sentiment que rien ne bouge) forme un cocktail explosif dont sort le rejet et la haine des élites  et des politiques, des médias, la revendication du RIC, sentiments exprimés dans les manifestations et sur les réseaux sociaux.  Le gouvernement fera certainement de son mieux mais le mécontentement va demeurer. Comment faire prendre conscience à l'opinion publique des réalités économiques, comment la faire muter sur les 35 heures, sur l'ISF (réalité de l'exil fiscal depuis 1982),  l'organisation du financement de la sécurité sociale (baisses des cotisations dites abusivement « patronales », étant toujours assimilées, à tort, à des « cadeaux faits aux patrons », alors que ces cotisations sont forcément répercutés sur les prix de vente),  pour que la majeure partie de l'opinion adhère aux transformations proposées ou à proposer ?
Notre débat se poursuit sur la proportionnelle .Echanges variés, en général nous sommes  pour . Mais il en faudrait en 15 % ? 25% serait trop.
Le vote obligatoire fait débat, on est pour, on est contre .En revanche unanimité sur le train de vie de l'Etat : alléger le nombre de fonctionnaires dans des secteurs  qui ne touchent ni l'éducation, la santé  ou la sécurité. Revoir le rôle et l'utilité du Conseil économique, social et environnemental, ainsi que certaines agences publiques.  

Bernard FOSSET exprime son désaccord  sur la notion de "rente immobilière"  aujourd'hui injustement formulée. A l'heure où le débat fait rage autour de "l' I.S.F", on décrète ainsi que, seul le propriétaire immobilier ( présumé "rentier" à partir d'un certain seuil )  doit supporter le poids de cet impôt dénommé "I.F.I .Mais qu'est-ce qu'une rente? Une rente est un revenu et non un capital. Que l'on taxe un revenu, cela ne choque personne, si revenu il y a, mais taxer un capital inerte, en revanche (précepte socialiste) reste et restera toujours  une aberration (on n'a pas oublié le paysan de l'île de Ré, contraint de vendre sa terre pour payer l'impôt ... Vieux débat, en vérité).
Actuellement, l'immobilier  supporte déjà 4 taxations:
•          à l'achat: droits d'enregistrement ou T.V.A immobilière sur le neuf (les fameux "frais de notaire...)
•          chaque année, taxe foncière sur les propriétés bâties ou non bâties (dont on peut prédire une forte augmentation dans un contexte de suppression de la taxe d'habitation)
•          à la vente : plus-value immobilière (que d'aucuns parlent même de rétablir sur la résidence principale? Comment alors déménager si on vous ponctionne  les fonds nécessaires à l'investissement dans votre  nouveau logement ?)
•          au décès : droits de succession jusqu'à 45% en ligne directe.
A côté de cela, on trouve normal d'exonérer  celui qui place ses "grosses" voire "très grosses"  économies en lingots d'or , produits de luxe et même, tout simplement en assurance-vie à fonds euros, ne prenant, par là même, aucun risque financier ...On marche sur la tête : taxons les fourmis mais ... exonérons les cigales! L'immobilier n'est-il pas, après tout, pour ceux qui ont pu y accéder, l'investissement de toute une vie?
A présent, les gilets jaunes et, semble-t-il, une majorité de français, réclameraient le rétablissement pur et simple de l'I.S.F.Dans cette hypothèse, ne suffirait-il pas alors, pour inciter  à l'investissement économique, d'exonérer mais sous condition IMPERATIVE  de remploi  dans des produits à risque (actions, obligations, O.P.C.V.M qui pourraient être parfaitement listés ?
Moralité: on peut toujours  chercher à additionner socialisme et "en même temps" libéralisme",  la moyenne des 2 ne fera jamais le bon "centriste" ! ...
C'est ce que nous enseignait naguère notre bon vieux M.R.P ... Souvenons-nous!

Elections européennes : on  n'a pas eu le temps  d'en parler longuement. Jean- Noël Barrot a redit l'importance pour notre famille politique de militer activement pour l'Europe.
Le Modem aura 7 candidats sur les 30 premiers et fera campagne avec la liste Renaissance animée par Nathalie Loiseau qui était ministre chargée des affaires européennes dans le gouvernement depuis juin 2017. .
Le Brexit n'en finit pas de rebondir. A la date du 11 avril, le conseil des ministres européen vient de décider de reporter la fin du Brexit le 31 octobre. Les britanniques vont devoir  voter pour les européennes .La France qui devait gagner 5 sièges (de 74 à 79 députés) va devoir revoir la composition de ses listes.

Comité directeur de l'Amicale : l'assemblée a désigné le comité directeur de notre amicale pour 3 ans.
Il se compose de : Gilles Bossy, Josette Buchou, Anne-Marie Catherin, Bruno Coiraton, Emmanuelle Corcellet-Prévost, Bernard Fosset, Jean Houot, Jean Jacques Jegou, Albert Kalaydjian, Pierre Kerleveo,  Christiane Lenabour, Pierre Méhaignerie, André Petit, Sylvain Tranoy.
Les comptes annuels de l'amicale ont été  vérifiés par Madame Christiane Lenabour, commissaire aux comptes .Elle félicite notre trésorier pour son bon travail. Merci à tous les deux.


A LIRE  ABSOLUMENT : LE LIVRE DU SENATEUR Jean Marie VANLERENBERGHE, adhérent de l'Amicale.
Meneur de Jeu , Engelaere Editions, préface de François Bayrou, 249 pages, 16 euros ,
719 rue de Lambres, 59500 Douai

Jean- Marie, ancien maire d'Arras, parlementaire européen et  toujours sénateur, nous emmène dans ce livre passionnant  dans les coulisses de quelques batailles politiques  qu'il a connues depuis plus de cinquante ans.
Né à Bully les Mines dans une famille de mineurs, son père résistant contre les nazis, porteur de valeurs chrétiennes et progressistes, était le représentant de la CFTC au service de tous les employés, techniciens et agents de maitrise des mines. Il se battait pour faire exister la liberté d'expression syndicale  face à une CGT en situation de monopole en pays minier. Il se souvient, il avait 9 ans lors de la grande grève de 1948, politisée à l'extrême, avec plusieurs morts, des milliers de blessés, des centaines de mineurs emprisonnés.
Bon élève il fit des études d'ingénieur. « L'engagement politique ? Je ne me suis jamais posé la question il allait de soi ...dans ma famille  profondément chrétienne où l'on essayait de vivre pleinement l'Evangile, l'engagement, le service, le partage, l'accueil des autres...était la règle ».  En 1962, il participa à une session de formation des jeunes du MRP : sa philosophie, sa dynamique, ses idées nouvelles et généreuses lui plurent immédiatement.
François Bayrou dans la préface du livre écrit, avec Jean Marie ‘'nous avons toujours cru, à raison, que les convictions qui étaient les nôtres étaient aussi celles de tout notre courant politique, raison pour laquelle nous n'avons jamais cessé d'aimer et courant et de l'animer en refusant les simplismes... seul le pluralisme accepté et souhaité, respectueux de la diversité des opinions et des aspirations, permet de dépasser les petitesses qui nous emprisonnent.''
Une famille unie, de profondes convictions  chrétiennes, sa vie professionnelle,  son expérience d'élu de terrain l'ont convaincu de trois urgences : revivifier la démocratie sociale, reconnecter les dirigeants avec le peuple de France, et sauver une Europe en grand danger.
Il donne aussi une réflexion intéressante sur le centrisme, à rassembler, ‘'je travaillerai jusqu'au bout de mes forces au rassemblement de la grande famille des centristes'' et sur la crise récente des gilets jaunes.
Proche de Jean Lecanuet, d'André Diligent et de François Bayrou, JM V pratique l'art de l'ouverture et du rassemblement depuis plus de 50 ans.
André DILIGENT
Il  aurait eu 100 ans cette année. André DILIGENT !
Né à Roubaix le 10 mai 1919, décédé le 3 février 2002.
Lors d'une journée mémorable organisée par l'association des amis d'André Diligent  le vendredi 1er février 2019 au Palais du Luxembourg, des historiens ont creusé les racines d'André Diligent et son oeuvre parlementaire. C'était la huitième  journée d'étude consacrée à André Diligent, depuis 2012.
André Diligent, homme politique des frontières, tel était le thème de cette session.
En attendant les actes complets qui seront publiés par l'Association des Amis d'André Diligent, nous publions l'exposé de Jean- Marc GUISLIN qui retrace la personnalité originale et attachante de cet ami politique hors du commun. Un moment d'histoire, des convictions fortes, un européen convaincu, le MRP, le Centre. Une étude passionnante de cet universitaire, professeur d'histoire contemporaine à Lille 3, auteur de nombreux livres sur la vie politique dans le Nord .De nombreux documents et notes de l'auteur dans cet article .François Bayrou et Pierre Méhaignerie, ont apporté leur contribution à cette journée, avec plusieurs universitaires  et élus.

Les racines et l'épanouissement d'un positionnement politique original
                                              
« Le candide du Sénat », « Le primitif flamand », voilà deux expressions que l'on a souvent trouvées dans la presse pour présenter André Diligent. Elles sont évidemment réductrices et caricaturales. Sans doute l'adjectif « anarcho-chrétien » , qu'il utilise lui-même, convient-il mieux car il résume la complexité et l'originalité de cet homme libre et d'ouverture, mais attaché à un certain ordre, de ce catholique volontiers critique à l'encontre de la hiérarchie ecclésiastique et de nombreux coreligionnaires.
Pour mieux connaître cette personnalité remarquable, cet « homme politique avisé et patelin » , seront d'abord évoquées les origines familiales et universitaires de ses convictions, également forgées au temps de la Seconde Guerre mondiale et de la Résistance. Cette expérience formatrice motive son engagement politique, deuxième partie de cette étude qui permettra de constater que la fidélité à ses valeurs et à son parti ne l'empêche nullement d'être parfois audacieux et visionnaire, comme il ressort de ses propositions dans Les Défis du futur  Enfin seront dégagés les éléments-clés de son positionnement - l'humanisme chrétien, l'esprit de tolérance et la volonté de rassemblement, l'enracinement local - qui en font, décidément, un acteur un peu à part sur la scène politique française.
I Les racines
A Le terreau familial et local
André Diligent (AD) est un humaniste chrétien du Nord, en contact avec la misère, les inégalités sociales et la rudesse des conditions de vie.
* Le catholicisme social. Sa naissance dans une famille où le catholicisme est résolument social, conformément à l'enseignement de Léon XIII (Rerum Novarum, 1891) est fondamentale dans son parcours. Avec Léon XIII, les catholiques sociaux estiment que l'Evangile n'est pas seulement affaire de vie privée, mais tout autant de vie politique et de vie professionnelle. Ils préconisent l'intervention législative de l'Etat dans le domaine économique et social,  reconnaissent l'intérêt de l'arbitrage dans les conflits sociaux, l'utilité du phénomène associatif, le rôle des corps intermédiaires (syndicats, mutuelles) qui permettent d'éviter l'étatisme. Plus que le système capitaliste, ce sont ses dérives et ses abus qui sont condamnés et doivent être corrigés. De même que le catholicisme social  entend réconcilier le capital et le travail, de même il entend réconcilier le catholicisme et la République (Au milieu des sollicitudes 1892). Ces idées sont notamment promues par...

* Le Sillon. Ce mouvement a été créé par Marc Sangnier dont Victor Diligent, le père d'André, est un grand ami et dont AD est le filleul.  Au Sillon, le catholicisme est en accord avec la République, avec la démocratie définie par Marc Sangnier comme « le régime qui tend à porter au maximum la conscience ainsi que la responsabilité civique et sociale de chacun, en lui permettant dans la mesure de ses capacités et de ses forces, de prendre une part effective à l'élaboration des affaires communes » . Cette formule revient constamment dans les propos, écrits ou oral d'AD. Il s'agit  de mettre en valeur la personne humaine pour la vouer au service de la cité et de réaliser ainsi la véritable démocratie qui ne se réduit pas à une notion quantitative mais doit établir un gouvernement guidé par la satisfaction de l'intérêt général et la recherche de la justice sociale. Le Sillon ne cherche pas une doctrine rigoureuse, mais souhaite élaborer petit à petit ses idées pratiques au contact de la réalité.AD toute sa vie sera sensible à cette liberté et à cette démarche pragmatique. Quelques maximes comme « L'amour est plus fort que la haine » éclairent le chemin de ces militants qui ont également retenu le message des premiers catholiques sociaux, ceux de 1848. AD aime à citer Lacordaire : « Entre le faible et le fort, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime, et la loi qui affranchit ». Il est également sensible à l'engagement européen de Marc Sangnier que partage Victor qui a eu une grande influence sur André, malgré sa mort précoce.

*L'influence du père. Comme l'a écrit Bruno Béthouart, « l'ombre de Victor DILIGENT, son rayonnement, sa force de persuasion, ont marqué le fils d'une manière indélébile » . Avocat au barreau de Lille, leader régional du Sillon, conférencier aux Semaines sociales, Victor Diligent est passionné par la question sociale, le syndicalisme, et participe à de nombreuses oeuvres .  Il est aussi animateur du Parti démocrate populaire (PDP) apparu en 1924, formation politique dont André tient à souligner certains aspects : l'honnêteté, le soutien à la famille, le message européen, la transparence de son financement . L'attachement à l'union de l'Europe s'est exprimé de diverses façons : soutien à Aristide Briand, création avec Don Luigi Sturzo du Secrétariat international des partis démocratiques d'inspiration chrétienne (SI) qui annonce  les Nouvelles Equipes Internationales de 1946, la rencontre de Bierville. Le fils, devenu lui aussi avocat,  a donc pu ressentir « l'obligation de ne pas déchoir ... de reproduire l'excellence de son ascendance. Cette contrainte intériorisée [a pu]  prendre la forme d'une vocation »  , d'un devoir comme l'illustre ce mot lancé à la tribune du congrès de Lille à un Bernard Bosson, réticent à s'enrôler sur la liste Veil : « Il est des noms qui sont des devoirs. Tu es le fils de ton père. Quand on porte un héritage, on en assume la responsabilité ! » . AD, à sa manière, illustre  « le caractère familiariste de l'engagement des hommes incarnant le courant de pensée démocrate-chrétien »  .
*Les abbés démocrates. C'est surtout l'oeuvre et la pensée de l'abbé Lemire qui l'ont marqué. «  Je l'ai souvent rencontré lorsque j'étais tout jeune car il était très lié à mon père ». Apprécié à gauche quand il soutient et propose des lois sociales, à droite quand il soutient les droits des catholiques et la famille, l'élu d'Hazebrouck rejette les oppositions stériles autour des questions religieuses, essaye de trouver des terrains de conciliation. AD en parle comme d' « un homme politique hors du commun... intègre, un farouche défenseur de la justice sociale, d'une intégrité sans faille, un ancêtre du courant écologique  »,  qui approuve les propositions de paix de Benoît XV, n'est pas antisémite lors de l'AD... Il salue son « oecuménisme avant la lettre, fraternisant d'instinct avec les aumôniers protestants des corps expéditionnaires anglais et américain dans le Nord », son apostolat plus proche du peuple  .
Ces prêtres démocrates sont « des apôtres et des hommes d'action [qui] s'intéressent aux problèmes concrets » : construction d'églises nouvelles, lutte contre les taudis, encadrement des jeunes » .
*Quelques grands intellectuels  l'ont également influencé. Parmi eux peuvent être cités : Charles Péguy ; Maurice Blondel qui « invite chacun à chercher en lui les manifestations de l'appel divin, au nom d'un individualisme chrétien »  et donnera le goût de l'engagement à de nombreux chrétiens  ; Jacques Maritain qui entend développer la conscience et la responsabilité de chacun, permettre à chacun de prendre une part effective à la direction des affaires communes, d'agir en chrétien et non pas en tant que chrétiens ; Teilhard de Chardin « qui réintègre l'homme et le phénomène spirituel dans l'évolution de la nature » , qui voit l'avènement du royaume de Dieu comme une humanité rassemblée et qu'il cite encore dans son livre sur la télévision écrit en 1965  ; et bien sûr Emmanuel Mounier, théoricien du personnalisme individuel et communautaire. L'homme n'est pas isolé, il est membre de différentes communautés, la famille, la cité, la patrie et il a besoin de ces communautés pour s'épanouir, il lui faut donner et recevoir pour s'accomplir . Chez Mounier,  « le concept de personne est largement préféré à celui d'individu - apanage du libéralisme - qui renvoie au seul acteur de l'économie de marché » . Il ne faut pas opposer personne et groupes sociaux, mais rechercher des liens dynamiques entre eux. Pour Mounier comme pour Maritain, la morale est à la base de l'action politique. On peut encore signaler, plus tard, Albert Camus (dépassement du clivage droite/gauche) et bien sûr Etienne Borne.
B La Catho
AD y est étudiant à la Faculté libre de droit à partir de 1937.
*Cet établissement est un foyer intellectuel très vivant où un solide travail d'approfondissement de la doctrine sociale de l'Eglise est effectué, favorisé par le contexte économique et social régional : industrie textile, syndicalisme marxiste et chrétien, bourgeoisie d'inspiration chrétienne.
*Cet effort de réflexion doit beaucoup à Joseph Danel, Louis Blanckaert et Eugène Duthoit. Ce dernier, très lié à Victor Diligent  et professeur d'AD, est directeur de l'école des Sciences sociales  puis doyen de la Faculté de Droit où il enseigne l'économie politique et le droit constitutionnel. Ses étudiants qu'il reçoit à sa table familiale ont pour lui « une affection respectueuse et familière » . Il est le président des Semaines sociales, universités  itinérantes (fondées à Lyon par Marius Gonin en 1904), lieu de concertation et de rencontres de ceux qui se réclament du christianisme social de 1919 à 1944.
*La Catho est en lien étroit avec les mouvements d'action catholique spécialisée (notamment la JOC, née en 1927 dans le quartier de Moulins) et les Equipes sociales, mouvement d'éducation populaire, où se rencontrent étudiants et jeunes ouvriers et auxquelles participe AD. On y pratique les débats de société, on s'y interroge sur les mutations industrielles et la décolonisation.
*La Catho encourage et conseille le syndicalisme chrétien qui doit beaucoup à Victor Diligent.

C La guerre et la Résistance
« La conscience politique d'AD naît réellement avec la guerre et la Résistance »  .
*En 1940,  le soldat AD est affecté à Marrakech, alors qu'il a demandé à se rendre sur des fronts plus exposés, car il a le patriotisme chevillé au corps, hérité là encore de son père qui pendant la guerre a écrit sur la Lorraine et sur l'armée. Selon Jean Heuclin, pour André, « l'expérience du feu a été virtuelle » et,  comme pour son père, l'expérience de la guerre et de l'armée  a été marginale, sublimée, idéalisée »  .  
*L'entrée en Résistance semble normale pour beaucoup de chrétiens et donc de catholiques qui ont été avertis des dangers du totalitarisme. Elle n'est pas étonnante pour AD qui, en outre,  en 1938-1940 se reconnaissait en Henri de Kerillis, homme de droite qui a voté contre les accords de Munich en 1938 et est à Londres le 18 juin 1940 . Le fascisme est une utopie païenne, le nazisme est un paganisme, une négation de l'humanisme et de l'enseignement de l'église catholique contre lesquels Pie XI se prononce clairement dans les encycliques Non abbiamo bisogno, 29 juin 1931 ; Mit brennender Sorge, 14 mars 1937). Il condamne aussi le système communiste dans Divini Redemptoris, 19 mars 1937. Ainsi Pie XI, comme l'a remarquablement démontré Fabrice Bouthillon, est un des premiers à « penser le totalitarisme ». Ces doctrines totalitaires  amoindrissent le rôle de l'individu dans la société, privilégient le groupe, persécutent les croyants. Dans le même ordre d'idées, Jacques Maritain a mis en garde contre la sacralisation du politique et dans L'Aube Georges Bidault a lui aussi alerté l'opinion.
On retrouve ainsi de nombreux chrétiens dans la Résistance  : Georges Bidault (Combat, CNR), Edmond Michelet (qui dès le 17 juin, en citant Péguy, à appeler à la résistance), Gilbert Dru (Les Cahiers de notre jeunesse en 1941), Jacques Maritain aux USA, le groupe Témoignage chrétien, des personnalités plus anonymes comme Jean Catrice (industriel roubaisien, défenseur de la JOC, ancien membre du PDP qui a organisé dans le Nord - Pas-de-Calais, avec Jules Catoire, des rencontres transversales, sous le sigle RIC (Résistants d'inspiration chrétienne. Jean Catrice qui est le chef direct d'AD qui, rentré en France en octobre 1942, se met bientôt au service de l'OCM (Organisation civile et militaire)  par patriotisme, conviction chrétienne et attachement à la démocratie . A la Libération, il est commissaire régional général adjoint à l'information auprès du démocrate-chrétien Jean Catrice, un des grands responsables du CDL (Comité départementale de Libération), plus particulièrement chargé de la répartition de la nouvelle presse et de l'animation de Radio-Lille. Ses responsabilités nous rappellent que son père s'était intéressé à la presse clandestine entre 1914 et 1918, notamment L'Oiseau de France.
*L'épreuve de la guerre et l'action clandestine l'ont persuadé du bien-fondé de l'engagement politique qui est le prolongement logique de la lutte menée entre 1942 et 1944 et qu'il va poursuivre jusqu'à son décès, mais un engagement où, à l'image de Noël Barrot, on apprend plus à servir qu'à paraître. Il entend, comme ses amis politiques,  « refuser quelle que soit sa couleur, toute forme de fascisme, de dictature, de totalitarisme, [et] refuser toute alliance avec ceux qui s'en réclament »  (tripartisme ! mais circonstances exceptionnelles et pas encore guerre froide ; hostilité au programme commun, municipales de 1977, 1983).
II L'engagement
A Partisan
1Le MRP
Il n'est pas étonnant qu'AD adhère dès 1944 au MRP dont le RIC a été « une sorte d'antichambre  dans la région du Nord » . Ce nouveau mouvement correspond à ses aspirations  comme à celles de beaucoup de jeunes chrétiens alors (AD a 25 ans). Sa nouveauté, qui le différencie de la SFIO, du PCF ou du parti radical, le séduit, tout comme son programme « la Révolution par la Loi », sa forte orientation sociale [pari de la générosité, solidarité, planification, démocratie économique, association du travailleur aux responsabilités de la gestion ... comme aux résultats], son désir d'installer une paix solide et une démocratie authentique, son refus de la dénonciation permanente ... Le MRP insiste également sur la dignité de la personne humaine, ses droits et ses devoirs, l'importance des communautés intermédiaires face à la toute puissance de l'Etat. L'idéal et le désintérêt semblent l'emporter sur le souci de la carrière ou le goût du leadership. AD y trouve une solidarité, une fraternité, une âme commune [c'est-à-dire le partage des élans du coeur qui exigent un don complet de soi où il espérait revivre l'ambiance chaleureuse, « la ferveur et le souffle conquérant » du Sillon .
Il s'investit dans l'importante section de Roubaix, puis à partir de 1958 dans la fédération où il prend la succession de Jean Catrice comme animateur, dans les congrès et les commissions exécutives, comme rapporteur de politique générale . La fédération du Nord  bénéficie du dynamisme des Equipes  rurales et ouvrières conforté par la relative puissance de la CFTC. Beaucoup de militants sont des catholiques actifs dans et hors l'Eglise, proches des catholiques de gauche ou des militants socialistes, opposés aux communistes mais proches d'eux dans l'assistance aux pauvres , ce qui oriente AD vers le centre gauche et la coopération avec la SFIO dans le cadre de la Troisième Force.
La « tiédeur européenne » de Mendès France le déçoit alors qu'il a été séduit au début par cette expérience qui laissait espérer un renouveau dont avait besoin aussi le MRP. Conscients des faiblesses du mouvement, le courant « Rénovation démocratique », animé par Philippe Saint-Marc, Pierre Biarnès et Jean-Marie Daillet, soutenu par Robert Buron, souhaite le revitaliser ; il prône une plus large ouverture du mouvement et le dialogue avec les nationalistes algériens. AD donne trois articles au bulletin La Rénovation démocratique à partir de janvier 1959, mais sans être membre du courant et il ressentira toujours une certaine fierté pour le bilan économique et social du MRP (grâce à Paul Bacon, ministre du Travail et de la Sécurité sociale), pour l'origine ouvrière ou syndicale de nombre de ses dirigeants et pour la qualité de nombre de ses parlementaires qualifiés d' « hommes de terrain » .
Il suit le MRP dans son ralliement à De Gaulle en 1958, d'autant plus qu'il considère que le retour du Général offre une possibilité d'ouverture pour la crise algérienne. De 1958 à 1962, le MRP connaît dans le NPC « une renaissance militante et électorale » qui apporte « un renouveau incontestable » dont profite AD qui est élu député en novembre 1958. Il fait partie des nouvelles têtes qui apparaissent comme candidats ou responsables, il symbolise un « nouveau MRP plus ardent, plus incisif » . Il le suit aussi puis dans sa rupture en 1962. Bien des militants alors sont alors en désaccord avec De Gaulle à propos de la force de frappe, de la politique européenne, de son mépris pour les corps intermédiaires et les partis, comme l'indique le rapport de Maurice Simonnet au congrès de Dijon (1er juin 1962). Toutefois certains responsables comme Pierre Pflimlin veulent freiner la tendance antigaulliste à l'intérieur du MRP  qu'incarne notamment Jean Lecanuet, son président depuis 1963.
2 Jean Lecanuet et le Centre démocrate
AD est favorable à l'élu de la Seine-Maritime qui, très tôt, dès 1959 avec Joseph Fontanet, a songé à réaliser un autre parti, plus vaste, s'ouvrant aux nouvelles générations très engagées dans la vie sociale et culturelle. Déjà, en 1954, Etienne Borne lors du congrès national de Lille, puis en 1957, François Brunet lors du congrès fédéral de Carvin avait parlé du « plus grand MRP ». Lecanuet veut  réconcilier l'humanisme chrétien et l'humanisme agnostique, créer un parti qui se veut ouvert, sans sectarisme, seuls les communistes en sont exclus.
Dans cette perspective est créé, en avril 1963, le Comité d'études et de liaisons des démocrates français qui souhaite orienter le MRP vers la déconfessionnalisation et le recentrage politique c'est-à-dire passer d'une conception appuyée sur la doctrine sociale de l'Eglise en référence aux encycliques papales à une approche plus sécularisée, plus politique. Cela conduit à un certain abandon de l'idéologie, la notion de centrisme prenant le dessus sur le caractère spiritualiste, comme le préconise Roger Poudonson, responsable MRP du Pas-de-Calais. AD semble l'avoir  regretté, à terme, car il, a selon lui, précipité la chute du MRP. De même, il est proche dans la démarche des partisans de la déconfessionnalisation  de la CFTC, mais vers la fin de sa vie, il prend conscience de la nécessité de transmettre l'héritage de la démocratie d'inspiration chrétienne.
En vue de l'élection présidentielle de 1965,  les négociations entre la SFIO et le MRP suscitent bien des espoirs chez les militants, ainsi AD qui comme Etienne Borne pense que « tous les démocrates ouverts au progrès social peuvent se retrouver dans un socialisme tempéré, luttant contre l'injustice sociale et l'anarchie économique » . Comme Georges Delfosse (responsable MRP à Lambersart) ou Roger Poudonson, il est partisan de l'élargissement du MRP qui serait plus efficace en raison de la bipolarisation favorisée par l'élection présidentielle au suffrage universel et le mode de scrutin pour les élections législatives, plus à même de rallier les réformateurs d'autant qu'il envisage alors l'éclatement de l'UDR. Ce thème est repris par Jean Lecanuet  au Congrès du Touquet, le 9 mai 1964, au moment où  beaucoup espèrent la réussite de la Grande Fédération de Gaston Deferre, regroupant notamment la SFIO, les radicaux, le MRP) comme Pierre Abelin, Pierre-Henri Teitgen, Jean Lecanuet, Jean-Pierre Prévost, et dans le Nord AD, Guy Chatilliez et Marie Van Der Elst, AD. En revanche, Pierre Pflimlin qui souhaite se rapprocher de la majorité et refuse que le MRP soit l'aile droite d'un grand parti de gauche se montre plus réticent tandis que  Maurice Schumann ou Roger Poudonson sont vraiment hostiles. Après l'échec de cette entreprise (juin 1965), qui est « une cruelle déception pour AD » , il n'est pas des huit personnalités qui lancent un appel annonçant leur désir de persévérer dans cette voie (P.-H. Teitgen, J.-P. Prévost)  et estime qu'« il n'y a que Lecanuet pour sauver le navire du naufrage » , sauvegarder « la troisième voie » qu'il a d'abord cherché dans le travaillisme à la française. Il admire la mécanique intellectuelle et l'audace du futur maire de Rouen en qui il voit d'abord un intello.
« S'accommodant d'un centre basculant à droite » , il participe activement  à la campagne présidentielle de Jean Lecanuet dont les thèmes lui conviennent : démocratie, progrès social, Europe, modernisation... même si certains de ses proches, comme Jules Clauwaert, voient dans cette candidature « une trahison des idéaux du MRP  ». Il ne semble pas avoir voté pour François Mitterrand au second tour .
Il adhère au Centre démocrate (CD), créé en février 1966, ce qui entraîne la mise en sommeil du MRP . Il y est plus favorable que Jules Catoire ou Marcel Ducrocq qui souhaitent un retour à la pureté doctrinale et regrettent que le parti soit plus étroit et plus à droite que le grand mouvement que le MRP s'efforçait de promouvoir depuis 1963 . Le CD, dont il est membre des comités directeurs départemental et national (et bientôt secrétaire général adjoint), entend promouvoir une démocratie moderne et efficace, une économie de justice, de responsabilité, de liberté, une Europe unie, indépendante, ouverte à l'organisation planétaire du monde. Refusant un élargissement du CD nettement orienté à gauche, AD dénonce toutefois l'intrusion en son sein  d'éléments d'extrême droite dont il s'emploie à combattre l'influence. Cette dernière est très faible dans la fédération du Nord, plutôt attirée vers le centre gauche et réticente au rapprochement avec le Centre national des indépendants et paysans (CNIP) de Bertrand Motte, héritier de la grande dynastie industrielle de Roubaix.  
Qu'a-t-il pensé en Mai 1968 ? Est-il sur la même ligne que Lecanuet, prêt à gouverner avec Mendès France ou est-il plus attentiste comme bien des élus du PDM (groupe parlementaire centriste à l'Assemblée nationale) ?  
AD soutient la candidature d'Alain Poher en 1969 à Poher mais il semble moins défavorable que Jean Lecanuet ou Pierre Abelin à l'ouverture préconisée par Pompidou  et à la Nouvelle société de Jacques Chaban-Delmas qu'acceptent Jacques Duhamel et Joseph Fontanet, mais aussi Pierre Méhaignerie, Jacques Barrot, Bernard Stasi, ou encore Georges Delfosse, qui fondent alors le Centre Démocratie et Progrès (CDP). Aussi, on  oppose souvent le pôle roubaisien de la métropole (versant Nord-Est) plus favorable au CD et qui bénéficie de la personnalité d'AD et le pôle Saint-André-Lambersart (versant Sud-Ouest) plus attiré par le CDP. Le CD n'est donc pas le seul centre et bientôt il s'associe au Parti radical de Jean-Jacques Servan-Schreiber dans le Mouvement réformateur (1971), dans une démarche d'opposition à la majorité pompidolienne [primauté de la morale sur la loi économique, effort en faveur des équipements collectifs, démocratie dans l'entreprise, régionalisation, construction européenne...]. AD vante « l'imagination » de JJSS , mais il craint que le CD ne se dissolve dans cet ensemble et conserve toujours la nostalgie d'une entente de caractère travailliste avec les socialistes « éclairés ».
Après les élections législatives de 1973 lors desquelles il y a un accord de désistement pour le second tour entre la majorité pompidolienne et les Réformateurs, on lui propose un portefeuille, mais il décline cette offre. Un peu plus tard, JJSS et Lecanuet ont pensé à lui, un temps, comme candidat à la future présidentielle, le premier le voyant comme un éventuel président potiche, le second étant sûr de sa défaite...
Qu'a-t-il voté au premier tour de l'élection présidentielle de 1974, consécutive au décès de Georges Pompidou : Emile Muller  (Réformateur, socialiste anti-Programme commun), Valéry Giscard d'Estaing (comme Lecanuet), Chaban-Delmas comme le CDP ? Il a dit à Bruno Béthouart se sentir proche de Chaban-Delmas  et l'on sait qu'il n'a pas voté Mitterrand. Toujours est-il que la séance du conseil politique du 10 avril 1974 a été houleuse : AD et Jacques Pelletier souhaiteraient que le CD et les Réformateurs aillent à la bataille sous leur drapeau avec Poher ou Lecanuet et refusent que le centre gauche fasse alliance avec la droite. AD estime en effet que :

                  Nous seuls sommes démocrates puisque ce sont les délégués qui vont choisir un candidat. Jamais le moment n'a été moins indiqué pour fléchir. Il faut un changement total. Jamais les chances n'ont été meilleures, car nous avons un fort crédit moral : nous n'avons jamais varié.

Ils ne sont pas suivis . Au second tour, les deux formations centristes - et AD « essentiellement par discipline de parti »  - soutiennent VGE et appartiennent donc désormais toutes les deux à la nouvelle majorité, ce qui les incite, rapidement à fusionner dans le cadre du Centre des démocrates sociaux.

3 Le Centre des démocrates sociaux (CDS)
Le CDS résulte de la fusion entre le CD et le CDP, déjà alliés à l'Assemblée nationale en juillet 1974, dans  groupe des réformateurs, des centristes et des démocrates sociaux (RCDS). Elle est réalisée lors du congrès de Rennes, réunis du 21 au 23 mai 1976, « congrès de l'espoir » pour une formation qui refuse la division de la France en deux et souhaite compter sur l'échiquier politique (Z, 280). Ce rapprochement doit beaucoup à AD : premier secrétaire de la Fédération des Réformateurs , vice président national délégué du CD (chargé des relations avec les autres partis politiques, le Parlement et la presse),  il fait partie de la délégation CD qui rencontre celle du CDP en 1976 dans cette perspective. A Rennes, AD, qui devient vice-président du CDS, présente un rapport sur les institutions. Il affirme également que le nouveau mouvement doit correspondre à la « nécessité d'un ressourcement continuel, d'un idéal qui est une raison de vivre » comme le rappellent deux dissidents soviétiques célèbres, Plioutch et Soljenitsyne :  

                  Vous vous complaisez dans l'opulence. Vous vous battez pour des futilités. Vos divisions secondaires, votre conception débridée de la liberté, le vide de vos principes et de vos idéaux, tout cela est en train de vous perdre.

Avant même sa démission en août 1976, Jacques Chirac qui avait été nommé coordonnateur de la majorité, en mars, avait constaté qu'il ne pouvait rien coordonner « devant l'obstruction à peine camouflée de Poniatowski, de Servan-Schreiber, de Diligent et de Chinaud » . Pour AD, cette coordination ne devait être « ni une nébuleuse, ni un régiment, mais une concertation véritable préalable ».  En 1978,  VGE crée l'Union pour la démocratie française (UDF), dont font partie les partis centristes et libéraux,  pour contrecarrer les ambitions du RPR, fondé en décembre 1976 par Jacques Chirac, auquel AD préfère Raymond Barre comme l'illustre plusieurs de ses propos :

Il va progressivement, sans éclat, prendre une série de positions qui affirmeront son rôle. On peut subodorer des convergences avec notre programme.
Nous devons tenir le langage du courage et de la vérité. Si nous soutenons l'action entreprise par Raymond Barre, ce n'est pas par culte de la personnalité, c'est parce qu'il tient, sereinement, le langage  de la vérité. Il a besoin de notre appui car la tâche est immense (congrès national de Lyon, octobre 1977).
Quelles que soient ses imperfections, la politique de redressement des équilibres économiques fondamentaux pratiquée par Raymond Barre était la seule possible dans une nation comme la nôtre, vivant sans ressources d'énergie ni de matières premières (congrès national de Strasbourg, février 1980) .

Au sein de l'UDF, le CDS, qui se veut démocrate, social et européen, tâche de défendre ses options, notamment sociales, et espère y avoir  « une audience et une capacité d'intervention plus grandes que dans un repliement » (Jean Lecanuet).
Entre 1977 et 1983, AD, secrétaire général du CDS qui est un parti de cadres peu portés à la discipline interne, se comporte en homme de dialogue qui entretient une réelle proximité avec les militants.
Le CDS insiste sur la question de la justice sociale et sur l'égalité des chances. Il se veut « l'aile sociale du camp conservateur » et ses équipes syndicales, créées à l'image des équipes ouvrières du MRP, doivent contribuer à cette ambition, c'est-à-dire « permettre aux milieux populaires d'avoir une place spécifique pour accéder à la vie civique et politique » . A ce sujet, AD, peut-être aiguillonné par le dynamisme de l'équipe syndicale du Nord et par les milieux d'action catholique, propose, dans son rapport de politique générale au congrès de Lyon en octobre 1977, de revaloriser les bas salaires , de rémunérer la mère au foyer, de favoriser l'accès à la propriété individuelle, de réformer l'entreprise, d'imposer les grandes fortunes et de promouvoir l'école maternelle :

Entre les revenus les plus faibles et les plus hauts, l'écart est, en France, de 1 à 30. Ce degré d'inégalité, inconnu dans les pays modernes, engendre les tensions sociales et nourrit l'inflation. Les mécanismes économiques ne diminueront pas spontanément cet excès. Il faut un plan d'attaque cohérent, qui respecte la valeur de chacun et se fixe pour objectif de réduire honnêtement l'écart [...] Un impôt déclaratif, annuel, sur les grandes fortunes, [ce] sera le début de la clarté, le point de départ d'un effort de justice et de solidarité. Cet impôt, appliqué aux fortunes supérieures à 200 millions d'anciens francs, sera modéré, avec un taux maximum de 1%. [...]
A l'entrée de la communale, les jeux pour l'essentiel sont faits... Cette inégalité terrible des chances est sans doute le gâchis le plus grave pour le pays. Il s'agit donc de dégager l'ensemble des moyens nécessaires pour que, de 2 à 6 ans, tous les enfants puissent recevoir l'entraînement que réclame l'éveil de l'intelligence. Cet effort sera le plus rentable des investissements.

Ces propositions sont accompagnées d'une critique du système des grands concours et des grands corps qui « décime notre jeunesse et engendre les castes qui rigidifient notre société »   . Une bonne partie d'entre elles  est reprise dans la plateforme électorale du CDS « Une autre solution » ou le petit livre bleu.
Dans son rapport de politique générale au congrès de Metz (1979), il justifie l'appartenance du CDS à l'UDF est justifiée par la proximité de son projet avec celui de VGE et par la nécessité d'assurer une majorité au pays , mais cette participation ne signifie pas inconditionnalité . Les idées du parti sur la construction européenne y sont également évoquées : maintien de l'acquis communautaire, développement de nouvelles politiques communes, renforcement des institutions, transformation du Marché commun en une communauté solidaire, réflexion commune sur les problèmes de sécurité et de défense.
Le CDS, dont le symbole est la main ouverte, croit à une certaine convergence entre la social-démocratie et la démocratie sociale comme le souligne AD dans son rapport de politique générale au congrès de Strasbourg en février 1980 :
La France, comme bien des pays d'Occident, a besoin d'un parti socialiste solide, mais lucide, et qui  puisse être un partenaire exigeant, fidèle à son idéal, et apporter une contribution importante à la construction de la société de demain .
Le choix « contre nature » du PS de s'allier avec le PCF est regretté d'autant que le pays doit relever les défis démographiques, économiques et sociaux dans un environnement international bouleversé, chaotique et dangereux face auquel l'alliance atlantique doit reposer sur deux piliers, un américain, un européen. Comme Bernard Stasi, il conçoit alors son parti comme une « structure d'accueil franchement au centre gauche ». Beaucoup de militants adhèrent à cette conception à la différence des élus qui sont souvent des notables locaux » . Mais hostile à la coalition socialo-communiste, il met aussi en avant la valeur liberté ainsi que son attachement aux droits de l'homme dont il condamne les atteintes notamment au Liban et en Pologne.
Après l'échec de VGE en 1981 - auquel AD adresse une lettre de remerciement  -, le CDS connaît une radicalisation à droite de son discours qui est illustrée par l'accession à la présidence du parti de Pierre Méhaignerie, pour lequel le groupe UC du Sénat a pesé de tout son poids, contre Bernard Stasi lors du congrès de Versailles en 1982 . Qu'a fait alors AD qui est réélu pour un ultime mandat ?
Dans son rapport de politique générale, il condamne l'URSS pour son action en Pologne et en Afghanistan, l'alliance socialo-communiste au pouvoir en France et sa « politique économique néfaste », mais il se refuse à tout sectarisme en politique étrangère, notamment à propos du Proche et Moyen Orients.  Le CDS doit être fidèle à ses idéaux (il le dit à chaque congrès) : démocratie, droits de l'homme, tolérance, réformisme social, Europe, liberté de l'enseignement. Cette inflexion est illustrée par le ton de la campagne électorale municipale à Roubaix en 1983 et confirmée au congrès de Toulouse (1984). « Au triptyque « justice-solidarité-liberté » se substitue peu à peu le triptyque « liberté-efficacité-générosité » » .
A partir de 1983, année qui voit le départ d'AD du secrétariat général et un afflux de militants lié à la vague barriste, il semble moins présent dans les instances dirigeantes (même s'il devient membre du comité exécutif en 1986) et se comporter de façon autonome, à l'image d'un René Monory  - avec lequel il s'entend bien et dont il apprécie la carrière de self made man - alors que l'incertitude identitaire du CDS se confirme :
-poursuite de l'inflexion à droite et vers le libéralisme économique à laquelle l'influence de René Monory  et de Raymond Barre n'est pas étrangère, le CDS éprouvant à l'égard de ce dernier une véritable « tentation » entre 1983 et 1988 (Valérie Lion) ;
-retour aux sources à partir de 1989 : avec le recentrage, l'autonomie, l'engagement européen comme maîtres mots lors du Congrès de Lille (1989) ou de la Convention nationale de Saint-Malo (1990). [A Lille, AD stigmatise le fossé séparant l'opinion publique des partis politiques et redit son engagement européen]  ;
-forte participation au gouvernement Balladur (1993-1995).
Cette errance doctrinale convient-elle à AD dont les collègues de la Chambre haute ont pris leurs distances - notamment financières - avec la direction du CDS dont ils regrettent l'exil au Palais-Bourbon ?
  
A Roubaix, à partir de 1983, AD a toute latitude avec son parti qui n'est pas pour lui une priorité et dont il ne fréquente guère les réunions. En outre, il ne veut pas gêner les membres du conseil municipal qui n'appartiennent pas au CDS, dont le rôle est réduit à l'animation politique et au recrutement des élites locales . La plateforme RPR-UDF pour les élections législatives de 1986 qui professe un libéralisme prononcé, lui convient-elle alors que depuis 1984, avec le gouvernement Fabius, on constate une certaine « décrispation » de la vie politique française ? Il semble alors ronger son frein, être à la recherche du MRP perdu.
La « tentation barriste » du CDS, qui compte près de 50 000 adhérents en 1987, s'explique par un attachement commun à certains principes chers à AD : une conception morale du politique, le respect de la personne, la référence à l'Etat impartial régulateur et aménageur du territoire, le service de la communauté, le refus de la bipolarisation, la faveur pour l'économie sociale de marché. Lors de l'élection partielle de mars 1988 dans le canton Lille-Ouest, bastion chrétien-démocrate,  AD soutient, comme plusieurs maires du canton anciens MRP, Jeannine Delfosse, la veuve de Georges Delfosse, candidate CDS contre Jean-Jacques Descamps, candidat PR, membre du gouvernement !   Il est favorable à la candidature de Raymond Barre à l'élection présidentielle de 1988. Qu'a-t-il voté au second tour de l'élection présidentielle de 1988 ? Par fidélité et légitimiste, Denis Vinckier pense qu'il a voté Chirac .
Après la réélection de François Mitterrand, le CDS a tenté une conciliation autour du réformisme de Michel Rocard. L'opération a échoué mais le CDS refuse d'opposition systématique. AD lui-même est approché pour être ministre en 1988, mais il ne donne pas suite à cette proposition. Comme à chaque fois, des raisons personnelles et familiales - le handicap de sa fille unique - le conduisent à décliner l'offre. L'entrée de quatre UDF au gouvernement ne lui plaît guère car il est réticent aux ralliements individuels que condamne clairement Jean Lecanuet. En revanche, comme son collègue Jean Arthuis, il n'est sans doute pas hostile à la création du groupe parlementaire UDC à l'Assemblée nationale (1988) qui fait pendant à celui du Sénat et entend mener une opposition constructive et réfléchie tout en étant fidèle aux alliés politiques traditionnels . Cela préfigure le choix de l'autonomie électorale et de la rénovation entériné au congrès de Lille tenu en 1989, année où AD songe au barriste Bruno Durieux pour lui succéder à la mairie de Roubaix. Pour les élections européennes de 1989, il préfère la liste centriste emmenée par Simone Veil à la liste d'union de la droite et du centre emmenée par VGE. En 1990, La Croix, le 20 octobre 1990, propose un schéma du « paysage politique centriste » où AD est situé parmi les piliers, à proximité du président Méhaignerie, mais un peu plus à gauche et moins défavorable à l'autonomie du CDS ce qui peut susciter quelques interrogations. En 1989, fait-il partie des « frondeurs » qui veulent remplacer Alain Poher au « plateau » qui est finalement élu grâce aux voix du RPR ? Que pense-t-il de la tentative des « rénovateurs en 1990 au sein du CDS (Baudis, Bayrou, Bosson face à Méhaignerie et Barrot) mais aussi au sein de l'UDF ? En 1995, a-t-il voté Balladur puis Chirac ? .

4 Force démocrate
La transformation du CDS et du PSD en Force démocrate, initiée par François Bayrou, ne l'enthousiasme guère au départ mais elle est entérinée lors du congrès de Lyon les 24 et 25 novembre 1995 et reçoit son acquiescement après qu'il a constaté que certaines conditions étaient remplies et que les objectifs étaient clairs. Dans son intervention au congrès, il a estimé qu'il ne fallait pas « rougir de l'héritage », que la période 1998-1995 avait été le temps des désillusions avec la résurrection des nationalismes, le climat d'inquiétude et de scepticisme, le spectre d'une fausse démocratie où règnent la désinformation, la tricherie (« gouverner, c'est faire croire »). Un examen de conscience, un retour aux valeurs (famille, Europe, véritable démocratie, progrès social) lui semblent nécessaires en raison de « l'immense vide idéologique, politique, spirituel, doctrinal dans lequel nous vivons », alors que se dressent de nouveaux défis comme ceux de la bioéthique et de la communication et il conclut :

                   Si pour ce grand projet nous retrouvons notre âme commune, si notre volonté de solidarité est éclairée d'un grand courant de fraternité, nous pourrons refonder notre formation dans un enthousiasme sans lequel rien ne sera possible. Alors mes amis nous vivrons une grande aventure .

Mais il se tient en retrait : alors qu'il a toujours été président de la fédération CDS du Nord, une des plus importantes en nombre de militants, il cède la place à Marc-Philippe Daubresse pour Force démocrate. Toutefois, il participe à des groupes de travail (insertion des jeunes, intégration) et encore, à la fin de sa vie, lors d'une rencontre organisée par Denis Vinckier, il adjure, une nouvelle fois, François Bayrou, devenu président  de la Nouvelle UDF  en 1998, de ne céder devant rien ni personne afin que le centre d'inspiration chrétienne demeure lui-même . Cette démarche est conforme à tous ses engagements antérieurs.
B Des engagements courageux et avant-gardistes : un homme politique à l'écoute de son temps
Son adhésion au parti, du MRP à la nouvelle UDF, ne l'empêche pas de garder son indépendance et sa liberté d'esprit.
-La décolonisation.AD et le MRP septentrional ont une approche ouverte de la question coloniale. Il apprécie le discours de Thionville de Robert Schuman (22 juin 1950) qui évoque l'indépendance de la Tunisie, évolution qui devrait s'étendre à tous les territoires au sein de l'Union française . Son séjour au Maghreb en 1940-1942 a sans doute contribué à son ouverture d'esprit et à sa sensibilité sur cette question, renforcées plus tard par la forte présence de travailleurs nord-africains dans la région du Nord, dans la métropole lilloise et notamment à Roubaix parmi lesquels l'influence politique du mouvement nationaliste va crescendo.
-L'Algérie . Au cours de ce conflit de décolonisation, la pratique de la torture le révolte très tôt et le détournement de l'avion de Ben Bella l'indigne.  Bientôt, il entre en contact avec Messali Hadj (MNA), qu'il a connu au temps du MTLD, après la Toussaint rouge afin de dialoguer et de trouver une solution pour l'Algérie avec les Algériens eux-mêmes, en insistant sur la prise en compte de la pluralité des forces politiques algérienne sans privilégier le FLN (comme le fait le gouvernement et une bonne partie de la gauche) alors que Messali Hadj souhaite l'indépendance dans le cadre d'un Commonwealth à la française. Cette option est peut-être liée au fait que les messalistes dominent parmi les travailleurs algériens présents dans le Nord ou dans le Borinage belge et que de multiples affrontements meurtriers les opposent aux partisans du FLN, à tel point qu'AD demande au ministre de l'Intérieur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des travailleurs immigrés .  Il est également en rapport avec des proches d'Edmond Michelet, ministre de la Justice dans le gouvernement Debré : la journaliste anticolonialiste Claude Gérard, l'historien Joseph Rovan. Il rencontre en juillet 1959, Olivier Guichard, membre du cabinet de la présidence de la République.  Il effectue plusieurs séjours en Algérie en 1959 et sans doute un en 1961 où il aurait vu des chefs de Wilaya.
Favorable à une indépendance négociée et solidaire, comme l'est le groupe Rénovation démocratique, il est plus hardi sur cette question que Jean Lecanuet qui parle d'une « politique d'évolution sans abandon ». Dans l'ensemble,



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 - Bulletin de liaison N°24 Avril-mai 2019

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N° 122 du 1er trim. 2009

INFORMATION AU LECTEUR
Depuis 2009, le bulletin historique imprimé "Le MRP vous parle" diffusé aux adhérents et abonnés a été remplacé par un bulletin de liaison portant le même titre et accessible sur ce site dans "vie de l'Amicale" pour les dernières parutions. Les anciens bulletins imprimés sont consultables en y accédant par l'onglet Archives, puis "anciens bulletins Le MRP vous parle".Ils y sont présentés par leur page de garde. En cliquant sur la page de garde du bulletin choisi , on accède au bout de quelques secondes de chargement, à chacune des pages de ce bulletin que l'on peut ensuite imprimer page par page ou transférer.
Une permanence est assurée par les membres de l'amicale du M.R.P. les :
- Jeudis de 11h00 à 17h00
A noter
-nouvel e-mail de l'Amicale:
amicalemrp@laposte.net
-N°téléphone 01 53 59 20 00