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Bulletin N°20 suite article sur Georges Clémenceau par Gilles BOSSIS


Suite de l'étude sur Clémenceau
La relation de Georges Clemenceau avec d'autres personnalités chrétiennes
Ses relations évoluèrent au cours du temps, en fut-il ainsi avec Charles Péguy, dont le socialisme, selon Jean Lacouture, allait progressivement tourner du souffle mystico-libertaire des premières années du siècle au nationalisme néo-barrésien de 1912-1914. (Jean LACOUTURE, BLUM. FAYARD)
Charles Péguy a publié les discours de Clemenceau dans ses cahiers de la quinzaine.
Comme le rappelle J.B Duroselle, principal biographe de notre homme, au mois de Mai 1902, dans son 16éme cahier de la 3ème série, Charles Péguy voulut traiter des élections prochaines. Il désirait voir des « têtes » : Méline plutôt que des mélinistes, Waldeck-Rousseau qu'un waldeckiste, un Clemenceau qu'un clémentiste, un Guesde qu'un guediste.
Péguy n'en resta pas là. Il décida de publier un cahier signé Georges Clemenceau lui-même et intitulé DISCOURS POUR LA LIBERTE (du 17 Novembre 1903). Et, il insérera au tout début du livre cette notice « un des événements les plus intéressants des opérations politiques parlementaires, est la remontée constante et graduelle raisonnée, de M Clemenceau».
Le choix des textes de Clemenceau par Péguy était aussi varié que possible - politique intérieure, étrangère, droit des peuples, politique coloniale, la question de la revanche - comme s'il voulait démontrer aux lecteurs, une gauche intellectuelle et socialisante, que Clemenceau possédait la compétence pour exercer le pouvoir.
La crise marocaine de 1905, entre la France et l'Allemagne, provoque des craintes quant au risque de guerre. Charles Péguy a magnifiquement exposé la découverte qu'il fit lors d'un « tournant de l'histoire ». Alors que Clemenceau avait toujours craint la guerre franco-allemande, il fut irrité de voir que les socialistes français, Jaurès en tête, pratiquaient un optimisme béat, confiants qu'ils étaient dans la force de leurs groupements en France et en Allemagne.
Barrès évoquant la boutique des cahiers de la Quinzaine, la qualifiait de « Repaire de normaliens plus ou moins « dénormalisé », de protestants, de moralistes plébéiens et de talmudistes querelleurs.
Le soutien mais aussi la critique de Charles Péguy à l'égard de l'éventuel futur Président du Conseil.
Si notamment, l'affaire « «Dreyfus » les avait réunis, Charles Péguy qui ne transige pas - pour lui « L'Affaire » est une affaire universelle - considérait cependant que Clemenceau d'abord, comme Jaurès*, antidreyfusard, avait assez rapidement changé de camps, c'était certes par souci de justice mais aussi par tactique politique. Péguy se montrait assez sévère en jugeant ainsi que l'affaire Dreyfus avait rendu service à Clemenceau, battu aux élections en 1893 avant de se ranger dans le camp des dreyfusards et de publier la lettre célèbre, « J'ACCUSE » de Zola dans son journal L'Aurore.
Certes, s'il ne l'a pas fait dans ce but, et même s'il a même couru des risques en le faisant, au bout du compte, Péguy considérait que « l'affaire » lui a cependant permis un grand retour dans le débat politique. (Lettre de Jacques Duquesne à l'auteur).
Dans son ouvrage « Notre jeunesse », Péguy reproche à Clemenceau à propos de l'affaire Dreyfus d'avoir détourné ‘'la mystique en politique''. Il le range parmi les dreyfusards impurs à la différence de Bernard Lazare.
Il faut dire qu'à cette époque «les dreyfusards se déchirent pour de multiples raisons et notamment sur la politique anticléricale.
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Laissons à Hannah Arendt le dernier mot : « La grandeur de la position de Clemenceau est qu'il ne combattait pas une erreur judiciaire en particulier : il se battait pour des idées ‘'abstraites'' : la justice, la liberté, le civisme... idées contre lesquelles on avait déjà lancé tant de boue et d'insultes ».
Le Général Marie-Georges Picquart (Strasbourg 1854 - Amiens 1914), alsacien et officier qui appartenait à la bourgeoisie catholique traditionnelle, et qui n'éprouvait aucune sympathie particulière pour Dreyfus, animé d'un sens élevé du devoir et d'une exceptionnelle fermeté de caractère, qui à la fin de l'année 1897 était lieutenant-colonel, à la tête des services de renseignements, ayant acquis la conviction que le vrai coupable de l'affaire du « Bordereau » était Esthernazy et non Dreyfus. Il fit tout pour éclairer ses chefs, il mettra donc, dès ce moment, tout en oeuvre pour obtenir la réparation de l'erreur judiciaire commise en 1894. Deux fois, il encourut la disgrâce. Dreyfus réhabilité, il fut nommé général, il a, enfin, été choisi pour être Ministre de la guerre dans les gouvernements Clemenceau de 1906 à 1909 (Christian Vigouroux, Georges PICQUART, dreyfusard, proscrit, ministre : la justice par l'exactitude. Dalloz hors collection, déc 2008).
Notre homme n'avait-il pas déjà écrit dans L'Aurore du 6 Novembre 1898, alors que Le Colonel Picquart (à l'époque) avait été chassé de l'armée alors qu'il était le chef du deuxième bureau, et emprisonné :
« Dreyfus est une victime, mais Picquart est un héros. C'est lui qui nous a sauvé du grand naufrage d'iniquité où le renom de la France allait mourir. Il s'est dévoué, il a souffert, il souffre encore. Que pas une minute ne soit perdue pour le racheter des barbares ! Au secours, tous les vaillants, tous les bons ! Il y a là le plus grand coeur de France qui par notre faute agonise. Nous ne demandons pour lui que justice ! La gloire suivra de près. »
Denys Cochin (Paris 1851 - Id 1922) dont deux fils ont été tués au combat, député de 1893 à 1919, siégeant avec la droite royaliste, face à la politique anticléricale de la République. Il aborda à la Tribune de la Chambre les grands problèmes qui lui tenaient à coeur : le rayonnement de la France, défense de l'Eglise, des congrégations, et des libertés scolaires. Puis il a appartenu à une dynastie de catholiques libéraux et de mécènes, ministre pendant la Grande Guerre dans le cabinet Briand et Ribot il fut l'un des catholiques les plus favorables au Tigre que lui-même tenait en haute estime, lui avait confié fin octobre 1918, la rédaction d'un rapport sur la reconversion en temps de paix, de nombreuses usine chimiques, dont il était un spécialiste, créés pendant la guerre. Il semble même que le Président Clemenceau ait songé à lui pour un ministère de la reconversion industrielle.
Puis au nom de l'Unité du Parti, Jaurès compose. En effet, pour Jules GUESDE, le socialisme n'a pas à défendre les droits de l'homme et du citoyen si l'homme est un bourgeois. Au congrès de la salle Japy, on demande des comptes à ceux qui se sont battus pour des officiers dorés sur toutes les coutures. Les « Dreyfusards » ne sont que des « justiciards » qui ne valent pas mieux que les « patriotards ».
Les confidences de Robert Schuman à propos de Georges Clemenceau
Les circonstances de l'élection présidentielle de 1920 :
En janvier 1920, Raymond POINCARE arrive aux termes de son mandat et ne peut se représenter. Les amis de Georges CLEMENCEAU poussent ce dernier à se présenter à cette élection, celle-ci, suivant l'usage, avait été précédée d'un tour préparatoire duquel, Deschanel sortit en tête. C'est à l'issue de ce galop d'essai que Georges Clemenceau interdit à ses amis de présenter sa candidature.
De nombreux témoins et auteurs ont rapporté ce point d'histoire de l'élection présidentielle de janvier 1920.
L'un deux, Robert Schuman, jeune élu député de novembre 1919, catholique s'il en est, confie un jour ses regrets.
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Maurice Schumann, secrétaire d'état aux affaires étrangères, dans les années 1950, bras droit de Robert Schuman lui-même ministre des affaires étrangères dans les gouvernements René Pleven, Edgard Faure et Antoine Pinay, rapporte le souvenir suivant :
« Robert Schuman me conviait souvent à partager son frugal repas du soir et venait l'heure des confidences de celui qui jeune député, novice et désintéressé, élu en novembre 1919.(Collection Génies et réalités « Clemenceau » Hachette réalités 1974).
« Parmi les hommes qu'ils avaient côtoyés, s'il évoquait Briand, ses pensées se portaient sur Clemenceau ».
« Je suis le seul survivant des députés d'Alsace et de Lorraine qui ont fait leur entrée à la Chambre le 8 décembre 1919. Lors de notre arrivée, il n'était plus question que de l'élection présidentielle et son collègue du Haut Rhin, l'abbé Wetterlé, lui explique pourquoi nous ne pouvons pas donner aveuglement confiance à Clemenceau du fait du Régime concordataire des départements recouvrés ».
En un mot, l'introduction des lois laïques ne peut être réalisée dans ces trois départements et Robert Schuman, poursuit : « certes, mais si Clemenceau est candidat, je ne conçois pas qu'il soit battu surtout par notre faute ».
Bien que partageant ce point de vue, Wetterlé convînt, lors du vote indicatif, de donner un avertissement à Clemenceau qui sera probablement désigné et en tout cas élu.
Résultat, Robert Schuman confie : « lors de la réunion préliminaire, je vote pour Deschanel qui l'emporte d'une vingtaine de voix, convaincu que, le lendemain à Versailles, je voterai pour Clemenceau ». Et nous connaissons la suite : Clemenceau retire sa candidature et Deschanel* est élu. Ce qui n'était pas son choix profond.
Celui » que Léon Daudet appelait le Poldèchanelle... et qu'un garde barrière retrouvera moins d'un an plus tard sur le ballast, « tombé du train »... présidentiel. Un demi-fou, gâteux avant l'âge que les huissiers de l'Elysée cherchaient après les réceptions, dans les taillis où il se cachait, disant d'une voix étouffée : « ils ne m'auront pas »...Quand il démissionna, Clemenceau eut ce mot : « Il a bel avenir derrière lui... ».
Nous savons, que les généraux et l'Episcopat avaient prêté la main...
Si le Cardinal Amette, Archevêque de Paris, considérait Clemenceau comme un homme fini, par contre, le Cardinal belge Mercier, pense que Clemenceau est le seul qui pourrait avoir raison de l'Allemagne.
Puis, Maurice Schumann poursuit : « Quand le parlement de la IIIème république tint sa dernière séance à Vichy, on expliquera aux représentants de l'Alsace et de la Lorraine que s'ils se dissocient de leurs collègues en refusant les pleins pouvoirs à Pétain, ils donneraient l'impression de vouloir prendre leurs distances avec la France ».
A cet instant des confidences, Maurice Schumann constate que Robert Schuman avait les yeux pleins de larmes avec le sentiment d'avoir été dupé à deux reprises.
De plus, Clemenceau n'avait pas arrangé son cas dans les circonstances suivantes : une délégation de députés catholiques du Nord, qui lui était, a priori, plutôt favorables, conduite par l'un d'eux, Henri Constant Grousseau, firent auprès de lui, début Janvier 1920, une démarche pour savoir s'il était opposé au rétablissement de l'Ambassade et l'installation d'un Nonce à Paris.
Le Président du Conseil, encore pour quelques jours leur répondit : CA JAMAIS ! Parce que selon lui un Nonce serait toujours porté à se mêler des affaires de politique intérieure de la France. Bien plus n'avait-il pas fait partir de France, dans les 24 Heures, le Nonce Montagnini, coupable de collusion électorale avec Jacques Piou, chef de l'Action Libérale.
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La conséquence de cette attitude fut la suivante : L'agent du Vatican, Ceretti, et le Cardinal Amette conseillèrent aux élus catholiques de voter contre lui, auxquels se sont ajoutés les socialistes et quelques radicaux qu'il avait malmenés au Parlement.
Bien que Jean Baptiste Duroselle était réservé sur cette anecdote rapportée par le journaliste, écrivain Georges Suarez, il est probable que le vote des députés catholiques dont nombre d'entre eux avait de la sympathie, voire de l'admiration pour notre homme, se sont résolus à voter Deschanel.
Ses choix ou relations
Parmi les personnalités, en particulier, les généraux, notoirement catholiques, il faut citer le Général Edouard de Curières de Castelnau (Saint-Affrique 1851 - Montastruc-la-Conseillère 1944) grand soldat, au début de la grande guerre, il gagna la bataille importante du « grand couronné » de NANCY. Il dirigea la bataille de Champagne en 1915, puis fut ensuite chef de l'Etat-major des armées. Enfin en 1917 il commanda le groupe des armées de l'Est. Député de l'Aveyron de 1919 à 1924 que certains disaient « exalté « », il présida après la Grande Guerre jusqu'à sa mort, la fédération nationale catholique, étant par ailleurs député de l'Aveyron, mandat au cours duquel il s'opposa au gouvernement Herriot lors de ses tentatives en 1924 de laïcisation en Alsace Lorraine.
Clemenceau : « Je m'en f... ». (Georges Clemenceau. Grandeurs et misères d'une victoire éditions PLON 1968).
Foch n'avait peut-être pas oublié ce mot quelque peu injuste de Clemenceau : « Les Bien que Clemenceau l'ait d'ailleurs surnommé « général de « jésuitière » indigne des responsabilités qu'il assume décida une fois au pouvoir de collaborer étroitement avec lui.
Ce dernier a été appelé à la tête du groupe d'armées de l'Est où il aurait commandé l'offensive en Lorraine en 1918, si l'armistice ne l'avait arrêté.
Ferdinand Foch, maréchal de France (Tarbes 1851 - Paris 1929) né dans une famille bourgeoise catholique, fréquenta les collèges de jésuites, frère d'un jésuite, avait la confiance de Clemenceau. Il était relié au Grand Quartier Général par un fil spécial, désigné après l'échange suivant, Foch : « Mon frère est Jésuite ». Généraux sortis des jésuitières étaient tous des aspirants au coup d'Etat ».
Le Président du Conseil en avait obtenu qu'il soit désigné dans le commandement unique, chef des armées alliées et associées le 28 mars 1918, et Maréchal de France le même jour.
Clemenceau justifia ce choix « je me suis dit : essayons Foch ! Au moins, nous mourrons le fusil à la main ! « ... j'ai adopté ce fou qu'était Foch. C'est le fou qui nous a tiré de là ».
Toujours à propos de Foch, à la fin de sa vie, il a néanmoins tenu ce propos : « Foch ? Il avait de grandes qualités et, à la différence de Pétain, il croyait à la victoire... On le disait homme d'action ; en fait, il n'a jamais vu que le feu de sa cuisinière... Lors de l'affaire du Chemin des Dames, il s'était laissé fâcheusement surprendre ; la Chambre tout entière était déchaînée contre lui ; je l'ai sauvé des colères parlementaires. C'est pourquoi il m'en voulait tant... Ah ! Au fond, c'était bien un élève des Jésuites... ».
Il faut évoquer ses relations avec Hubert Lyautey (Nancy 1854 - Thorey, M et M 1934), Maréchal de France, bien que monarchiste de raison légitimiste, celui-ci ne cache pas ses opinions catholiques et royalistes, il participe, notamment, au catholicisme social contre-révolutionnaire et antilibéral de l'oeuvre des cercles catholiques d'ouvriers d'Albert de MUN. Il s'est rallié à la République, acceptant de la servir sans renier ses convictions, à la fin des années 1890, après un entretien privé avec le pape Léon XIII, auteur de la fameuse encyclique RERUM NOVARUM.
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Lyautey était en bons termes avec Clemenceau, notamment lorsque, qu'il commandait en qualité de Général les troupes françaises chargées du contrôle de la zone des confins au Maroc et en Algérie, à la suite de la conférence d'Algésiras.
Bien que situé aux antipodes idéologiques d'un Lyautey, aristocrate, catholique et monarchiste, Clemenceau qui combattit les militaires lors de l'affaire Dreyfus l'a en effet soutenu, Lyautey ayant exprimé dans ses lettres ses doutes sur la culpabilité de l'accusé dans les termes suivant :
« Ce qui ajoute à notre scepticisme, c'est qu'il nous semble discerner là une pression de la soi-disant opinion ou plutôt de la rue, de la tourbe... Elle hurle à la mort contre ce Juif, parce qu'il est juif et qu'aujourd'hui, l'antisémitisme tient la corde ».
De Paris, Clemenceau soutient Lyautey, repousse les démarches du lobby colon, et envoie le 18 Novembre 1908 un télégramme qui ne comporte ni hésitation, ni ambiguïté.
Donc Clemenceau a défendu son oeuvre marocaine au cours de sa carrière présidentielle de 1906- 1909, et à la Présidence de la Commission des armées du Sénat pendant la guerre : « Le gouvernement de la République qui a décidé de maintenir le Résident Général dans ses fonctions, a toute confiance en lui pour prendre sur place toutes les mesures que comporte une situation monétaire due à des causes générales qui pèsent sur le monde entier» (Arnaud Teyssier. LYAUTEY Perrin 2004).
Selon, le Général Mordacq, le Père la Victoire aurait regretté la mise à l'écart de Lyautey, puis son départ du Maroc après la guerre du Rif. Le gouvernement du « Cartel des Gauches » lui avait adjoint Philippe Pétain... ce qui le poussa à la démission.
Cependant, pour être objectif, les relations ont été à plusieurs reprises orageuses entre les deux hommes dans des circonstances particulières, notamment en Septembre 1914, lorsque Lyautey fit interdire la vente au Maroc du journal de Clemenceau, « L'HOMME LIBRE ».
Autres relations avec des personnalités chrétiennes ou proches des milieux catholiques
Léon Daudet (Paris 1867- Saint Rémy de Provence 1942)*, fils d'Alphonse Daudet, que son épouse, et cousine, Marthe Allard contribua à convertir aux doctrines monarchistes et nationalistes de Maurras, éloquent, mais dont les écrits ont eu également une large audience dans les milieux catholiques, lui est très favorable.
Léon Daudet polémiste catholique et royaliste fit campagne pour Georges Clemenceau lors de l'élection à la Présidence de la république de 1920 dans l'Action Française alors que MAURRAS dans le même quotidien, faisait campagne pour la réélection de Poincaré.
Son oeuvre romanesque lui avait valu d'appartenir à l'Académie Goncourt. La haine des juifs fut un des principaux ressorts de l'action de celui-ci.
Proche depuis qu'il avait commencé à fréquente les milieux de l'action française, Jules Delahaye (Angers 1851 - Paris 1925) qui a des opinions monarchistes, qui fût l'apôtre du boulangisme et du catholicisme intransigeant et qui fût l'un des chefs de l'antisémitisme et du groupe antidreyfusard, député du Maine et Loire, animateur de la Ligue de résistances des catholiques. Il s'opposa violemment à partir de 1907, à la politique religieuse du gouvernement Clemenceau.
Léon Daudet rapporte l'anecdote suivante qui peut être datée dans l'année 1918 :
« Jules Delahaye, député monarchiste, allait souvent, vers la fin de la journée, rendre visite, pendant dix minutes, à son ancien adversaire rue Saint Dominique (Ministère de la guerre) Comme nous sortions, de l'Action française, alors installée rue de Rome, je l'attendais dans la voiture. Il en revenait émerveillé de la somme de travail constructif et positif assumée par ce vieux géant de la contradiction et de la démolition ».
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Pour Maurras, qui dans sa jeunesse et avant de devenir royaliste estimait que le rédacteur en chef de la JUSTICE avait « une plume d'une « tumultueuse beauté », si Georges Clemenceau a été nommé à la tête du gouvernement en Novembre 1917, c'est avec l'appui de l'Action française. Mais Maurras, bien qu'agnostique, était réservé à l'égard de ce jacobin anticlérical. De plus, celui-ci avait soutenu l'initiative de Benoît XV, puis à l'approche de l'armistice, la position de Maurras a évolué.
Maurice BARRES qui avait cru découvrir dans le général Boulanger « l'homme de l'espérance », verse du « culte du moi » dans un nationalisme fondé sur les richesses ancestrales du pays. Il est élu dans le département de la Seine, malgré son antiparlementarisme où il développe les thèmes qui lui sont chers : patriotisme, union face à l'ennemi, respect des traditions (religieuses notamment. Ancien adversaire de Clemenceau déclaré, mais a voté en vain pour lui, lors du tour préparatoire de l'élection Présidentielle de 1920, déplore :
« CE VOTE EST UNE CATASTROPHE. L'UNION QUI S'ETAIT FAITE SOUS L'ACTION DE CLEMENCEAU de ne plus tenir. Nous retournons aux querelles. Et quelle ingratitude » ! (M. Barrès, mes cahiers t XII p.401)
Ailleurs, il s'exprime sa souffrance : « c'est tout un pan de ma conception qui s'écroule et tout un horizon que cet écroulement dégage. Ils ont dit qu'ils préféraient Deschanel à Clemenceau parce qu'il envoie ses enfants au collège Stanislas. Mais ces hommes de religion, ces défenseurs du catholicisme ne soupçonnent pas ce qu'il y a de richesse chez Clemenceau ou plus sûrement ce qu'il y a de sec et d'artificiel chez Deschanel ».
Par contre, Clemenceau, à la fin de sa vie, porte un jugement sur Barrès, qu'il a bien connu pas toujours bienveillant :,
« Barres est un phénomène poétique, qui ne savait littéralement rien, n'avait rien à dire. Il a passé toute sa vie à se morfondre, à faire des phrases sans objet, et à chercher où s'asseoir... Le rencontrant à la Chambre ou il errait comme une âme en peine, se promenant parmi les groupes d'imbéciles, cette espèce de mélancolie musulmane qu'il avait. Je l'aborde, je lui dis : Monsieur Barrès, vous n'avez pas l'air gai ; Il me répond : Monsieur Clemenceau, la vie ne l'est pas ... nous ne savons rien... ni, ce que c'est que la naissance, ni ce que c'est que la mort ».
Et René Benjamin qui rapporte ce propos dans une conversation au cours de laquelle il était présent :
« Clemenceau a la même préoccupation quotidienne que Barrès, catholique par nationalisme pour certains : il est hanté par Dieu, même s'il passe son temps à le nier, même si le résultat seul diffère, il a le même souci ». Et René Benjamin ajoute : « lui est un mystique pour affirmer : je crois à la victoire, parce qu'elle est nécessaire.
Enfin, lors de son départ aux ETATS UNIS, le 11 Novembre 1922, Barrès qui a été son contempteur, comprend le sens et la grandeur de son voyage lui câble :
« Nous saluons le chef énergique qui tout seul, son bâton de voyage à la main, s'en va dans une longue randonnée, servir la France et la vérité par la puissance de sa parole et le rayonnement de sa présence.
Que Dieu vous garde, Président Clemenceau, vous qui demeurez une force spirituelle d'une espèce unique dans le monde pour avoir été aux jours tragiques du va-tout, dans la France couverte de blessures, le coeur qui ne veut pas mourir ».
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DES RELATIONS PUBLIQUES QUI EVOLUENT VERS DES RELATIONS PRIVEES
Le Père Daniel BROTTIER
Il faut évoquer la mémoire du Père Daniel Brottier (La Ferté-Saint-Cyr, en Sologne 1876 - Paris 1936) missionnaire spiritain, aumônier de la 26ème Division de l'Armée du Rhin qui a reçu cinq citations dont l'une à l'Ordre de l'Armée, resté à son poste jusqu'au 20 mai 1919. Bienfaiteur et directeur des « orphelins apprentis d'Auteuil », et béatifié le 25 novembre 1984 par Jean-Paul II.
Bien que réformé à la suite de problèmes de santé qui l'avait obligé à revenir en France alors qu'il était en poste à Saint Louis du Sénégal, le Père Brottier s'engage à 37 ans comme aumônier militaire et brancardier . Il est rattaché à la 26éme Division d'infanterie et plus précisément au 121éme régiment d'infanterie. Il recevra la Légion d'honneur et la Croix de guerre avec six citations, il fera l'admiration du Grand Quartier Général et du généralissime Joffre qui fera l'éloge d'une « âme magnifique où s'allient harmonieusement l'ardeur du soldat et le dévouement du prêtre ». Puis celle à l'ordre du 121°R.I : « A pris part aux combats de Chaulmes, les 4 et 6 Septembre 1916, de Moulin-sous-Touvent, le 17 Avril 1917, partant en tête des vagues d'assaut et arrivant premier dans les lignes ennemies. S'est prodigué en toutes circonstances et sous les plus violents bombardements pour apporter aux blessés le réconfort de sa présence et leur donner les soins nécessaires. Est hautement estimé et admiré de tous au régiment... ».
Bien plus, il a fait annuler un assaut inutile, en Mars 1916, au Bois d'Avocourt à Verdun. Son comportement suscita de multiples témoignages de reconnaissance des poilus. (Claude Marchal, « 14-18 : Le Père Brottier, aumônier légendaire du 121e RI de Montluçon, La Montagne, 26 avril 2015).
Clemenceau qui avait entendu parler de l'aumônier légendaire, à l'occasion de l'une de ses tournées des popotes dans les tranchées, demanda :
« Où est, l'aumônier Brottier ? »
« Il prie »
« Parfait ! la victoire de demain est assurée ! ».
(Antoine Brach - « Libéré heureux Père Daniel Brottier (1876 -1936 - editions Karthala)
Le Tigre qui jugea d'un coup d'oeil son interlocuteur lui dit :
« Mon Père, vous avez une idée magnifique. Des deux mains, je vous approuve et je vous encourage et non seulement je vous approuve ; mes paroles ne suffisent pas, il faut des actes.
Voici cent mille francs qui m'ont été remis récemment par une pauvre mère qui a perdu son fils à la guerre. Ils sont à vous pour les premiers frais de l'UNC. Je vous les donne. Puissiez-vous faire du bon travail ! »
Voici comment est née « l'Union Nationale des Combattants » créée 15 jours après l'Armistice et reconnu d'utilité publique le 20 mai 1920 avec cette devise bien connue : « Unis comme au front ». (Père Yves Pichon « Le Père Brottier » - l'oeuvre d'Auteuil 1954).
Se préoccupant de l'avenir de ce regroupement, il s'exclame lors d'une de ces conversations :
« Voyons votre oeuvre. Comment vit-elle pécuniairement ? Votre situation n'est pas très brillante, il faut l'améliorer. Les poilus vont-ils vous suivre ? Allez-vous leur demander des souscriptions ? Lancer une revue ? Je ne crois pas à la fidélité des abonnés. Il serait sage dans vos précisions de faire ceci, cela... ».
Par la suite, Clemenceau aimait parler avec l'aumônier de la 26ème division. Ils entretenaient des relations d'estime et même d'amitié, il n'hésitait pas à lui confier :
« Combien il est cruel d'avoir sur la conscience le destin d'un grand pays comme la France ? Pendant cinquante ans je n'ai pensé qu'à la grandeur de la Patrie et voici que le défaitisme nous ronge. Toutes ces saletés... LE Bonnet Rouge, Almereyda, Bolo-Pacha et un Ministre de l'Intérieur, Malvy, qui couvre cette racaille ! C'est la gangrène qui gagne ! »
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Ce qui même les conduisit à un dialogue improbable :
- « qu'est Dieu ? » demandait Clemenceau. « Dieu pour moi est lumière...vous êtes près de la foi » lui répondait le Père Brottier, « et moi je vous aide auprès de Dieu par la prière ».
Peu importait au père Brottier que Clemenceau eut été jadis l'homme des inventaires des églises. Le chef de guerre avait pour lui, désormais, apprécié ces curés sac au dos, en première ligne, ces aumôniers couverts de gloire, bardés de citations.
Clemenceau invita même le père Brottier, privilège rare, à venir le voir dans sa « bicoque » de Vendée à Saint Vincent sur Jard. Il l'aimait comme il aimait Monet. Il avait besoin comme celui-ci de lumière et s'interrogeant :
« Comment Dieu fait-il la lumière ? De quoi se compose-t-elle ? »
Lorsque le 22 Novembre 1929, après trois jours de maladie, Georges Clemenceau est terrassé par l'urémie, le Père Brottier, selon le témoignage du Lieutenant Margerin, proche du prêtre, ‘'serait'' venu bénir le cercueil de son ami.
Georges Clemenceau et l'Islam
En 1896, Georges Clemenceau, comme Jaurès, s'engage pour l'Arménie, et écrit la préface de l'ouvrage « La vérité sur les massacres d'Arménie » de Pierre Quillard, directeur du journal Pro Armenia. C'est à l'occasion de cette situation qu'il fait état de ses positions à l'égard de l'islam.
« Et sans entreprendre de refaire le monde, nous pourrions peut-être payer notre tribut d'émotion et de secours aux malheureuses victimes de l'autocratie ottomane.
« Je dis l'autocratie ottomane parce que le fanatisme religieux, qui peut toujours déterminer une explosion de violences, n'aurait pu faire couler de tels torrents de sang, si le despotisme asiatique n'y avait trouvé son compte. Il y a quelques jours, en ma présence, un ami du sultan évaluait à vingt mille le nombre des Arméniens massacrés. Je crois que toute enquête aboutirait facilement à doubler ce chiffre. Comment évaluer la foule des survivants décimés par la misère, la faim, les maladies ?
Quand un tel évènement se produit dans un pays limitrophe de nos civilisations d'Occident, peut-être pourrions-nous lui accorder un peu de l'attention que nous prodiguons si libéralement à de moindres phénomènes. Nous savons peu de chose de l'Islam, bien qu'ayant un nombre respectable de sujets musulmans. Tout ce que je voudrais retenir aujourd'hui, c'est la haine et le profond mépris du monothéisme islamique, qui ne veut rien connaitre que le bien universel, pour le polythéisme chrétien adorateur de saints et de divinités secondaires. Allah est tout. En dehors de lui, il n'y a rien. Allah parle dans le Coran et là, il a tout dit de ce que l'homme doit et peut connaitre.
Or , qui y a-t-il de plus funeste que le scandale vivant du giaour qui, tous les jours, insulte l'unique Dieu de la terre en lui associant des représentations de l'homme dans une adoration sacrilège, en se prosternant devant des images. Pour le musulman, pour le vrai croyant de l'Islam, il n'y a qu'un devoir qui les comprend tous : combattre par tous les moyens cet ennemi de Dieu, le poursuivre, l'anéantir et accomplir ainsi l'oeuvre pieuse par excellence qui sera récompensée par les temps éternels d'une félicité inouïe.
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La vie n'a qu'un but : combattre l'ennemi de l'Islam qui est l'ennemi de Dieu. Les ridicules remontrances des ambassadeurs d'Europe au Calife, les grandes puissances avec leurs canons, ne peuvent rien contre ce premier.
La mise en oeuvre de la Loi sur les congrégations religieuses
Le texte fondateur établissant le régime des congrégations est la loi du 1er juillet 1901. Toutefois, contrairement aux « associations loi de 1901 », les congrégations relèvent d'un régime d'exception décrit au titre III de la loi :
« Aucune congrégation religieuse ne peut se former sans une autorisation donnée par une loi qui déterminera les conditions de son fonctionnement.
Elle ne pourra fonder aucun nouvel établissement qu'en vertu d'un décret rendu en conseil d'Etat.
La dissolution de la congrégation ou la fermeture de tout établissement pourront être prononcées par décret rendu en conseil des ministres. » (art. 13)
Les membres d'une congrégation non autorisée sont interdits d'enseigner ou de diriger un établissement d'enseignement. (art. 14)
La liste des membres et les comptes et l'inventaire de la congrégation sont à la disposition du préfet. (art. 15)
« Toute congrégation formée sans autorisation sera déclarée illicite... » (art. 16). (« le délit de congrégation »).
« Les congrégations existantes au moment de la présente loi, qui n'auraient pas été antérieurement autorisée ou reconnues, devront dans un délai de trois mois, justifier qu'elles ont fait les diligences nécessaires pour se conformer à ces prescriptions.
A défaut de cette justification, elles seront réputées dissoutes de plein droit ; il en sera de même des congrégations auxquelles l'autorisation aura été refusée » (art. 18)
En un mot, la Loi du 1er juillet 1901 prévoyait l'expulsion des congrégations religieuses non agréées.
Et, Clemenceau, qui venait d'être élu au Sénat, dénonce, l'emprise des congrégations monastiques dans un discours au Sénat, le 30 Octobre 1902, à propos de la loi sur les associations :
« Retirés du monde, les moines sont partout répandus dans le monde. La congrégation plonge ses racines dans tous les compartiments de l'Etat, dans toutes familles. Et de toute sa puissance, elle enserre pour notre malheur cette société moderne, ce progrès, ce libéralisme que le Syllabus a condamné ».
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La relation de Georges Clemenceau avec Dom Chautard
Dom Chautard élu abbé de CHAMBARAND en 1897, puis de SEPT FONS en 1899 - auteur d'un livre célèbre sur « l'âme de tout apostolat » - était chargé pour son Ordre de plaider la cause de l'ordre Cistercien de la stricte observance au Sénat et notamment de défendre les Maisons de France dont l'existence était menacée et de la vente des bâtiments.
Georges Clemenceau, nouveau sénateur du Var venait d'être nommé Président de la Commission du Sénat qui devait statuer. Dom Chautard se présentait à celui-ci à son domicile rue Franklin avec un mémoire exposant ses arguments dans la perspective d'être entendu par la Commission sénatoriale.
Le début de l'entretien commence mal :
Clemenceau : « ne l'espérez pas, répondit le Président de la Commission, ce n'est pas l'usage ».
Mais l'entretien néanmoins se poursuivit.
Cependant, notre abbé ne bronche pas sous le regard autoritaire, ironique, enfoncé dans l'arcade qui le fouille de la tête aux pieds :
- Dom Chautard : « Comment ! Vous prétendez nous condamner sans nous entendre ? Je puis vous prouver que devant l'Inquisition, les accusés ont toujours eu le droit de se défendre ».
- Clemenceau : « Eh bien, soit ! vous serez entendu. Je ne veux pas être pire que TORQUEMADA ».
- Dom Chautard : « ce n'est pas tout. Je vous demande de m'indiquer, après avoir lu ce court mémoire, sur quels points vous m'attaquerez devant la commission. Je ne sens pas de taille à répondre à l'improviste à un homme tel que vous. »
- Clemenceau : « Soit ! Revenez dans trois jours ».
Trois jours après Dom Chautard revient rue Franklin :
- Clemenceau : « Refaites votre mémoire. Citez bien haut les services que vous avez rendus comme agronomes, surtout en pays de mission et en Algérie ; mais supprimez cette première partie où vous étalez fièrement que vous êtes des moines : c'est inutile et imprudent ».
- Dom Chautard : « Pardon Monsieur le Président, je ne puis accepter de cacher notre drapeau, ce serait déloyal. Nous ne sommes que secondairement des agriculteurs et des missionnaires : avant tout nous sommes des moines. Si on veut nous autoriser, il faut que ce soit sans abstraction de notre caractère de moines. »
Alors se poursuit le persiflage. Dans ce genre, qui aurait pu lutter avec Clemenceau ? il tourne en ridicule et la vie contemplative, et ces moines célébrant leurs offices auxquels personne n'assiste ou poursuivant leurs études sans vue d'apostolat. La diatribe, violente et spirituelle à la fois, est hachée par des apostrophes personnelles :
- Clemenceau : « Pourquoi donc vous êtes-vous fait moine et non pas missionnaire ? Je l'aurai compris. Mais moine ! moine ! moine ! » et l'attaque passionnée reprend...
Chautard rongeait son frein, plus fier que jamais d'être moine, en voyant que, sous ces flots de critiques, il n'y avait que préjugés et ignorance de ce qu'est un vrai moine.
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Clemenceau lui lance soudain une phrase tellement blessante que l'abbé se lève :
- « Monsieur, c'est vous qui m'avez invité à revenir aujourd'hui. Si j'avais pu prévoir que vous violeriez ainsi les lois de l'hospitalité en manquant à la courtoisie, je ne serais pas venu. Je me retire déçu et attristé. Faites ce que vous voudrez contre nous. Mais rien de ce que vous venez de me dire ne me fait regretter d'avoir choisi la vie monastique. Rien : au contraire. »
- Clemenceau : « Au contraire ? »
- Dom Chautard : « Oui, au contraire. »
Le Président de la commission sénatoriale le força à se rasseoir. Puis d'un ton calme et poli déclare:
- « je vous demande, dit-il de m'expliquer cet au contraire. Dites-moi pourquoi vous êtes si satisfait d'être trappiste. Qu'est-ce qu'un trappiste ? »
Après une brève prière pour être assisté de l'Esprit saint. Dom Chautard enchaine la défense improvisée aux derniers mots de l'attaque.
- Dom Chautard : « Toutes les objections que vous venez de faire, je les connaissais. Les lazzis que vous m'avez décochés ne valent pas une preuve. Vous-même, j'en suis persuadé, vous n'en êtes pas dupe. Ma conviction, au lieu d'être ébranlée, n'en est donc que fortifiée. Mon idéal m'est plus cher que jamais. »
L'illustre duelliste avait promis de ne pas intervenir. Il tint parole. Pendant une demi-heure Dom Chautard présenta sommairement la vie monastique cistercienne.
Une religion qui a pour base l'Eucharistie doit avoir des moines voués à l'adoration et à la pénitence » voilà de qui conclure à la raison d'être des cisterciens.
Dom Chautard rapporte dans ses souvenirs :
- « Quand j'eus fini, j'étais haletant. Tellement j'avais mis de coeur à défendre notre idéal. Jamais sans doute, je ne fus aussi ardent, aussi pressant, aussi persuasif... Le Président était visiblement ému. Il se leva, et me secouant vigoureusement le poignet : »
Clemenceau : « Dites cela devant la Commission. J'ai compris l'idéal d'un moine. Je ne suis pas chrétien : mais je comprends, lorsqu'on l'est profondément qu'on puisse être fier d'être moine. Un Parlement français n'a pas le droit de mettre à la porte de vrais moines qui, dans leurs cloîtres, restent étrangers à la politique. A partir d'aujourd'hui, considérez-moi comme votre ami ! »
La rencontre avec la commission eut effectivement lieu, mais Dom Chautard n'avais plus la même verve. Clemenceau le lui dit après : « vous nous avez certainement intéressés. Mais, non ! ce n'était plus cela. »
Le résultat n'en fut pas moins acquis.
Georges Clemenceau devint par la suite l'ami de Dom Chautard qui l'avait frappé par son rayonnement - et lui aurait dit lors de leur dernier entretien :
- « La seule chose qui pourrait sauver la France, c'est l'idée évangélique que les religieux aient dans les veines, ceux qui ont à rendre cette idée vivante, une goutte de sang de Saint François d'Assise et rien de l'idéal bourgeois, je croirai à la résurrection de la France par l'idée évangélique. »
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Clemenceau et la séparation de l'Eglise et de l'Etat
L'Histoire des relations de l'Eglise et de l'Etat
Pour le Général De Gaulle, par un raccourci, Clovis fut le premier roi à être baptisé chrétien, en conséquence l'histoire de France commence avec Clovis, en 496.
Bien évidemment, cette conviction ne fait pas l'unanimité puisque pour certains, l'histoire chrétienne de la France remonte au sang des martyrs (Irénée, Blandine ...) et même à Saint Martin (316-397) antérieur d'un siècle, dit « l'apôtre des Gaules ».
Le baptême de Clovis voit s'établir une collaboration entre l'Eglise et le Royaume qui a permis de resserrer les liens entre eux, et scelle la première pierre de leur relation.
Mais lorsque les deux pouvoirs, civil et religieux, sont plus forts, les tensions sont alors évidemment plus vives. Dès lors, L'autorité civile fait face à l'autorité ecclésiastique des premiers temps. Puis lui succédera la suprématie du spirituel sur le temporel.
Il est possible de voir dans les trente et un canon du 1er Concile (Orléans 511) les fondements lointain de la laïcité comprise comme la séparation des pouvoirs. En effet ceux-ci établissent une distinction entre le pouvoir religieux et le pouvoir politique. Il en résulte que le Prince n'est pas la chef de l'Eglise comme le souligne Dominique Letourneau, dans (« L'Eglise et l'Etat en France », QUE SAIS-JE ? PUF).
Mais ces relations vont connaître les premières manifestations de gallicanisme, c'est-à-dire à promouvoir l'organisation de l'Eglise catholique de façon largement autonome par rapport au pape.
Une première opposition se développe entre Philippe Le Bel et le pape Boniface VIII ; En effet par une bulle, ce dernier déclare : « Il est de nécessité de salut de croire que toute créature humaine est soumise au pontife romain, l'énonçons et le définissons ».
Alternativement les idées gallicanes prennent, soit contre la papauté, soit en accord avec elle. Mais la montée du protestantisme va perturber cette relation dans un royaume qui reste catholique. Le gallicanisme va atteindre son apogée sous Louis XIV.
La liberté religieuse a été proclamée par l'article 10 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 10 Août 1789 dans les termes suivants : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi ».
Et le décret du 24 décembre 1789 précise que les « non-catholiques pourront être électeurs et éligibles aux conditions fixées, qu'ils sont capables de tous emplois civils et militaires, comme tous les autres citoyens ».
Puis la Révolution va séparer une première fois l'Eglise de l'Etat. L'entente est rétablie avec Bonaparte : c'est le Concordat de 1801, bien que les Articles organiques en réduisent la portée. Mais celui-ci surmontera les crises politiques et survivra aux différents régimes jusqu'à la proclamation de la laïcité et de la séparation de Eglise et de l'Etat.
Il convient de noter que, beaucoup plus tard, le Comte de Chambord (1820-1883), prétendant à la Couronne de France, dans une lettre manifeste de 1865 exposait que : « la liberté religieuse était inviolable et sacrée, il s'opposait pour la garantir que les évêques ne se mêlent pas des affaires temporelles ». Ce qui ne serait pour lui : « pas moins contraire à la dignité et aux intérêts de la religion elle-même, qu'au bien de l'Etat ». Mais la liberté de l'enseignement étant une conséquence de la liberté de conscience. Et donc il entendait développer le réseau des établissements congréganistes.
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Charles PEGUY employait un mot anglais de « désétablissement », ce qui signifie le retrait à une confession de son statut de religion officielle et de composante de l'Etat comme service public.
L'état des relations entre l'Eglise et l'Etat au XIXéme siècle
Si les républicains sont unanimes face au cléricalisme, ils ne professent pas le même anticléricalisme.
D'une part, les anticléricaux concordataires soucieux de maintenir un contrôle sur cette force furent longtemps majoritaires. Parmi eux, Paul Bert par exemple, conclut au maintien du budget des cultes.
D'autres n'ont jamais cessé de rêver d'une Eglise nationale, libérée de Rome, sous la tutelle de l'Etat.
Par ailleurs, les partisans de la séparation qui furent longtemps minoritaires se faisaient moins déterminés à réclamer la suppression du budget du culte.
De plus, parmi les séparatistes cohabitaient des libéraux sincères soucieux de distinguer le temporel du spirituel, d'autres militants de l'athéisme prônaient une véritable séparation devant conduire à la « destruction » de l'Eglise romaine et pour tout dire de l'Eglise.
Pendant ce temps, il a été observé la montée d'une libre pensée militante avec l'apparition de journaux dont la « Dépêche du Midi, le « Petit Méridional », la « Petite République » qui atteste du progrès d'un courant d'opinion plus démocratique que la maçonnerie.
La libre pensée, bien plus que la maçonnerie revêt les formes d'une autre église, tout en renforçant par ailleurs les catholiques, pour lesquels une fois de plus, la révolution recommence, et que l'irréligion militante veut remplacer le christianisme. (J.M Mayeur).
Lors du début des débats au Sénat, Clemenceau, pourfend ce projet de loi.
Pour Clemenceau, le Concordat constituait un véritable « Discordat d'Etat »
La séparation, celui-ci la revendique depuis ses débuts à la Mairie de Montmartre en 1870. Pour lui, avec ses amis Ranc et Pelletan, la séparation est un objectif majeur, mais surtout avec Ferdinand-Buisson qui s'impose comme le mentor des radicaux.
La position de Clemenceau et de Buisson sur cette question de la laïcité s'explique par le fait qu'il partage « la même idéologie positiviste et de la croyance dans l'autorité suprême de l'Etat souverain pour régler les problèmes inhérents à la société civile ».
Celui-ci voulait être libéral à l'égard des religions, mais pour lui l'Eglise n'était pas libérale et avait même horreur de la liberté. Certes le raisonnement de Clemenceau est difficile à suivre pour un catholique, lequel accepte l'autorité de la hiérarchie de son église. S'il l'a refusé : il devient protestant, schismatique, et cesse d'appartenir à la communauté des catholiques. Pour lui, la législation ne doit pas priver le fidèle catholique de sa liberté de se soumettre ou non à Rome.
Comme le souligne l'historien Jean Garrigues c'est dans un esprit de tolérance que Clemenceau avait demandé la séparation de l'Eglise et de l'Etat, vieille revendication radicale, dans son discours au Sénat du 17 Novembre 1902 :
« Cette séparation de l'Eglise et de l'Etat que j'appelle ... j'entends qu'elle ait lieu dans des conditions de libéralisme telles que personne, qu'aucun français qui voudra aller à la messe ne puisse se trouver dans l'impossibilité de la faire ».
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Quoi qu'il en soit, dans un article publié dans l'Aurore du 21 Juillet 1904, Clemenceau résume d'un mot sa position à l'égard de l'Eglise : « DIVORCONS ! ».
Georges Clemenceau est bien l'héritier de Victor Hugo qui dans son discours au Sénat le 15 Janvier 1850, faisant la distinction de la religion, du cléricalisme s'écriait :
« Je veux l'enseignement de l'Eglise en dedans de l'Eglise et non au dehors. En un mot, je veux, je répète, ce que voulaient nos pères, L'Eglise chez elle et L'Etat chez lui ».
Jaurès pour sa part, estimait que la Séparation ne doit pas être une fin en soi.
C'est le moment de rappeler la fameuse parabole rapportée par l'évangile de saint- Mathieu : à la question que lui posait ses disciples : « Maître, est-il permis ou non de payer l'impôt à César ? » Jésus leur répondit :
« RENDEZ à César, ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. » (Marc, XII, 13-17 - Matthieu XXII, 21 - Luc XX, 25)
D'ailleurs, certains catholiques voyaient dans la séparation le moyen de libérer l'Eglise des chaînes concordataires.
Et puis, La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen adoptée le 1er Août 1789, en son application de son article 10 n'avait-elle pas déclarée : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi ».
Clemenceau avec d'autres n'accepte pas la reconnaissance implicite de la hiérarchie catholique et dénonce dans l'Aurore, « l'entente socialo-papalin », et accable d'une ironie mordante Jaurès et Briand.
L'application de la loi sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat
Il est vrai que la Séparation à la française fut élaborée pour imposer à l'Eglise romaine de se borner à poursuivre des objectifs spirituels, à défaut de limiter son activité à l'espace clos des sacristies. Elle a été pensée avant tout pour protéger l'Etat des empiétements possible de l'Eglise, selon Danièle Hervieu-Leger « La religions en miettes ou la question des sectes. Paris Calmann-Lévy, 2001)
Quel fût le rôle d'Emile Combes (Roquecourbe, Tarn 1835 - Pons 1921) ?
Emile Combes, séminariste (comme Clovis Hugues, autre figure anticléricale, élu député en 1881) qui abandonna en 1862 l'état ecclésiastique puis fit des études de médecine. Lorsque l'affaire Dreyfus éclata, Combes mena une campagne passionnée pour la « défense républicaine et laïque. Mais Clemenceau n'avait-il pas pourfendu le « Jésuitisme retourné » de Combes ?
En 1901, il devint Président de la Commission sur les associations. Sa personnalité et ses idées le désignent en pleine lutte antireligieuse comme successeur de Waldeck-Rousseau qui le recommanda au Président Loubet (Marsanne, Drôme 1838 - Montélimar 1929) alors Président de la République. Il s'attribue le Ministère de l'Intérieur et des Cultes. Combes qui se réclame spiritualiste, mais déteste l'Eglise catholique et les congrégations, se livra à fond à la « lutte contre le péril clérical ». Il poursuivit toutes les infractions à la Loi du 1 Juillet 1901 sur les congrégations non-autorisées. Les écoles non-autorisées furent fermées, en vertu du Décret du 7 Juin 1902
La loi du 7 Juillet 1904 qui interdisait l'enseignement à tout congréganiste transformait dès lors la loi de contrôle en loi d'exclusion. Les relations s'envenimèrent avec le Vatican ce qui entraina une rupture le 30
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Juillet 1904. D'abord hostile, car trop soucieux de garder à l'Etat, la nomination des évêques, Combes s'est ensuite convaincu de sa nécessité de la séparation.
Mais la majorité de Combes s'effritait. Contre le « combisme » et ses procédés de délation les républicains progressistes et la droite menèrent une vaste offensive qui aboutit, avec l'aide de Clemenceau pour d'autres raisons dont l'affaire « des fiches », à la démission du cabinet, le 18 Janvier 1905.
Il faut rappeler le rôle d'Aristide Briand (Nantes 1862 - Paris 1932), comme rapporteur de la loi de Séparation de l'Eglise et de l'Etat qui se révélera comme un débateur de talent, et comme arbitre.
Lorsque Aristide BRIAND constitua son 5éme cabinet en Octobre 1905, mais il ne confia à COMBES qu'un portefeuille de ministre d'Etat.
Précisons, que le 14 Mars 1906, postérieurement à l'adoption de la loi daté du 9 Décembre 1905, Briand est appelé, au Ministère de l'Instruction Publique, des Beaux- Arts et des Cultes, dans le gouvernement Sarrien .Il a conservé son portefeuille dans le 1er cabinet Clemenceau (1906-1909). Enfin Briand fut avant tout, à cette époque celui qui appliqua la loi de Séparation. Son habileté et sa modération la rendirent plus acceptable aux catholiques.
Mais la mise en oeuvre des inventaires en application de la loi de Séparation, se heurtait à des résistances violentes. Il faut préciser qu'une circulaire du 2 Janvier 1906 en application de l'article 3 de la Loi du 9 Décembre 1905 qui prévoyait « l'inventaire des biens de l'Eglise » comportait la petite phrase suivante : « les agents chargés de l'inventaire demanderont l'ouverture des tabernacles ».
Gaffe d'un rond-de-cuir ou tortueuse machination fanatique d'un infiltré ? Toujours est-il que cette disposition était et a été de nature à mettre le « le feu aux poudres ».
Mais la mise en oeuvre de la loi de Séparation et son exécution entraîna des drames. Le 6 mars 1906 à BOESCHEPE (Département du Nord), lors d'un inventaire le fils du percepteur le craignant menacé tue d'un coup de revolver un ouvrier agricole. L'émotion s'empare de la Flandres. L'abbé Lemire interpelle le gouvernement. Plusieurs députés du département se déchaînent contre Briand.
Lorsque Clemenceau arriva dans le même gouvernement Sarrien, comme Ministre de l'Intérieur, les troubles liés aux inventaires ont pris une certaine ampleur. Dès le 16 mars, dans une circulaire confidentielle aux préfets, il indique qu'il faut suspendre les opérations lorsqu'il y a trop de résistances, et il confirme cette politique devant la Chambre le 20 mars. Il ne veut pas prendre le risque de nouveaux désordres ou de nouvelles victimes.
Georges Clemenceau Ministre de l'Intérieur, à l'occasion de cette mesure d'apaisement, a prononcé cette phrase célèbre « NOUS TROUVONS QUE LA QUESTION DE SAVOIR SI L'ON COMPTERA OU ON NE COMPTERA PAS DES CHANDELIERS DANS UNE EGLISE NE VAUT PAS UNE VIE HUMAINE... » (Applaudissements sur un grand nombre de bancs). Mais il ajoute : « Cela ne veut pas dire que nous ayons renoncé à l'application de la loi. Seulement nous l'abordons à notre manière et nous demandons au Sénat de nous faire confiance sur le procédé » (nouveau applaudissements).
L'agitation localisée, mais considérable, née des Inventaires, prenait fin.
Comme l'épiscopat français, il rechercha donc l'apaisement. Et il l'obtient. Les inventaires se poursuivent là où ils ne rencontrent pas de résistances, c'est-à-dire dans la plus grande partie du pays. Ainsi plus de 60 000 établissements sont inventoriés au 31 mai. Et les opérations sont repoussées à l'automne lorsqu'elles risquent d'être contestées. Le calme se rétablit donc rapidement.
Ce qui sera une marque d'ouverture appréciée par les autorités religieuses et les catholiques. Et ce qui d'ailleurs le conduisit parfois à des mots d'humour.
Lors d'un échange avec Jean Jaurès, député, à la Chambre, le 19 Juin 1906 Clemenceau n'avait-il pas déclaré : « Il y a des socialistes en dehors de ce parti. Vous n'êtes pas le bon Dieu »*, (On rit)
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Jaurès répondit « Vous, Monsieur Le ministre, vous n'êtes même pas le diable » (Rires)
Clemenceau répliqua « Vous n'en savez rien »...
Jaurès, né à Carmaux (Tarn), département dans lequel cohabitait majoritairement des catholiques avec une forte minorité protestante, avait reçu par ses parents une éducation chrétienne, pleine d'humanité, et avait non seulement fréquenté des établissements religieux dans son enfance. Il obtint même trois premiers prix d'instruction religieuse. Plus tard, dans le journal la Petite République, il avait écrit des articles notamment sur les aumôniers qu'il avait connu et marqué, et notamment l'abbé Martial Bouisset, décrit comme un esprit tolérant, libéral, humaniste, très attentif à ne pas heurter les jeunes consciences - des élèves étaient protestants. Ce prêtre voulait qu'au même titre que la religion, ceux-ci puissent se préparer à devenir des citoyens dignes de ce nom (Alain Lévy. Nouveaux regards sur la formation religieuse de Jean Jaurès).
Jean Jaurès, sur l'application de la loi de 1905, se montre conciliant mais pour lui la question religieuse étant réglée, selon la liberté, il est temps que le Parlement se préoccupe de « l'urgence ».
Pour lui, son idéal de justice sociale dépasse les promesses des religieux. Il n'hésite pas déclaré lord d'un débat à la Chambre des députés, le 13 Novembre 1906 comment l'Eglise aurait dû être, si elle avait pris en compte les aspirations et les possibilités de l'ère moderne ».e besogne de réforme sociales ».
« ... lorsque les choses seront organisées (l'application de la loi de séparation)... nous pourrons espérer, entre les diverses croyances religieuses à la fois contenues et respectées ... et une République de pleine laïcité et de tolérance absolue, un régime de paix définitive... idéal, nous sommes tous prêts, nous républicains, à le réaliser ; et cette paix elle peut se faire, elle doit se faire par la puissance des idées. La République n'est pas un dogme, ni une doctrine. Elle est une méthode pour obtenir la plus haute efficacité possible...... que la belle charité religieuse reste comme un luxe de tendresse et ne soit plus un moyen de domination... Et, me tournant vers les catholiques, je leur dis : ‘' pourquoi donc n'avez-vous pas saisi, pourquoi ne saisissez-vous pas l'occasion incomparable que la loi de séparation vous offrait de vous délier des puissances politiques et sociales du passé et de rentrer en communication avec les deux grandes forces du monde moderne la science et la démocratie ? »
« Voilà, Eglise, si vous aviez eu encore foi en votre principe, ce que vous pouviez dire aux hommes ; mais vous n'avez plus la vie en vous. »
Et répondant à deux parlementaires, M de Gailhard-Bancel et M Le Comte de Lanjuinais qui protestaient en réaffirmant qu'ils avaient bien la foi...
Jaurès leur répondait :
« Vous n'avez plus la foi et vous frapper tour à tour tout ce qui en vous est vivant, tout ce qui en vous est remuant ».
Et Jaurès conclut :
« Si les catholiques se refusent à cette politique, s'ils ne veulent pas de cette paix par la vie et par la liberté... eh bien ! Avec douleur mais avec résolution, avec la certitude de notre droit nous acceptons la bataille ». Mais il ajoutait : « Nous supplions les uns et les autres de ne pas l'engager à la légère, et puisqu'il il y a devant nous une loi de liberté commune qu'il suffit d'appliquer du consentement de tous, d'avancer l'heure en la complétant par une déclaration explicite sur le droit commun d'association, je supplie la Chambre d'entrer dans cette voie de liberté et de la paix».
Si sur la conception de la propriété et notamment de l'article 17 de la déclaration des droits de l'homme du 26 Août 1789, Jaurès et Clemenceau divergeaient totalement, ils avaient une conception proche sur la Loi de séparation et le leader socialiste rejoint notamment Clemenceau et même si ce dernier avec Boissy d'Anglas réduisait à l'origine, le culte à un acte individuel en des lieux clos et sans signe extérieur, le socialiste écrivait dans la Dépêche du 6 Mars 1905 :
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« Tous les partis maintenant ont un égal intérêt à ce que la séparation des Eglises et de l'Etat soit votée sans délai... il est bon pour les républicains de pouvoir répondre par des faits, par l'expérience même d'un régime de liberté aux déclarations et aux mensonges des cléricaux qui s'appétaient à dénoncer la séparation comme la suppression violente du culte catholique ».
Rejoignant Clemenceau, il ajoutait par ailleurs :
« Le culte suppose des ressources. Il est impossible que ces ressources soient fournies au jour le jour. Il faut donc que des associations durables se constituent pour les recueillir et pour en régler l'emploi. Le système qui consisterait à faire de l'Etat le collecteur des ressources destinées au culte me paraît, comme à Clemenceau, offrir des inconvénients très graves ».
Mais si en application de la loi de Séparation du 9 Décembre 1905 : « La République ne salarie, ni ne subventionne aucun culte (les ministres du culte étaient jusqu'alors rémunérés par l'Etat) la loi du 9 janvier 1907 - pendant le ministère Clemenceau - transféra à l'Etat et aux collectivités locales la propriété des évêchés et des presbytères et leur accorde la « libre disposition » des cathédrales et des églises permettant l'exercice du culte, mais les incorpora dans la domaine public de l'Etat et des collectivités locales . Le culte catholique notamment réintégrant, de fait, la légalité républicaine.
La encore, nous pouvons observer que Clemenceau avait évolué. Ne s'était-il pas opposé lors de la discussion au Sénat sur les différents articles constitutifs du projet de loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat à l'article 4 qui faisait dévolution des biens d'Eglise à des associations cultuelles, y voyant déjà la « main du pape » ?
Déployant une fois encore, à cette occasion, son ironie : « guérite de droite et guérite de gauche, M Jaurès et M de Mun montent la garde à la porte du Vatican pour empêcher la Révolution d'introduire la liberté » (Paul MARCUS, Jaurès-Clemenceau. Editions PRIVAT).
Ce que Maurice Barrès résume en ces termes lors d'un débat à la chambre des députés le 28 Octobre 1907 s'adressant au Ministre des Cultes et à certains de ses collègues : « ... mais il y a tous les mouvements, toutes les passions de ce côté de l'Assemblée (l'extrême gauche) qui me prouvent assez que, sous couleur de guerre au cléricalisme, c'est la guerre au catholicisme qu'on veut faire (Applaudissements à droite). Or je me range parmi les défenseurs du catholicisme »
Puis en 1924, l'Etat reconnut à l'Eglise la possibilité de créer des associations diocésaines Présidées par l'évêque leur permettant en outre d'acquérir et de gérer les biens nécessaires à l'exercice du culte.
Il en résulte que les édifices construit avant 1907 sont dans le domaine public que l'Etat ou les communes en assurent l'entretien. Les prêtres et les fidèles continuant à en avoir la jouissance gratuite.
Par contre, ceux construits après 1907 demeurent des immeubles privés appartenant aux associations diocésaines qui doivent en assurer les frais de construction et d'entretien.
Mais le transfert de propriété des édifices religieux notamment n'a pas été sans soulevé des difficultés concernant l'entretien de ceux-ci qui ont rapidement, aujourd'hui encore, constitué une charge importante pour ne pas dire considérable, obligation qui n'a pas toujours été assurée.
Ce qui donna lieu encore une fois à une intervention de Maurice Barrès à la Chambre des députés le 25 Novembre 1912, au cours de laquelle il polémique avec Aristide Briand, sur le thème de ‘'la Grande Pitié des églises de France'' :
« Sous le régime du Concordat, il y avait les fabriques, corps ecclésiastique constitué pour l'entretien du culte, et dont les revenus devaient être employés, en de besoin, aux réparations des églises ; il y avait les
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communes qui étaient obligées à ces réparations, en cas d'insuffisance du revenu des fabriques ; il y avait enfin un crédit dans le budget de l'Etat qui comprenait des fonds destinés à être répartis à titre de subvention.
Aujourd'hui, par l'effet de la loi de séparation, les fabriques ont disparu ; les communes, tout en étant devenues propriétaires, ne sont plus obligées aux réparations, et enfin il n'y pas plus de crédit inscrit au budget pour les subventions.
Les fidèles, même qui voudraient courir au secours de leurs églises, que peuvent-ils ? L'argent qu'ils apportent peut être refusé par le commune propriétaire. Si la commune l'accepte, elle n'en doit aucun compte, elle n'est tenue dans aucun délai, soumise à aucun contrôle : le souscripteur n'a aucune garantie.
Et le résultat, c'est que toutes nos églises, dans un délai plus ou moins long, sont vouées à une ruine, à une destruction inévitable ».
Dans son intervention du 28 octobre 1907 notre député qui retrouve son siège à Paris après avoir été élu à Nancy avait soulevé un aspect encore plus délicat des conséquences de la loi de Séparation : les donations ou legs sous conditions » :
« ... nous voudrons trouver, en dépit de la séparation, le moyen d'accomplir la volonté des morts, le moyen de leur donner les prières qu'ils ont demandées et payées... je ne vois aucune impossibilités à ce que l'établissement communal qui recevra la fondation (la succession) puisse en remplir les charges. Le 13 Avril 1905, Monsieur Grousseau disait à la Chambre :'' il y a sous le savez, des communes qui ont reçu des libéralités sous la condition d'employer une partie des revenus à faire dire des messes... Je désire savoir ce que vous en penser''.
Monsieur le rapporteur Briand répondait : ‘' Si la commune a reçu un don avec charge, elle est bien obligée de subir ces charges ;mais ce faisant elle ne subventionnera pas le culte, elle ne fera que remplir une obligation''.
Et si son patrimoine est recueilli par un établissement communal d'assistance ou de bienfaisance. Celui-ci fera-t-il dire les messes ? Le Président de la commission répondait : ‘'Bien entendu ! Comment serait-il pourvu à la célébration de ces messes ? Je n'en sais rien... Nous ne pouvons pas entrer dans le détail à cette occasion. Nous ne pouvons que poser des principes...''.
Maurice Barrès ajoutait :... Enfin, messieurs, je crois pouvoir m'appuyer sur un précédent, je crois pouvoir raisonner pas analogie. L'Assistance publique a encaissé à maintes reprises des sommes qui lui ont été léguées à charge de remettre une partie des revenus aux curés pour leur aumônes. Jusqu'au 13 décembre
1905 ces revenus ont été versés tous les trois mois entre les mains des curés. Mais au 13 Décembre, c'est-à-dire quand nous nous sommes trouvés sous le régime de la séparation, l'Assistance publique s'interrompit de rien verser. Elle se disant sans doute que les curés n'ayant plus de personnalité juridique, elle n'avait plus à les connaître. Et bien, voici que ces jours derniers les curés des paroisses de Paris ont reçu une lettre de l'Assistance publique les informant qu'en vertu d'une délibération du comité consultatif, en date du 18 Juillet dernier, les intérêts des legs étaient à leur disposition, comme par le passé, à la condition qu'ils fournissent un état nominatif des personnes secourues.
En vérité, concluait Barrès, si l'administration connaît les curés comme distributeurs d'aumônes, elle peut les connaître comme diseurs de messes. Et les garanties dont vous vous contentez pour les aumônes seront celles que vous aurez pour les messes : l'affirmation du curé qu'il a rempli son obligation''.
Par ailleurs, si les ministres du culte ne peuvent percevoir de rémunération de l'Etat qui jusqu'alors leur allouait une « modeste aisance », généralement supérieure à leurs paroissiens, les dites associations diocésaines chargées de rémunérer les prêtres peuvent recevoir, outre les dons (article 19 de la loi de 1905) quel qu'en soit l'importance, une rémunération qui s'ajoutent à leur modeste traitement pour les dépenses
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relatives à des services d'aumôneries dans les lycées et collèges des écoles publiques , hospices, asiles, et prisons (article 2 de 1905).
Pour conclure sur ce point, Jean-Paul Scot, partage la position du philosophe Henri PENA-RUIZ, que « la laïcité ne se réduit pas à une simple sécularisation de fonctions civiles auparavant tenues par des autorités religieuses. Elle n'est pas une simple séparation ou une simple neutralité confessionnelle. De telles caractéristiques, purement négatives, ne sont que des conséquences des exigences positives qui lui donnent sens. Ces exigences tiennent à ce que l'on pourrait appeler l'institution de la liberté en tous et en chacun, en tous parce la république le requiert pour l'exercice de la citoyenneté, en chacun parce qu'il en va de l'égalité authentique sur les plans éthique et politique [...]. L'état laïque joint à la neutralité confessionnelle le souci de promouvoir effectivement l'autonomie de jugement de chaque citoyen » et pour Paul Claudel, le poète converti qui avait été si hostile à la loi de 1905, finira par y voir une oeuvre respectueuse de la foi et par dire de Briand que dans « ce scepticisme il y avait une sincérité incontestable et émouvante, une horreur de la violence et du gâchis. Il aimait la paix et la faisait aimer (L'Etat chez lui, l'Eglise chez elle. Coll POINTS H 347)
Mais pour l'histoire, Clemenceau reconnaît, objectivement, le grand rôle joué par Briand.
L'application actuelle de la loi de la séparation
D'une laïcité de combat, nous sommes aujourd'hui passés à une laïcité de compromis. Comme le souligne Daniel Amson : « d'une certaine manière, malgré le vote de la loi de Séparation. La France est revenue sur bien des points au système concordataire » (La Querelle Religieuse Quinze Siècles d'incompréhension. Editions Odile Jacob).
C'est le résultat d'un équilibre entre la garantie de la liberté religieuse et les impératifs de fonctionnement des services publics et privés.
D'ailleurs, l'abbé Lemi



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