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Bulletin N°17


Printemps 2014
Il y a un an déjà, notre Président Jean-Pierre PREVOST nous quittait brusquement et un grand vide s'est fait sentir à l'Amicale. Nous nous sommes réjouis que Pierre MEHAIGNERIE vienne nous rejoindre lors de notre assemblée générale de décembre .Il retrouve à l'Amicale la « famille politique » qui fut la sienne et celle de son père. Maire de Vitré, brillamment réélu au premier tour, réélu président de la Communauté d'agglomération, Député de 1973 à 2012, deux fois Secrétaire d'Etat, quatre fois Ministre. Avec une carrière politique exceptionnelle, Pierre est toujours resté ce militant attaché à ce courant qui possède un esprit, une culture et des valeurs communes, issues de la résistance, du christianisme social, des mouvements de jeunesse.

A un mois des élections européennes, nous rappelons dans ce numéro du bulletin de liaison la mémoire de Robert Schuman « père de l'Europe » décédé il y a 50 ans, plus que jamais d'actualité, à l'heure où l'engagement politique, européen et national, souffre d'un discrédit. Nous publions 2 articles parus dans La Croix, les 7 et 8 septembre dernier. Claire Lesegretin signe le premier, tandis que le second est un hommage d'Herman Van
Rompoy, Président du Conseil européen.

Anne-Marie CATHERIN, Secrétaire générale


Le MRP a joué un rôle important dans l'histoire politique des années 45/60.
Aujourd'hui, l'Amicale a-t-elle encore un rôle à jouer ?
OUI si nous travaillons en étroite coopération avec la Fondation Robert Schuman, les Amis de Jean Lecanuet et autres associations amies.
OUI, si face à la situation difficile actuelle, nous pouvons apporter une contribution à la réflexion politique.
OUI car nous avons besoin de véritables européens, qui dans la lignée de Robert Schuman,
sachent réagir face à toutes les démagogies.
OUI si nous conduisons un devoir d'inventaire sur la période où le MRP a eu un rôle important à jouer. Les divisions, les forces et les faiblesses de cette période se retrouvent aujourd'hui dans la vie interne des grands partis politiques.
A vous tous « bonne campagne européenne », le Pays de Vitré se fixe un objectif difficile à atteindre, 60% de votants.

Pierre MEHAIGNERIE



Robert Schuman, la politique comme chemin de sainteté
« Robert Schuman est en quelque sorte mon grand-père : je lui dois d'exister ! ». Johanna Touzel, porte-parole de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (Comece), aime rappeler qu'elle est née d'un couple franco-allemand - ses parents s'étant rencontrés grâce à un échange de l'Office franco-allemand pour la jeunesse... Ce qui n'aurait jamais été possible sans Robert Schuman et sa déclaration du 9 mai 1950, annonçant la mise en commun, autour d'institutions pérennes, des productions de charbon et d'acier de l'Allemagne et de la France, et établissant du même coup les bases de l'Europe communautaire.

Peu de jeunes Européens savent l'importance de Robert Schuman
Pourtant, peu de jeunes Européens, à la différence de Johanna Touzel, savent l'importance de Robert Schuman. Celui-ci reste « peu connu », regrette Guy Villaros, vice-président de l'Institut Saint-Benoît patron de l'Europe, fondé en 1988 pour soutenir la cause de béatification de l'homme d'Etat chrétien qui se fit traiter de « boche » à la Chambre des députés pour avoir eu le courage, cinq ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, de tendre la main au chancelier allemand Konrad Adenauer. De même, dans le monde politique, ils sont bien peu à se réclamer de Robert Schuman. Cet oubli n'a rien d'étonnant, selon Guy Villaros, alors que « le fossé n'a jamais été aussi abyssal entre sainteté et politique ». Ils semblent bien rares, à ses yeux, les hommes politiques qui partagent aujourd'hui la discrétion et l'humilité de ce ministre de la IVe République qui « vivait l'Evangile au jour le jour dans le service désintéressé du bien commun ». Car, comme l'écrit le cardinal Jean- Louis Tauran , président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, « Robert Schuman nous rappelle que le seul motif justifiant qu'un homme puisse exercer un quelconque pouvoir sur un autre homme, c'est le service de celui-ci ».
Certains hommes politiques lui doivent cependant leur engagement. C'est le cas de Pierre Méhaignerie, ancien ministre, maire de Vitré (Ille-et-Vilaine) et membre de l'Union des démocrates et indépendants (UDI), après avoir été longtemps vice-président de l'UMP. « C'est à travers Robert Schuman que ma famille est venue à la politique », évoque-t-il à propos de son grand-père et de son père, maires de Vitré avant lui : « Ils avaient dû si souvent annoncer à leurs administrés la mort d'un fils ou d'un frère à la guerre qu'ils adhérèrent aussitôt au Mouvement républicain populaire (MRP), lorsqu'ils surent que Robert Schuman s'était levé pour prôner la réconciliation franco-allemande. » C'est le cas également de Nicole Fontaine, ancienne présidente du Parlement européen (1999-2002) et ministre déléguée à l'industrie (2002-2004) : « Dès que j'ai commencé à m'intéresser aux affaires européennes, bien avant mon élection au Parlement, j'ai été frappée par la vision prophétique et audacieuse, voire provocatrice, de Robert Schuman », résume-t-elle.
D'autres personnalités appellent de leurs voeux des responsables européens ayant l'étoffe d'un Robert Schuman. « Ce qu'il nous faut, ce sont deux ou trois dirigeants qui empoignent leur bâton de pèlerin pour faire renaître le bon vieil esprit » prescrit ainsi Jacques Delors (1) pour sortir de l'actuelle crise de l'Europe. Selon lui, « faire de la patristique européenne », notamment à travers « la noble figure de Robert Schuman », serait extrêmement utile pour retrouver cette volonté politique sans laquelle la construction européenne ne peut avancer.
De même Sylvie Goulard, députée européenne appartenant à l'Alliance des démocrates et des libéraux pourl'Europe (ADLE), s'est référée aux pères fondateurs lorsqu'elle a créé, en septembre 2010, le « groupe Spinelli » avec Guy Verhofstadt (président du groupe ADLE), Isabelle Durant (ancien vice-premier ministre belge) et Daniel Cohn-Bendit (coprésident du groupe Verts-Alliance libre européenne). Ce groupe (du nom d'Altiero Spinelli, père fondateur de l'Union européenne) veut aider les parlementaires européens à relancer la recherche d'un fédéralisme au sein de l'UE, au-delà d'une confrontation stérile des intérêts nationaux.
Plus largement, Robert Schuman est souvent cité comme référence, voire comme guide, par ceux qui tentent de concilier engagement politique et foi chrétienne. Ainsi, Patrick Weiten, président du conseil général de la Moselle et maire (UDI) de Yutz, aime relire les écrits de Schuman et se dit « fier » d'être propriétaire, en tant que Mosellan, de la Maison Robert-Schuman à Scy-Chazelles, où il vient puiser « sérénité et sagesse » et renouveler sa « volonté de servir » ses concitoyens. S'il se retrouve « totalement » dans les valeurs sociales démocrates-chrétiennes qui furent celles de l'ancien parlementaire lorrain, il veille surtout à respecter « l'exemplarité que doit montrer tout homme politique, tant dans sa vie publique que personnelle ».
C'est pour cette exemplarité, que Guy Villaros souhaite voir « progresser la réputation de sainteté de ce serviteur de Dieu » - et donc sa cause de béatification. Un souhait qui résonne aussi à la Comece, où l'on déplore « l'absence des chrétiens dans le débat » européen. Ils seraient pourtant « l'oxygène nécessaire pour pouvoir dépasser l'épreuve » de la crise actuelle, estime Johanna Touzel, qui en appelle « à la responsabilité des chrétiens, au nom de Robert Schuman, chrétien vraiment engagé, afin qu'ils s'intéressent davantage à ce projet unique dans l'histoire et admiré dans le monde entier ! ».

Claire LESEGRETIN , journaliste à La Croix.
(1)Préface de la réédition du livre de René Lejeune, Robert Schuman, un père pour l'Europe (Ed. de l'Emmanuel, 240 p., 18 €).
(2) Préface du livre de Sébastien Maillard, Qu'avons-nous fait de l'Europe ? Lettres à Robert Schuman (Ed. Salvator, 128 p., 14 €).


REPERES
Les dates de Robert Schuman
· 1886 : naissance le 29 juin à Luxembourg, de nationalité allemande.
· 1912 : avocat à Metz
· 1918 : membre du conseil municipal de Metz ; devient citoyen français.
· 1919 : député (MRP) de la Moselle (jusqu'en 1940, puis de 1946 à 1962).
· 1940 : sous-secrétaire d'Etat pour les réfugiés.
· 1941 : arrêté par la Gestapo ; prisonnier à Neustadt ; s'évade.
· 1946 : ministre des finances.
· 1947 : président du Conseil des ministres.
· 1948 : ministre des affaires étrangères (jusqu'en 1953).
· 1950 : déclaration du 9 mai sur la production franco-allemande de charbon et d'acier.
· 1955 : ministre de la justice (jusqu'en 1956).
· 1958 : premier président de l'Assemblée parlementaire européenne (jusqu'en 1960).
· 1963 : mort le 4 septembre à Scy-Chazelles (Moselle).
· 1991 : ouverture du procès en béatification par Mgr Pierre Raffin, évêque de Metz.
· 2004 : clôture du procès diocésain.
A lire
· Pour l'Europe, de Robert Schuman, Ed. Nagel, 1963.
· Robert Schuman, père de l'Europe ; un chemin de sainteté, de René Lejeune,
Ed. Fayard, 2000, réédition 2013 aux Editions de l'Emmanuel.
· Robert Schuman : du Lorrain des frontières au père de l'Europe, de François Roth,
Fayard, 2008.
· Qu'avons-nous fait de l'Europe ?, de Sébastien Maillard, Ed. Salvator, 2013.



Article paru dans La Croix du samedi 7, dimanche 8 septembre 2013 Rubrique Religion et Spiritualité

A l'occasion du 50e anniversaire de la mort de Robert Schuman, Herman Van Rompuy,
président du Conseil européen, appelle à poursuivre la construction d'une Europe basée
sur la solidarité et la responsabilité

                              Robert Schuman, « Grand d'Europe »

                    « O faites que jamais ne revienne,
                    Le temps du sang et de la haine,
                    Car il y a des gens que j'aime,
                    A Göttingen, à Göttingen ... »
( Barbara)

Aujourd'hui, 4 septembre 2013, je tiens par la présente tribune, écrite pour un journal qui m'est cher, à rendre un vibrant hommage au père de l'Europe moderne, Europe qui s'est appelée « Communauté » et qui porte aujourd'hui le nom d' « Union ». Robert Schuman nous a quittés il y a exactement cinquante ans et son exemple (le mot n'est pas trop fort), sa pensée et son action sont pour moi une constante source d'inspiration.

L'homme qui a fait entrer, le 9 mai 1950, l'Europe contemporaine dans l'histoire n'était ni seul ni le seul.
D'autres Grands d'Europe ont balisé le chemin ou l'ont poursuivi : Aristide Briand et Gustav Stresemann (qui ont reçu le prix Nobel de la paix en 1926), puis Winston Churchill, Charles de Gaulle, Konrad Adenauer, Alcide de Gasperi et Paul-Henri Spaak ; sans oublier le « mentor » du projet européen que fut Jean Monnet, ni la « cheville ouvrière » aux côtés de Robert Schuman, son directeur de cabinet Bernard Clappier. Hommes venus d'horizons différents, de convictions politiques, philosophiques et religieuses diverses, mais qui ont en commun d'avoir inscrit l'Europe et le projet européen dans l'histoire. Ils ont tracé le chemin d'une Europe forte de ses valeurs dans l'immanence de sa réalité et d'une Europe amenée à se dépasser dans la transcendance du « plus » qui vit en chaque citoyen européen. Plus est en nous. « Plus est en vous », comme nous le rappelle la belle devise de la famille van Gruuthuse à Bruges.

La pensée et l'action de ces Grands d'Europe sont aujourd'hui méconnues ou, pire encore, ignorées. C'est donc aussi envers eux que je veux témoigner toute ma reconnaissance au travers de cette tribune consacrée à Robert Schuman qui détestait la démagogie et était « imperméable aux modes intellectuelles ». Cet homme qui ne faisait pas « d'effets de manche » avait pour qualités reconnues « la clarté, la précision et la manière réfléchie de présenter ses arguments » (repris de l'excellent ouvrage de François Roth : Robert Schuman, du Lorrain des frontières au père de l'Europe, Fayard, 2008).

Il aurait pu dire « je suis ma conscience », du verbe suivre et du verbe être. Il était au service du bien commun et n'exerçait pas le pouvoir à des fins personnelles. Homme d'Etat, il pensait, comme Churchill, aux générations prochaines plutôt qu'aux prochaines élections.

A l'instar de John Fitzgerald Kennedy lors de son allocution d'investiture en 1961, il aurait pu déclarer :
« With a good conscience our only sure reward, with history the final judge of our deeds, let us go forth to lead the land we love, asking His blessing and His help, but knowing that here on earth God's work must truly be our own. » Chrétien, spirituellement et socialement catholique, il aimait, lui aussi, se ressourcer par de fréquentes retraites dans des monastères. En bref, Robert Schuman exerçait, ce qui est plus rare qu'on ne le croit généralement, un vrai pouvoir. Car, comme l'écrivit Hannah Arendt, « le pouvoir n'est exercé que là où l'acte et la parole n'empruntent pas des voies séparées, là où les mots ne sont pas vides de sens et les actes emprunts de violence ».
Robert Schuman était un homme d'ouverture, un homme des frontières qui se rencontrent. Il avait compris le rôle moteur du couple franco-allemand au service de la construction européenne. Un rôle d'autant mieux rempli qu'il ne s'avère pas trop dominant et qu'il ménage les sensibilités des « autres » partenaires. C'était vrai il y a soixante ans. Cela reste vrai aujourd'hui.

Homme d'ouverture et des frontières, il considérait qu'aimer l'Europe ne signifie pas négliger son pays, sa région, son village. Car tout homme a besoin d'être « reconnu » : connu et reconnu. Pour exister, et pas seulement pour être. Et cette reconnaissance passe par des repères, des balises. Repères qu'il se donne et que les autres lui reconnaissent. Repères faits de liens sociaux et familiaux, mais aussi de liens historiques et géographiques. L'homme fait partie de l'humanité, il vient de quelque part et il existe, en tant qu'homme, quelque part. Nier son appartenance villageoise et culturelle, c'est donc aussi le nier lui en tant qu'homme. Etre un Européen sans attaches n'a aucun sens. Et ne pourrait provoquer qu'un sentiment de peur et de repli, découlant d'une perte de repères.

Robert Schuman l'avait bien compris. Il était d'Evrange, de Lorraine, de France et d'Europe. Pas « ou » ; mais « et ». Car les identités ne s'annulent pas. Au contraire, elles s'enrichissent les unes les autres et on ne perd pas une identité en en acquérant une autre.

Identité européenne, car Robert Schuman a fait de l'Europe l'oeuvre de sa vie. Son projet, son souhait, c'était l'Europe. Dans sa déclaration de quelques mois antérieure à sa déclaration du 9 mai 1950, il disait déjà clairement que « la confiance entre peuples ne s'improvise ni ne s'impose (...). Nous ne pourrons y parvenir que par une coopération dans un cadre plus large où nous serons plusieurs à faire preuve de bonne volonté. Ce cadre, c'est l'Europe. » Déclaration qui n'a pas pris une ride. Car, en effet, l'Europe est une idée généreuse. Elle est la mise en action du pardon, de la réconciliation. « L'Europe naîtra des réalités concrètes qui créeront d'abord une solidarité de fait », écrira-t-il encore à Adenauer. Et dans son livre Pour l'Europe, paru en 1963, il aura cette analyse : « Tous les grands problèmes qui étreignent les pays sortis de la guerre ont revêtu un caractère mondial et échappent à l'autonomie politique et économique des pays, même les plus puissants. » Si je laisse de côté les mots « sortis de la guerre », qui aujourd'hui datent un peu, je pourrais décrire en ces mêmes termes la crise économique et financière qui nous a frappés ces dernières années.

Oui, l'Europe était « sa grande affaire », sa grande cause. Une Europe basée sur la solidarité et la responsabilité. Sur des valeurs qui mettent « l'homme au centre ». L'homme en tant que personne, cet homme (au sens homme ou femme) qui se présente non comme un individu purement autonome mais comme un individu dans un rapport de solidarité, un individu doté de droits et de devoirs ; en bref, l'homme qui se sait interpellé par le visage de l'autre... L'autre et donc, forcément, la diversité. C'est elle, la diversité, qui constitue la richesse historique européenne. Et c'est l'universalité qui constitue notre message politique. L'universalité, pas l'universalisme. L'universalité d'une parole adressée à tout homme. Au contraire de l'universalisme qui considère la réalité comme un tout unique. L'Europe qui était pour Schuman, et qui est toujours pour nous, un projet en perpétuel devenir. Car l'Europe telle que nous la connaissons aujourd'hui est le résultat d'un double mouvement d'unification et d'éclatement. Et la tension fait partie intégrante de notre héritage. Une tension non destructrice mais, au contraire, vitale. Car elle nous empêche de tomber dans une forme de léthargie politiquement mortelle.
Une tension qui nous oblige à constamment « recadrer » le projet européen. Non pas à le changer. Mais à l'enrichir par l'expérience acquise en restant fidèle aux objectifs de départ. « Notre identité n'est pas donnée mais à construire, en reprenant ce que nous avons eu de meilleur mais d'inaccompli », écrit Michel Blain dans son très fouillé Douze mythes qui ont fondé l'Europe (L'Harmattan, 2007).
Cette identité européenne, d'après le cinéaste Wim Wenders, n'existera pas réellement tant que nous ne parviendrons pas à donner à voir nos propres mythes, nos mythes fondateurs, qui sont, d'abord, des mythes littéraires qu'il nous faudra retrouver et relire demain. Des mythes que portent L'Iliade et L'Odyssée, L'Enéide, La Chanson de Roland, la quête du Graal, La Divine Comédie, Don Quichotte, Faust ou encore Monsieur K,
l'étranger absolu. Ils ont forgé ce mythe d'Europe, cette quête d'Europe que nous poursuivons politiquement. Or, et nous l'oublions trop souvent, ce message-là aussi fait partie du message que nous a transmis Robert Schuman, grand lecteur et dévoreur de livres. La grande aventure du récit romanesque est une composante marquante et tout
à fait spécifique de la quête spirituelle de l'Europe. Une quête nourrie par une histoire tumultueuse, souvent dramatique, parfois horrible, mais toujours fondatrice. Une histoire qui situe la naissance symbolique de l'Europe en l'an 800, année du sacre de Charlemagne comme empereur de la chrétienté (rex pater Europae), d'une Europe esquisse d'un ensemble, nous dit Blain, « dont la France et l'Allemagne, issues d'un partage carolingien,
deviendront au XXe siècle des inspirateurs particulièrement actifs, et dont le coeur et le cerveau sont aujourd'hui à Bruxelles, Strasbourg et Luxembourg, dans l'ancien pays franc »
.
C'est à retrouver ce projet inspiré par Robert Schuman que je voudrais, ce jour, inciter tous les lecteurs de La Croix et au-delà. Pour nous « retrouver » dans notre Union, non pas « un » mais « unis », non pas « unifiés » mais « ensemble ». Et pour poursuivre la création « d'un espace culturel, spirituel et politique où les nations échangeraient (...) des valeurs qu'elles ont en commun ». Merci au philosophe juif allemand Edmund Husserl d'avoir, en 1935, trouvé les mots justes pour exprimer ce vers quoi nous devons tendre. Pour l'Europe et donc pour nous-mêmes.

Herman Von Rompoy


Associations amies
L'Institut Jean Lecanuet et France-Forum annoncent l'ouverture de leur site Internet : www.institutjeanlecanuet.org et nous invitent le consulter.

Francisque GAY : sa famille, Alain et François TERRENOIRE, Jean-Michel CADIOT ses petitsenfants, l'Institut Marc Sangnier, avec Anicette SANGNIER ont organisé un colloque à l'occasion du cinquantième anniversaire de la mort de Francique Gay, à la Mairie de Paris 6ème, le 5 novembre dernier. Les orateurs ont évoqué son combat partagé avec Marc Sangnier pour la démocratie, la paix et l'Europe, son combat contre l'Action Française et pour le Pape. Jacques BARROT a parlé des expériences et des espérances au regard des convictions partagées avec Francisque Gay, résistant, éditeur, fondateur de La Vie Catholique et de l'Aube.
François BAYROU a rappelé son attachement à cette famille « essentielle et immortelle », rappelant la célèbre définition que Marc Sangnier donnait de la démocratie : « C'est le régime qui tend à porter au maximum la conscience et la responsabilité de chacun ». Parmi les très nombreux participants, une bonne délégation de notre amicale avec Pierre Méhaignerie.

Institut Marc Sangnier : l'IMS a tenu son assemblée générale dans ses locaux historiques du Boulevard Raspail , emplis de la mémoire de Marc Sangnier où de nombreux étudiants et chercheurs viennent consulter l'énorme documentation des archives conservées par la famille Sangnier .
L'Institut va lancer cette année un prix de la Démocratie qui devrait mettre à l'honneur des personnes ou des associations. Il est ouvert sur rendez-vous au 38 Boulevard Raspail. Contact sur  info@marcsangnier.com . Vous pouvez consulter son site internet www.marc-sangnier.com.

Nos amis disparus
Jean Marie MAYEUR , né en 1933 est décédé le 8 octobre dernier à Paris. Spécialiste de l'histoire politique française et de celle de l'Eglise catholique au tournant du 20 ème siècle, agrégé, il soutient à la Sorbonne sa thèse consacrée à l'Abbé Lemire, figure de la Démocratie chrétienne, prêtre puis député du Nord. Professeur d'histoire contemporaine, il enseigna à Lyon II Paris XII, et Paris IV Sorbonne, ainsi qu'à l'Institut des Sciences Politiques de Paris. Il dirigea l'Institut d'histoire moderne et contemporaine du CNRS. Il est l'auteur de nombreux ouvrages et d'ouvrages collectifs tels Histoire du christianisme des origines à nos jours, ou Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine .il devint très tôt une référence sur les enjeux politico-religieux de la fin du XIXème et de la première moitié du XXème siècle. Membre du conseil scientifique de l'Institut Marc Sangnier, Jean-Marie Mayeur était un fidèle adhérent de notre Amicale.
Bernard LELARGE, 93 ans, est décédé à Bourges le 18 juin dernier.
Ancien conseiller municipal de Bourges, président honoraire des familles de France du Cher et de l'UDAF, ancien président de la CMR du Centre, ancien administrateur de la CAF et de la CNAM, chevalier de l'Ordre national de Mérite, fidèle adhérent de notre Amicale.
Robert PARMENTIER, 94 ans est décédé le 23 juin dans son département des Vosges, à Rupt sur Moselle. Formé par la JAC, il fut à l'origine de l'agriculture de groupe, responsable national de l'UGEA (Union des groupements pour l'exploitation agricole). Président de la Chambre d'agriculture des Vosges, maire de son village, il a siégé au Conseil économique et social de Lorraine. Européen convaincu, dans le sillage de Robert Schuman, homme cultivé, humain, il fut précurseur d'une agriculture résolument moderne.
André Heurteaux , 87 ans est décédé le 27 novembre à Cisoing (Nord ).Militant à la JOC, à la CFTC, au MRP , au CDS et à l'UDF du Nord, puis à l'Union Européenne des Travailleurs Démocrates Chrétiens . Très marqué par la présence et l'influence de son ami André Diligent, André était un homme droit , aux convictions inébranlables, doué d'une foi éclairée et d'un grand courage. Conseiller municipal à Lille puis à Cisoing.
Jules Clauwaert , 92 ans , décédé à Hem ( Nord) , le 3 février , journaliste, grand reporter, président d'honneur de Nord Eclair et de l'Ecole Supérieure de Journalisme de Lille.

Compte rendu de l'Assemblée générale de l'Amicale du 12 décembre 2013
La Secrétaire générale, Anne-Marie CATHERIN, ouvre la séance, à 10h 45, en adressant la bienvenue aux membres de l'Amicale présents, les membres du comité directeur, les anciens mais aussi des nouveaux accueillis chaleureusement.
Elle adresse un message particulier à Pierre MEHAIGNERIE, que nous avons sollicité et qui nous fait l'honneur de sa présence. Une soixantaine de membres ont adressé un pouvoir, prouvant ainsi l'intérêt qu'ils manifestent pour notre amicale.
Nous rendons hommage à nos amis disparus dans l'année par une minute de silence :
Jean CHERON, d'Alençon, Pierre MAHIAS, de Bordeaux, Jean-Pierre PREVOST, d'Amiens, notre ancien Président, en présence de Madame Prévost , Jean LEMOUX, de Levallois Perret, Antoine VEIL, de Paris, Jean-Pierre PENSA de Paris, Bernard LELARGE, de Bourges, Robert PARMENTIER de Rupt sur Moselle, André HEURTEAUX de Cisoing , Nord .
Et tous ceux de nos amis décédés dont nous n'avons pas été informés.

Rapport d'activités :
Notre année 2013 a été très perturbée par la disparition subite de JP Prévost qui n'a pas pu réaliser ses projets. Un rappel : 2011 avait été marquée par nos problèmes de locaux, transfert de nos bureaux, déménagement de l'autre côté de la cour, dans les anciens bureaux de France-Forum, après de nombreuses démarches et un acte notarié pour lequel nous félicitons et remercions notre trésorier, Bruno Coiraton.

2012 fut l'année de nos deux rencontres autour d'André COLIN, puis de Marc SANGNIER. JP Prévost avait assuré ces deux conférences dont nous avons envoyé le compte rendu à tous nos adhérents.
En 2012 nous avons poursuivi nos relations amicales avec nos associations amies : l'Institut Marc Sangnier à Paris, les Amis d'André Diligent, dont Jean-Pierre était au Conseil scientifique (plusieurs d'entre nous ont participé au 2ème colloque sur André et Victor Diligent à Lille, début Février, et les Semaines Sociales qui ont tenu leur 87 ème session à Vincennes sur le thème « Réinventer le travail »
(2000 personnes + 300 à Strasbourg et 600 à Lyon en multiplex).
Le 21 mai, à la Chapelle de la basilique Ste Clotilde, Paris 7ème, une messe a réuni les membres de l'Amicale, la famille et les amis de Jean-Pierre Prévost pour lui rendre hommage.

Rapport financier :
Bruno Coiraton, trésorier, présente le rapport financier pour l'année 2012.
Madame LENABOUR, commissaire aux comptes, ayant examiné toutes les pièces, félicite le trésorier pour la tenue de comptes.
L'assemblée donne, à l'unanimité, quitus au trésorier pour les comptes 2012.

Débat général :
- La Secrétaire générale donne la parole à Pierre MEHAIGNERIE, qui a fait la brillante carrière politique que l'on connaît, maire de Vitré, député, plusieurs fois Ministre, Président du CDS, vice- président de l'UMP jusqu'en 2007.
Son grand-père, son père se sont engagés derrière Robert Schuman, c'est donc tout naturellement qu'il a connu tout jeune le MRP et qu'il veut bien nous aider dans notre réflexion. « Si nous voulons poursuivre ce qu'a été le MRP, nous devons nous unir avec toutes les « chapelles », associations amies qui se sont formées au tour de la pensée du MRP, de la doctrine sociale de l'Eglise, de la mouvance démocrate chrétienne. Je suis un parmi vous, je travaillerai avec ceux qui veulent cette unité. »
- Bernard BILLAUD, président des amis de Georges Bidault, qui a reçu chez lui JP Prévost, deux jours avant sa disparition évoque la mémoire de notre ami. Il rappelle le souvenir d'André Fosset, de Pierre - Henri Teitgen, Jean Letourneau. Il rappelle le rôle historique de Georges Bidault dans la fondation du MRP. Il se dit prêt à collaborer aux recherches de l'Amicale.
- Sylvain TRANOY, jeune agrégé d'histoire, souhaite vivement qu'avec Pierre Méhaignerie et les autres associations nous fassions vivre la pensée du MRP. Il suggère de mettre en avant l'actualité de nos valeurs, et notamment du personnalisme, par rapport aux enjeux du monde d'aujourd'hui, mais nous met en garde sur le sens des mots de l'époque qui peuvent être piégés dans le contexte actuel (glissement de sens sur le terme « communautaire » qui ne permet plus d'utiliser ce mot en étant compris).
Spécialiste d'Etienne Borne, il est prêt à nous aider à la réflexion sur l'actualité de ses idées : recherche d'équilibre entre liberté et justice, individu et collectivité, qui serait l'essence du « centre », et qui constituerait le fondement de politiques réellement durables.
- Pierre MEHAIGNERIE estime qu'on ne fait plus confiance aux hommes politiques actuellement. La jeune génération a vraiment besoin d'une base philosophique (Tocqueville, Shumpeter, Mounier, Aron) .
On ne voit pas qui est l'homme de la situation dans le monde politique actuel.
- Albert KALAYDJIAN estime que P. Méhaignerie est le seul qui peut rassembler tout ce patrimoine issu du MRP, et qui peut moderniser notre doctrine politique.
- André PETIT, notre doyen, nous a donné son témoignage de maire d'Eaubonne pendant 36 ans, avec l'étiquette MRP, conseiller général, régional, député et toujours militant à 92 ans. Autodidacte il mena de front sa carrière politique avec sa vie d'entreprise, imprégnant l'esprit du MRP dans sa ville. Européen de la première heure, il en appelle à - Pierre Méhaignerie et à ceux de sa génération pour tenter de réconcilier les Français au centre et de faire vivre l'esprit du MRP.
- Bernard FOSSET souhaite fortement le rassemblement de nos amis, chacun gardant son individualité.
- Hervé COLLET suggère d'organiser un colloque qui reprendrait un thème cher au MRP.
- Claude PINTA, fidèle admirateur d'Etienne Borne, souhaite lui aussi un collectif des associations amies.
- Henri CATHERIN pense qu'il faudrait faire connaître la pensée d'Etienne Borne aux jeunes générations. Son billet dans Forces Nouvelles et Démocratie Moderne pendant longtemps nous a beaucoup aidés dans notre formation et notre réflexion politique.
- Josette BUCHOU, d'accord avec les intervenants précédents, estime cependant que le vocabulaire ancien correspondait à des valeurs, à revoir dans le contexte actuel.
- Anne-Marie CATHERIN : le rôle de l'Amicale n'est pas de créer un mouvement politique de rassemblement, mais de mettre ensemble pour une réflexion commune, tous ceux qui ont été animés du même idéal (et ou leurs descendants.) Le Comité directeur fera dès que possible des propositions en ce sens.

La secrétaire générale fait procéder à l'élection des membres du comité directeur :
Sortants en 2013 qui se représentent :
          Catherin Henri
          Henry Christiane
          Kalaydjian Albert
          Lenabour Christiane
          Petit André
          Vanlerenberghe Jean-Marie
Sont en outre candidats
          Collet Hervé
          Méhaignerie Pierre
          Tranoy Sylvain
Vote à main levée, les 9 candidats sont élus à l'unanimité pour 6 ans, jusqu'en 2019.
Fin de l'assemblée générale à 13 h 15, par un pot de l'amitié.

Témoignage : Anne-Marie et Georges DENIZOT
Nos amis de Caen ont eu l'honneur d'une page dans OUEST-FRANCE le 26 janvier dernier. « La réconciliation, l'oeuvre de leur vie ».
A 87 et 90 ans, ils vivent entourés de souvenirs de voyage en particulier à la découverte de l'Europe avec l'Association Caenaise pour la Connaissance de l'Allemagne (ACCA) qu'ils ont créé en 1962, par un premier jumelage avec Würzburg en Basse Franconie. L'idée du jumelage était alors innovante : « Les réunions internationales n'aboutissaient jamais à la paix. Le rapprochement devait se faire par la population, avec les jeunes qui n'avaient pas combattu. C'était assez de guerres, il fallait essayer de se comprendre, de se connaître », explique Georges Denizot. L'été 1946, Anne-Marie, guide de France participe à la Croisade de la paix à Vézelay avec 40 000 chrétiens de toute l'Europe. A la fin des années 40, Georges adhère au MRP. Mariés en 1952, toute leur vie ils ont organisé des voyages, colloques, Saint Nicolas, concerts, repas, jumelages, ils ont fait se rencontrer toutes les catégories sociales. Après la chute du mur de Berlin, l'enjeu n'est plus franco-allemand mais européen. Présidente de l'ACCA jusqu'en 1999, Anne-Marie a été vice -présidente de la Fédération des associations franco- allemandes.
En 1998, elle reçoit le Prix De gaulle-Adenauer pour son action en faveur du rapprochement francoallemand mais aussi le titre de Chevalier de la Légion d'Honneur et le Mérite national de la Pologne.
Leur grande satisfaction : « Nos partenaires sont désormais plus jeunes que nous et n'ont pas connu la guerre. Aujourd'hui les Français et les Allemands sont comme frères et soeurs ».
En cette année du centenaire du début de la grande guerre, et du 70 ème anniversaire du débarquement en Normandie, où les souvenirs ressurgissent dans bon nombre de familles, ce témoignage de nos fidèles amis nous réjouit. Qu'ils en soient félicités et remerciés.

          Directeur de la publication : Pierre Méhaignerie



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