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CR de l'Assemblée Générale du 8 Février 2018


Assemblée générale du 8 février 2018 à 14h 30
Salle Jean Lecanuet
Pré sents : Président : Pierre MEHAIGNERIE
Secrétaire générale : Anne-Marie CATHERIN
Trésorier : Bruno COIRATON
Florence BRUGIDOU -WAETCHER de Niort
Gilles BOSSY, bureau de l'Amicale
Emmanuelle CORCELLET - PREVOST de Paris 14
Jean -Louis CASTANEDE de Paris 14
Bernard FOSSET de Paris 13, bureau de l'Amicale
Germain GENGENWIN de Schaeffersheim (Bas Rhin) , conseiller régional de 1980 à 1998, député de la 5
ème circonscription de 1981 à 2002 .
Jean HOUOT de Boulogne, Hauts de Seine ; chargé du site Internet de l'Amicale
Jean -Jacques JEGOU, ancien Maire de Plessis Trevise (94), député et sénateur.
Alexandre NARDELLA du MODEM
Yves OGE, de Paris 14
André PETIT, maire honoraire d'Eaubonne pendant 36 ans, ancien député, vice président e l'Amicale
Sylvain TRANOY, de Cambrai, président du Syndicat mixte du pays du Cambrésis
Amin de TARAZI de Paris 16
La secrétaire générale souhaite la bienvenue aux amis qui ont bravé les rues verglacées, excusant ceux qui
s'étaient annoncés et remercie la cinquantaine d'adhérents qui se sont manifestés en envoyant leur pouvoir.
Plusieurs amis sont décédés, nous assurons leurs familles de notre sympathie et de nos condoléances.
Il y a un an nous évoquions la mort de Jacques Mallet notre ancien Président, cette année c'est son épouse
qui est décédée en juin dernier. Nous avons appris aussi le décès d'une adhérente fidèle, Mademoiselle
Thérèse FAUVEL de Coutances, dont les 2 soeurs sont également adhérentes.
Adhérent de la première heure et toujours fidèle, François Régis Hutin est décédé le 10 décembre
dernier à l'âge de 88 ans. Patron de presse hors norme, fils du fondateur de Ouest France qui fut
député MRP du Morbihan de 1946 à1955.
Il signait régulièrement à la une de Ouest-France et notamment le samedi, des éditoriaux dans lesquels il
affichait ses convictions chrétiennes et ses engagements notamment en faveur de l'Europe et de la liberté de
l'enseignement. Il a mis également son journal au service de son combat contre la peine de mort et
la torture ou pour l'amélioration des conditions de vie dans les prisons. Il a publié aussi régulièrement de
grands reportages réalisés le plus souvent à l'étranger, dans des pays déshérités ou victimes de catastrophes.
Il a joué un rôle de conviction pour l'adoption du traité de Maastricht par les électeurs de l'Ouest de la
France.
« On chercherait en vain quelqu'un qui lui ressemble : à la fois homme d'affaires, éditorialiste, grand
reporter, chroniqueur religieux... » note L'Express, qui le dépeint également comme « un journaliste qui se
méfie des journalistes, un démocrate autocrate, un bourgeois qui déteste l'argent, un catholique sans états
d'âme, un timide aussi chaleureux qu'ombrageux ».
Toujours président du comité éditorial de Ouest-France, il n'en avait pas moins signé un ultime éditorial
dans l'édition du samedi, veille de sa mort, s'alarmant des prises de position de Donald Trump sur
Jérusalem.
L'assemblée vote à l'unanimité le renouvellement du conseil d'administration et du bureau de l'Amicale.
L'assemblée vote à l'unanimité l'approbation des comptes de l'amicale.
A ce jour ( 17/02/2018 ) 52 adhérents ont renouvelé leur cotisation pour 2018.
Les personnalités annoncées ayant eu un empêchement de dernière heure ou une indisponibilité compte tenu
de la situation climatique, un large débat, néanmoins, a eu lieu avec l'assistance sur la situation politique
actuelle et la position du groupe parlementaire MODEM à l'assemblée nationale.
Pierre Méhaignerie, Président de l'Amicale, fait une analyse de la situation politique depuis l'élection
présidentielle. Situation mouvante avec des éléments positifs et d'autres qui le sont moins.
Nous voulons une France forte oui mais une France juste.
Plus la consommation augmente, plus les déficits augmentent.
Le vieillissement de la population va augmenter les risques financiers.
Il cite 3 chiffres importants :
606 : le nombre d'heures de travail par an en France, bien que la productivité soit bonne voire excellente,
contre 690 pour la moyenne des pays européens et 720 heures pour les pays scandinaves.
6,1 : C'est le pourcentage des dépenses sociales (état providence), contre 2,4 pour les pays européens.
56 % c'est le poids de la dépense par rapport aPierre Méhaignerie ajoute : « Nous réaffirmons nos
convictions : liberté et responsabilité, efficacité et justice, individus et communauté ».
Ce qui est positif dans la politique actuelle : la volonté et l'engagement du gouvernement. L'image de la
France dans le monde
Mais ce qui est mal vécu pour nombre de nos compatriotes dans leur vie quotidienne, c'est par exemple la
suppression du prêt à taux zéro, l'augmentation de la CSG pour les retraités, et qu'ils ont le sentiment à tort
ou à raison que le gouvernement favorise les plus aisés.
La suppression de la taxe d'habitation certes inégalitaire est vue comme un slogan de campagne) : il faudra
bien créer d'autres taxes ou augmenter la TVA ?
Pierre Méhaignerie propose une solution alternative, avec une taxe d'habitation avec une moyenne de
450 euros plutôt que la suppression totale qui handicapera fortement les communes.
Sylvain Tranoy expose la situation très difficile dans le Nord Pas de Calais et particulièrement dans le bassin
d'Avesnes sur Helpe ou du Valenciennois et notamment dans le secteur de Denain, à cause du chômage de
masse, suite à la fermeture massive des industries traditionnelles, d'où la forte progression du Front
national.Le Président Macron n'aurait pas suffisamment conscience, pour certains, de la fracture
territoriale.
Certes la France d'Emmanuel Macron présente une image meilleure que celle de Hollande, mais pour les
gens de la base l'amélioration est lente, trop lente.
Il faut maitriser la dépense publique, or la dépense publique continue d'augmenter.
Jean-Jacques Jegou , qui fut 31 ans maire, et 22 ans parlementaire, membre du conseil éxécutif du MODEM,
regrette que les valeurs qui ont animé son engagement depuis sa jeunesse, celles du MRP, ont disparu . On
ne parle pas de valeurs dans le groupe majoritaire (En Marche 310 députés), et même chez de nombreux
députés Modem. Le grand public n'entend jamais parler des 47 députés Modem, de leurs amendements, de
leur vote.
Avec une gauche durablement inexistante et une droite en lambeaux, JJ Jegou souhaite vivement que nous
redéfinissions nos valeurs avec les députés du Modempour qu'ils se fassent entendre. Car si on n'a pas de
doctrine on ne peut pas donner de fondements solides à la politique. Ils doivent apporter des amendements,
et leurs votes doivent être basés sur des convictions.
L'assemblée donne mandat à JJ JEGOU d'organiser une rencontre entre le bureau de l'amicale et un
groupe de parlementaires MODEM représentatifs pour préciser et réaffirmer les valeurs de base devant
inspirer les positions du groupe.
Pierre Méhaignerie fort de son expérience d'élu local, dans une région où les employeurs ne trouvent pas
suffisamment de personnel pour développer leurs entreprises, nous parle du réseau des villes moyennes, de
disparités importantes de développement dans la même région ou le même département : ainsi la Vendée du
Nord , au développement extraordinaire, mis en valeur ces jours par des reportages sur le secteur des
Herbiers qui peine à recruter (5% de demandeurs d'emplois) et la Vendée du sud , en stagnation, le Tarn en
perte de vitesse, et l'Aveyron , dynamique, qui été fortement marqué par la JAC en son temps.
On évoque le problème de l'immigration, les migrants qui arrivent, avec l'aide des passeurs, problème
complexe et combien difficile qui devrait se traiter au niveau européen, mais également au niveau mondial,
le contrôle administratif dans les centres de rétention, l'aide au développement, le dialogue Nord Sud.
Pierre Méhaignerie souhaiterait, en lien avec la Bretagne, un millier de jumelages avec l'Afrique. A suivre.
Livre cité par PM : Et si on tuait le Mammouth de Bernard Toul émonde et Soazik Le Névé -
La réunion se termine par un pot convivial au bureau avec l'arrivée de Jean Louis Bourlanges, député
MODEM des Hauts de Seine , Clotilde Avenet-Tenneson et François Bayrou, maire de Pau, président
du MODEM, avec Jean Jacques Jegou, Gilles Bossy, Bruno Coiraton et Emmanuelle Corcellet-
Prévost.
Pour Jean- Louis Bourlanges : « le fonctionnement de LRM pose problème : Ses membres sont coupés des
familles traditionnelles de la politique française, de la gauche comme de la droite. Ils sont en quelque sorte
hors sol.De plus, c'est la première fois qu'un parti obtient une majorité absolue dès sa création .
Ce n'était pas le cas du parti gaulliste qui a mis quatre ans à s'imposer sous la cinquième République et qui
avait eu une vie antérieure sous la quatrième. Il n'y a donc aucune séniorité au sein de REM : tous sont à
égalité et tous en compétition.
De plus, c'est par essence le parti de Macron , donc un parti dont la base est le sommet , destiné à irriguer
le corps électoral avec la pensée souveraine et non à le représenter auprès du chef de l'Etat. Je crois qu'il
faudrait remettre le système à l'endroit et doter la majorité parlementaire d'une gauche qui pourrait être
REM , d'un centre , le Modem, et d'une aile modérée autour des juppeistes et d'Edouard Philippe. Macron a
tort d'être obsédé par les frondeurs car il n'y a pas de vrai conflit d'orientation dans sa majorité.
Le groupe parlementaire du MODEM est une formation détendue, sympathique et sereine mais qui n'a pas
sa place dans un système fondé sur la verticale du pouvoir. Il n'est pas normal qu'avec 47 députés il n'ait
que deux membres du gouvernement et aucun ministre de plein exercice.»
Précision : Jacqueline Gourault, Ministre sans portefeuille auprès de Gérard Colomb, ministre de l'intérieur,
et Geneviève Darrieussecq, Secrétaire d'Etat auprès du Ministre
Arrivées de François Bayrou et de Jean-Jacques Jegou : Ce dernier rappelle à François Bayrou notre
sujet principal de débat à notre Assemblée générale : revenir sur nos valeurs de la démocratie
chrétienne, les faire connaitre, ce que l'on ne voit pas assez aujourd'hui.
François Bayrou rappelle nos valeurs :
1/ le refus de la bipolarisation droite-gauche
2/ le choix du pluralisme institutionnel : la démocratie c'est une symphonie, une richesse
3/Notre choix envers ceux qui n'ont ni l'avoir ni le pouvoir. Priorité à l'éducation : l'éducation de base,
l'éducation tout au long de la vie, l'éducation populaire
4/Le principe de subsidiarité . Les décisions d'accord, mais avec un exercice réel de la responsabilité
5/ Nous sommes patriotes et Européens mais antinationalistes avec une communauté de valeurs et d'esprit.
Travaillons au sein de la symphonie démocratique et européenne
6/ L'importance des corps intermédiaires. Bayrou rappelle l'importance du travail en entreprise. L'objet
social ne doit pas être tourné vers le bénéfice
Importance de la représentation des travailleurs dans le corps social de l'entreprise.
F Bayrou dit qu'il a un projet conquérant, et que nous avons quelque chose à dire.(...)
Emmanuel Macron porte plusieurs éléments en lui : bonapartiste ( ?) technocrate ( ?) centriste. (I)
En Marche n'a pas de valeurs affirmées. Macron a un tropisme pour Ricoeur. » Un peu de nostalgie par
rapport à nous »(...)
L'enjeu de la loi électorale ? La démocratie réfléchit à ce qui nous rapproche pas à ce qui nous divise.
(Propos recueillis par Emmanuelle Corcellet-Prévost que nous remercions).
Ci-joint un article d' Edgar Morin publi é dans le Monde du jeudi 22 février 2018.
Le double « Je » du président
Edgar Morin
Tribune. Chacun possède une dualité, voire une multiplicité intérieure, mais certains personnages
historiques sont remarquables par une dualité politique étonnante. Ainsi de Gaulle, à la fois rebelle et
rassembleur national pendant la guerre, porté au pouvoir par l'Algérie française et renversant ses géniteurs
putschistes pour reconnaître l'Algérie algérienne, politiquement rénovateur et socialement conservateur
durant sa présidence.
Pour comprendre Macron, je partirais d'un fait de vie privée qui traduit un choix de vie audacieux et une
capacité de transgression extraordinaire : contre vents et marées et plutôt contre les obstacles des milieux
conformistes bourgeois de province, il épouse sa professeure de lycée plus âgée que lui et déjà mère de deux
enfants, et il assume cette transgression ouvertement tout au long de sa carrière.
Quand il se lance dans l'aventure présidentielle, il transgresse toutes les règles du jeu apparemment
inamovibles de l'adoubement par un parti
Quand il se lance dans l'aventure présidentielle, il transgresse toutes les règles du jeu apparemment
inamovibles de l'adoubement par un parti et il part aventureusement, créant de toutes pièces un
rassemblement dynamique d'éléments captés dans les partis, qui s'en disloquent, ce qui, évidemment dans
des circonstances favorables, le conduit à la présidence de la République. On peut dire qu'il y a du
Bonaparte, du Boulanger, du de Gaulle dans cela, mais la différence est qu'il n'y a au départ aucun prestige
ni gloire militaire, mais un jeune civil audacieux.
Par ailleurs, une autre étonnante dualité réside dans le fait d'être un intellectuel littérairement et
philosophiquement cultivé et un homme qui fait carrière aux antipodes de la philosophie, dans la banque et
la finance.
Hulot ou l'antagonisme au gouvernement
D'où une autre dualité. Il remet à l'actualité le souci du grand destin de la France, se hausse au niveau de
l'intérêt national supérieur, mais, en même temps, sa pensée politico-économique demeure totalement
conforme au néolibéralisme et plus encore à la vulgate technocratique économique régnante dans les classes
dirigeantes, comme chez ses prédécesseurs, fondée sur la compétitivité, les économies budgétaires, les
faveurs aux entrepreneurs et les restrictions aux salariés, et respectant comme évident le pouvoir financier.
Et lui-même a plusieurs fois affirmé sa conviction que la richesse nationale vient principalement des riches.
Les cabinets ministériels sont truffés plus que jamais de jeunes technocrates qui ne voient le réel qu'à travers
les chiffres. On arrive même à une contradiction entre sa pensée humaniste affirmée et le comportement
concret du ministre de l'intérieur, des instances policières et judiciaires à l'égard des réfugiés.
Sur Notre-Dame-des-Landes, il ne se rallie pas à la conception des zadistes, mais il transgresse la vision
techno-économique dominante
Enfin, Emmanuel Macron a instauré de lui-même, sinon une contradiction, du moins un antagonisme, au
sein de son gouvernement, non tant en mêlant ministres issus de la gauche et de la droite, mais en y
installant à une place noble [ministre de la transition écologique] Nicolas Hulot, symbole des problèmes
écologiques devenus vitaux et d'une nouvelle politique.
Cela dit, deux actes macroniens témoignent d'un début de transgression de la vulgate techno-économique.
Le premier est la riposte à la décision du président Trump de renoncer à l'accord international sur le
réchauffement climatique, dans le discours où s'énonce pour la première fois une pensée planétaire,« Make
our planet great again ». Le second est dans le renoncement à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes où
s'étaient cristallisées et radicalisées deux conceptions de la société. Il ne se rallie certes pas à la conception
des zadistes, mais il transgresse, dans ce cas symbolique, la vision techno-économique dominante dont il
était le promoteur.
Une autre pensée économico-politique
Va-t-il évoluer et passer de la transgression au renoncement, du renoncement à l'adoption d'une autre
pensée économico-politique ? Cette autre pensée a déjà été formulée. C'est celle d'une grande politique de
salut public, dont la révolution énergétique (qui a commencé sous l'impulsion de Nicolas Hulot) serait un
premier élément, et comporterait une grande politique des villes visant à dépolluer et déstresser la vie
urbaine, une grande politique des campagnes faisant régresser l'agriculture et l'élevage industrialisés,
ravageurs des terres, dont les produits standardisés sont insipides et insanes, au profit de l'agriculture
fermière, raisonnée, et bio.
L'une et l'autre politique auront besoin de main-d'oeuvre, fourniraient du travail, feraient régresser le
chômage, l'une et l'autre auraient un apport décisif à la santé publique et susciteraient d'énormes réductions
dans les dépenses de pharmacie, de médecine, des hôpitaux.
Enfin, ces deux volets politiques auraient besoin d'être complétés par un grand projet de solidarité qui
oriente le service national annoncé des jeunes en service national de solidarité, qui opère la création dans
tout le tissu urbain français des maisons de solidarité, qui effectue prêts ou subventions favorisant et
stimulant toutes entreprises ayant un caractère d'entraide de secours et de solidarité.
La transgression peut être une progression
La promotion conjointe de responsabilité et de solidarité seraient elles-mêmes favorisées par une réforme
profonde de l'éducation dont est capable le ministre en exercice, Jean-Michel Blanquer, qui enseignerait le
mieux-vivre. C'est bien là la nouvelle voie qui permettrait à M. Macron de réaliser son aspiration profonde,
qui est d'inscrire sa marque historique dans le destin national et d'infléchir le destin planétaire. C'est à cette
ultime transgression, qui serait alors une grande progression, que le convient les forces vives du pays.
Emmanuel Macron ira-t-il soit progressivement, soit par conversion rapide, vers un grand destin national,
lequel est inséparable d'une grande politique, pas seulement extérieure, mais intérieure ? Autrement, il n'y
aura pas de grande présidence. Au moment de conclure, une voix me dit que j'ai aussi mon double « je » :
« Cet espoir est-il crédible ? N'est-il pas déjà trop installé dans son credo techno-économique ? N'a-t-il pas
acquis définitivement le culte de la réussite et le dédain pour les laissés-pour-compte ?
- Peut-être, je ne sais pas... Mais je sais qu'il est capable d'audace et de transgression. »



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N° 122 du 1er trim. 2009

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