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L'Eglise et l'Etat par Gilles Bossy


L'EGLISE ET L'ETAT par Gilles BOSSY

Ce que les auteurs d'une séparation de l'Eglise et de l'Etat, qui s'est incarnée notamment par la loi du 9 décembre 1905, n'avaient pas envisagé.

Suite aux articles consacrés à Georges Clémenceau dans les numéros précédents, Gilles Bossy dresse un panorama de l'évolution des relations entre l'Eglise et l'Etat.


Pour ce, reprenons le mot célèbre de Victor Hugo : «l'Eglise chez elle, L'Etat chez lui», ou celui  plus lapidaire de Georges Clemenceau : « DIVORCONS », ce dernier craignant toujours de voir que l'Eglise romaine qui avait adopté les structures de l'Empire romain ; ayant parfois par suppléance, aux époques de la « chrétienté », détenue le pouvoir temporel, qu'elle avait même été la religion officielle, en un mot,  qu'elle exerce un Césaro-papisme dans la conduite des affaires de l'Etat,  mais notre homme n'avait pas, comme nous l'avons dit ‘'la haine de la religion'', ni cherché à ‘'changer le lit du fleuve'', c'est-à-dire à dé-radicaliser les esprits, comme certains de ses contemporains.

Si depuis la Révolution, l'Eglise catholique a souvent donné l'image de l'alliance du « sabre et du goupillon », celle-ci s'aligne sur une ligne contre-révolutionnaire, elle avait également été, malgré quelques compromis, dans l'opposition aux gouvernements de gauche de la IIIème et de la IVème République.

Il n'est pas contestable, par ailleurs, que l'Eglise soit néanmoins sortie affaiblie de la crise révolutionnaire. Elle connut ensuite une renaissance tout d'abord par le retour des valeurs d'ordre, d'autorité, symbolisées par la Restauration.

En premier lieu, c'est le rôle des cercles,  ces associations pieuses ou laïques qui tiennent une place considérable, à l'exemple de la société Saint Vincent de Paul. C'est aussi la renaissance des ordres religieux et des congrégations avec : la Compagnie de Jésus, les Bénédictins, les Dominicains, les filles de la charité de Saint Vincent de Paul, les Oblats, les Marianistes qui se vouent à l'assistance aux pauvres, aux oeuvres hospitalières, à l'instruction populaire, à l'activité missionnaire.
Apparaissent aussi, des types nouveaux de spiritualités, dévotions, cultes et piété mises en valeur par des miracles et des apparitions. C'est enfin, à cette époque, le développement de l'activité intellectuelle  et l'occasion pour l'ultramontanisme de s'affirmer.

Parallèlement, c'est également, l'apparition du libéralisme politique qui va se manifester par la montée d'un libéralisme anticatholique dans la bourgeoisie et dans de larges couches de l'aristocratie. Pour les libéraux ce mouvement doit s'incarner par une lutte contre le cléricalisme, voire contre l'Eglise elle-même.
En outre la naissance du prolétariat industriel influencé par un socialisme anticlérical ou athée engendre un facteur d'affaiblissement de la présence chrétienne dans la société.

Mais, des chrétiens réagissent, d'où la naissance dans les années 1820-1830 d'un courant chrétien social (catholique social et protestantisme social) c'est ainsi que nait aussi un catholicisme libéral qui cherche à réconcilier l'Eglise et le libéralisme politique mais surtout le catholicisme social qui vise à apparaître une solution chrétienne aux problèmes sociaux. Cependant ces deux courants ne se confondent pas : les catholiques libéraux ne sont pas sociaux et ne remettent pas en cause le libéralisme économique, à l'exemple de MONTALEMBERT qui se montre méfiant à l'égard du suffrage universel. Par contre les catholiques sociaux sont antilibéraux et antidémocrates. Ils regardent vers le modèle antérieur à la Révolution de 1789. Le plus éminent représentant du catholicisme social français, à cette époque, sera René de La Tour du Pin, mais celui-ci prône le retour à une société individuelle ou antérieure à la Révolution, ce qui le conduira par la suite à l'Action Française.

La démocratie chrétienne naissante sera la synthèse de ces deux courants, bien que la frontière n'ait pas été toujours simple. D'ailleurs des hommes et des publications peuvent se réclamer des trois courants (démocratie chrétienne, catholicisme libéral et social).
Elle sera un essai de réponse des chrétiens aux problèmes contemporains, et aussi d'instiller la démocratie politique et la démocratie sociale.
Historiquement, cette tentative de concilier l'Eglise et la démocratie au travers de l'Eglise constitutionnelle avait été envisagée par l'abbé Grégoire et Lamourette, évêque constitutionnel, et avait donc constitué le premier pas du concept de démocratie chrétienne, lors de la Révolution. Mais ce premier mouvement sera combattu par l'anticléricalisme révolutionnaire et l'intransigeance romaine.

Ce n'est qu'en 1830 qu'apparaissent les premiers cercles de tendance démocrate chrétienne. Puis lors de la révolution de 1848, on constate que l'Eglise et certains de ses membres ont le souci d'un rapprochement entre le catholicisme et la démocratie.

Donc en 1830, l'abbé Félicité de Lamennais (1782 - 1857) - qualifié par la suite de socialiste romantique - a d'abord des positions théocratiques et ultra-royalistes, puis évolue vers des positions libérales et démocratiques qu'il expose dans le journal ‘'l'Avenir'', fondé par l'abbé Gerbet, auquel Charles de Montalembert (1810 -1870) catholique libéral et Lacordaire (1802 - 1861) précurseur de la démocratie chrétienne apportent leurs contributions. Ce quotidien compte parmi ses lecteurs qui leur accordent leur sympathie : Victor Hugo, Chateaubriand, Lamartine, Balzac et de Vigny.

D'ailleurs Lamennais, Montalembert et Lacordaire,  ce dernier auteur du célèbre aphorisme : « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, c'est la liberté qui opprime et c'est la loi qui affranchit », n'étaient pas des inconnus pour Clemenceau qui rappelle leurs rôles, comme nous l'avons souligné, dans une lettre à l'abbé Lemire en juillet 1913

L'Avenir aura, par ses positions, un rôle d'avant-garde, et Lamennais, dès le 7 décembre 1830, défend la démocratie politique alors que la France connaît un suffrage censitaire très restrictif et demande le suffrage universel, il revendique également la décentralisation et revendique la liberté de la presse, la liberté d'association et de réunion..

Puis, par la suite les revendications sur le temps de travail, la création de syndicats professionnels, la dénonciation du capitalisme porteront la marque du réformisme social de l'Avenir. Partisan de l'unification de l'Europe et de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, il encourage ce courant de pensées et développe en quelque sorte des idées d'avant-garde. Enfin, celui-ci appelle à la création d'un « parti catholique ».

Mais ces revendications n'ont pas l'agrément de Louis Philippe et bien qu'indifférent à la religion, demande, au Vatican, avec d'autres de prendre des mesures contre cette publication. Ces prises de positions heurteront  l'Episcopat et nombre d'évêques interdiront la lecture du journal.  

Ensuite la condamnation de ces idées par le Pape Grégoire XVI contraignent les ecclésiastiques et de nombreux lecteurs aux désabonnements et conduisent les rédacteurs de l'Avenir à se soumettre puis à renoncer à faire paraître le journal.
Néanmoins, ces thèmes utilisés et développés par l'Avenir seront repris par les démocrates chrétiens.
La IIéme République est une période d'ouverture à l'égard des prêtres et les évêques apportent leur soutien au nouveau régime. Il est d'ailleurs symptomatique que le Président de l'Assemblée constituante est le Docteur Philippe Buchez, inspirateur du journal ‘'L'atelier ‘', théoricien des coopératives ouvrières de production et du socialisme chrétien, soit un catholique et républicain convaincu. Ce fût une brève période de réconciliation de l'Eglise catholique et du prolétariat ouvrier. Ce courant influencera notamment des écrivains tels que George Sans ou Dostoïevski.

C'est à cette période qu'un nouveau quotidien ‘'L'Ere Nouvelle'', voit le jour dont l'animateur est l'abbé Maret, ancien disciple de Lamennais, titulaire d'une chaire de dogme à la Sorbonne, organe auquel contribue également Frédéric Ozanam, fondateur des conférences  Saint Vincent de Paul, journal qui s'affirme républicain et démocrate-chrétien, mais aussi Pierre Leroux, le fouriériste catholique Louis Rousseau. En outre quelques députés démocrates-chrétiens seront élus, outre Buchez et Lacordaire à Paris, dans les départements du Tarn, du Lot et Garonne et dans la Creuse.

L'abbé Maret n'écrivait-il pas en juillet 1848 : « La démocratie chrétienne, voilà l'avenir ».

Puis l'élargissement du suffrage censitaire et l'établissement du suffrage universel vont permettre la naissance des partis et en particulier des premiers partis d'inspiration religieuse. Soulignons, que Montalembert ne s'était pas associé à cette nouvelle publication dont l'objet était de réconcilier le catholicisme et la démocratie en s'affirmant démocrate-chrétien.

Si ce courant classé au sein des socialistes utopiques a eu un rayonnement intellectuel inférieur à l'équipe de l'Avenir dont l'animateur principal était, donc, Lamennais, cependant son impact fut certainement plus important pour la démocratie chrétienne, certes facilité par l'élargissement du suffrage censitaire puis le suffrage universel qui va permettre les premiers partis d'inspiration religieuse.

Rappelons qu'entre 1844 et 1848, Montalembert avait  entrepris la création d'un parti catholique avec pour objectif, l'obtention de la liberté de l'enseignement secondaire. Il obtient quelques succès avec 140 élus environ. Mais le parti s'effondra à la Révolution de 1848.

L'encyclique RENUM ROVARUM de Léon XIII (1891)

Nous savons qu'à cette époque les catholiques français sont divisés entre monarchistes, voire légitimistes et républicains de tendances diverses dans tous les camps.

Si les abbés démocrates publient abondamment livres et articles, les philosophes tels que Maurice Blondin, Maritain, Etienne Gilson et beaucoup plus tard Etienne Borne poursuivent la réflexion. Les catholiques libéraux sont généralement des laïcs ayant des responsabilités économiques et politiques : Montalembert, de Broglie, Denis Cochin futur ministre en 1915.

Cette encyclique sera un facteur important de la démocratisation des programmes et du recrutement des partis chrétiens. Elle permettra en outre la naissance des syndicats chrétiens et surtout sera un élément important dans l'évolution de l'Eglise à l'égard des problèmes politiques et sociaux.

De nombreux cercles d'ouvriers catholiques se fondent, notamment dans les grandes villes. Ceux-ci ne sont pas à confondre avec les cercles créés par Albert de Mun au lendemain de la guerre de 1871 qui prône moins un socialisme que des réformes sociales matinées de corporatisme sous la forme d'un syndicat mixte mêlant ouvriers et patrons , ce qui lui vaut les attaques de Clemenceau et ce qui donne lieu à un débat  à la chambre, le 30 avril 1894 entre Jaurès et l'auteur de ce syndicat

-          Albert de Mun : « il n'y a pas de socialisme chrétien ».

-          Jean Jaurès : « Monsieur de Mun, je suis entièrement d'accord avec vous, si vous voulez constater qu'il y a incompatibilité absolue entre le principe d'autorité représenté par l'Eglise, telle que vous la servez et le principe d'universel affranchissement qui se résume pour nous dans la doctrine socialiste... Si je vous ai appelé socialiste chrétien, monsieur de Mun - un mot contre lequel au point de vue philosophique, vous avez le droit de protester - c'est d'abord parce que c'est ainsi que le mouvement que vous avez inauguré est communément nommé dans les discussions politiques et ensuite parce qu'en effet vous avez essayé d'emprunter au socialisme tout ce que vous pouviez pour lui emprunter pour restaurer dans ce pays-ci l'influence du christianisme constitué à l'état d'Eglise».

-          Albert de Mun : «  C'est tout le contraire ».

.Rappelons que les catholiques français sont divisés entre monarchistes et républicains. Puis au cours de l'année 1896 se fonde le «  Parti démocrate chrétien ».

La pensée sociale de la politique chrétienne avait donc eu comme précurseurs (Lamennais, Lacordaire, Ozanam). Puis on constate dans un deuxième temps, une évolution du catholicisme politique  vers le réformisme politico-social devenu possible par l'évolution de l'Eglise avec l'abbé Naudet (1859 - 1929), l'abbé Gayraud (1856 - 1911) député du Finistère, Marc Sangnier et Robert Cornilleau qui ont contribué en France à l'élaboration de la doctrine démocrate chrétienne.

Suivront, l'abbé Lemire député du Nord de 1893 à 1928, le chanoine Desgranges député du Morbihan de 1928 à 1940 mais aussi bien d'autres prêtres : Naudet, Daubry.

Bien que l'encyclique GRAVES DI COMMUNI interdise l'emploi de l'expression « démocrate-chrétien », des intellectuels, journalistes, avocats, universitaires tels que Marc Sangnier, Emmanuel Desgres du Loû, Lorrin et même l'industriel Léon Hamek vont s'engager. Si le Sillon regroupe la plupart des démocrates-chrétiens, toutefois l'abbé Lemire ne le rejoindra pas.

Mais la démocratie chrétienne était réduite par les papes Léon XIII et Pie X à l'action charitable des chrétiens.

Le Parti démocratique chrétien constitué par de  nombreux cercles ouvriers à la suite de RENUM ROVARUM et la méfiance de Pie X envers la démocratie et le climat de lutte contre le modernisme amènent le pape à demander au Sillon de se dissoudre. Marc Sangnier, comme ses précurseurs de l'Avenir, obéit et se soumet en 1910 .

Cependant le Sillon aura eu un rôle de formateur de cadres que nous retrouverons dans divers organisations (Association catholique de la jeunesse française ACJF) fondée par Albert de Mun, les Semaines Sociales, la C.F.T.C.)

En conséquence les formations d'inspiration démocrate chrétienne s'appelleront autrement : Jeune République, etc....  Il a fallu attendre 1943 pour qu'un parti italien notamment animé par De Gasperi obtienne l'accord de Pie XII pour utiliser l'expression.

Donc, en France, trois partis démocrates-chrétiens naissent de la condamnation du Sillon.

La Jeune République en 1912 par Marc Sangnier qui aura trois à quatre députés entre 1919 et 1940. Elle adhère au Front Populaire et comptera un secrétaire d'Etat : Philippe SERRE.

En 1919, L'Union populaire républicaine d'Alsace.

L'absence de Parti démocrate-chrétien - l'Alsace au XIXème siècle est une province peu religieuse plutôt anticléricale avec de forts noyaux protestants - amène les alsaciens à constituer une formation purement locale qui après quelques vicissitudes dû à son autonomisme se tiendra à l'écart et donc refusa son intégration au sein du PDP.

Enfin, le Parti démocrate populaire (PDP) en 1924, il aura 15 à 20 députés. Prônant un réformisme prudent, d'abord trait d'union entre radicaux et modérés. Il se rapproche des radicaux et des socialistes et appuiera Léon Blum pour constituer un gouvernement national. Il s'appuie sur un quotidien tel que « Ouest-Eclair » à Rennes. Les leaders principaux à l'époque sont : Auguste Champetier de Ribes, Robert Schuman, puis des hommes ayant occupé des responsabilités de premier rang dans la résistance, mais également dans les gouvernements à la Libération et dans la IVème République,  Georges Bidault, Pierre-Henri Teitgen, Paul Coste-Floret, François de Menthon.

Un rapprochement entre ces courants aurait pu se réaliser grâce au quotidien « l'aube » dirigé par Francisque Gay. En vain.

Mais par ailleurs, comme le souligne René Rémond, naît la querelle qui divisa l'opinion catholique dans l'entre-deux guerres entre l'Action Française et la démocratie chrétienne.

Depuis quelques décennies, nous n'hésitons pas à soutenir que le Pouvoir notamment politique dans certaines régions marquées d'abord par le catholicisme et plus particulièrement la ‘'démocratie chrétienne'' (Bretagne, Pays de Loire, Alsace, Haute-Loire par exemple), n'était pas aux mains des élus qui avaient un mandat local ou national, mais implicitement sous l'influence des évêchés, des prêtres et des pratiquants réguliers qui eux se sont par la suite investis dans la vie publique et engagés en conquérant électoralement des responsabilités politiques de premier rang. Combien de ceux, avant d'être maire, député, ministre voire Président de la République sont passés par ces groupements. Pensons par exemple au rôle de la JAC pour la modernisation du monde agricole.

Nous savons également que des responsables politiques de premier plan - pour lequels la religion a joue un rôle dans leurs engagements - et notamment à gauche (les chrétiens de gauche) ont acquis une formation déterminante dans leurs engagements de jeunesse. Mais aussi dans le scoutisme, catholique ou protestant : Valéry Giscard d'Estaing,  Jacques Chirac, François Léotard, Michel Rocard, Lionel Jospin, Simone Veil...), dans le monde agricole donc : Michel Debatisse, de nombreux dirigeants de syndicats tels que la CFDT ou la CFTC, Jean Marc Ayrault a appartenu dans sa jeunesse au MRJC, dont le gouvernement contenait des personnalités telle que Jean Yves Le Drian à la JOC, Cécile Duflot - qui occupa également des responsabilités à la JOC - Arnaud Montebourg et bien d'autres qui ont baigné dans un milieu chrétien voire très chrétien .
Dans un précédent gouvernement de la gauche : Henri Nallet, est un ancien Président de la JEC (agriculture, Garde des Sceaux, François Hollande avait une mère catholique de gauche. Après la JOC, d'autres sont passés à l'action catholique ouvrière.
Evoquons aussi Jacques Delors issue du mouvement progressiste d'adultes chrétiens, Vie Nouvelle. Nous pouvons également évoquer le souvenir de Jean Boissonnat, qui a joué un rôle considérable dans la presse écrite notamment à la Croix et dans d'autres journaux économiques, et aussi du Professeur d'économie François Perroux.
Et même Pierre Cot, grand juriste, plusieurs fois ministre sous la III ème, parlementaire brillant sous la Véme République, et qui a eu une grande proximité, par la suite, avec le Parti communiste avait été un militant actif dans l'Association Catholique de la Jeunesse Française, quand il était étudiant à Grenoble. Même Jean Pierre Chevènement a appartenu à la Conférence OLIVAINT, de sensibilité démocrate chrétienne et surtout pro-européenne...
Pour mémoire : Après la Seconde Guerre mondiale, la Conférence Olivaint est de sensibilité plutôt démocrate-chrétienne et surtout pro-européenne. En 1968, elle devient laïque, sous la présidence de Laurent Fabius (Branche Jeunes) et de Hervé de Charrette (Branche Anciens). La Conférence Olivaint occupe une place singulière dans le paysage des conférences d'étudiants en France en raison de sa longévité, de ses origines jésuites et, surtout, de la vocation qu'elle affiche depuis sa fondation jusqu'à nos jours : former une élite à la vie publique.
Deux personnalités, parmi bien d'autres : Jean- Pierre Mignard très proche de la famille Hollande-Royal et de leurs enfants, catholique pratiquant, ancien et encore récemment directeur du journal « Témoignage Chrétien », Président de la haute autorité du Parti socialiste lors des primaires de la gauche en 2012, auteur d'ouvrages dans lesquels il affirme ses convictions spirituelles. Enfin Christophe Deltombe également avocat et ancien Président de Vie Nouvelle et surtout d'Emmaüs, dans laquelle il a oeuvré pendant de nombreuses années  à la suite de la démission de Martin Hirsch, pourtant marqué à gauche, qui était appelé au gouvernement de François Fillon.

Combien d'autres marqués par une éducation religieuse, catholique ou protestante ont occupé des responsabilités de premier plan, Georgina Dufoix, Christian Sautter, Louis Mermaz, Louis Mexandeau, Nicole Questiaux, Catherine Lalumière, Alain Bombard,  Pierre Joxe, Christian Pierret, Catherine Trautmann, bien souvent plutôt à gauche et se réclamant plus souvent de Jaurès que de Clemenceau. Mais des hommes politiques classés à droite ont également eu des fonctions éminentes : Daniel Hoeffel, Antoine Rufenacht, Thierry Breton, Gérard Larcher, Président du Sénat, ou bien encore l'ancien Président de la région Grand Est, Philippe Richert, également protestant.
Nous pourrions citer, un grand serviteur de l'Etat qui a participé aux gouvernements de la Libération : André Philip, socialiste et également protestant, dont l'épouse a été reconnue juste parmi les nations pour son action auprès des juifs au Chambon sur Lignon (Haute-Loire). Sans parler de notre Président Emmanuel MACRON qui a fréquenté, comme beaucoup d'autres, d'excellents établissements scolaires catholiques : la Providence à Amiens, ou Franklin à Paris, pour Bruno Le Maire ou Luc Chatel. Lycées dans lesquels l'épouse du chef de l'Etat a enseigné.

Enfin, il n'est pas exceptionnel de rencontrer les situations suivantes : soit dans une entreprise ou à fortiori dans un hôpital ou un établissement à caractère social, et de constater que le vrai patron ou dirigeant n'est pas le directeur, mais un prêtre-ouvrier, un ancien prêtre ou un leader syndical charismatique souvent de la CFDT ou de la CFTC qui « mène la vie dure » pour ne pas dire plus à ceux qui exercent le pouvoir juridique.

Nous avons même reçu la confidence suivante d'une « personnalité intellectuelle de gauche agnostique ou non-religieuse », disposant d'une notoriété certaine en matière sociale : « finalement, aujourd'hui, il n'y a que les chrétiens pour se préoccuper  de la question de l'emploi ».

D'une manière générale, nous pouvons évoquer l'influence de personnalités telles que Charles Péguy ayant eu un ascendant, sur les militants chrétiens de gauche mais aussi plus à droite : au très conservateur « Cercle Charles Péguy » à Lyon auquel ont adhéré des personnalités comme Charles Million.

Pensons également à ces mouvements chrétiens tels que le personnalisme d'Emmanuel Mounier incarné par la revue ESPRIT fondée en 1932, la revue Témoignage Chrétien, l'association VIE NOUVELLE. Mais aussi aux courants protestants, à l'exemple de la CIMADE pendant la guerre qui est devenue par la suite l'une des principales associations d'aide aux étrangers en situation irrégulière. Ou à une personnalité telle que Paul Ricoeur,  philosophe protestant.

Nous pouvons même ajouter que l'Etat a donné un « coup de main » en subventionnant les mouvements et associations notamment de jeunesse d'inspirations religieuses ou idéologiques, ou simplement laïques : scoutisme, auberges et jeunesse. Certains organismes qu'il a initiés sont ou ont été gérés en cogestion et leurs organes directeurs rassemblaient des représentants des ministères intéressés et surtout des représentants des organisations de jeunesse,( tels les mouvements d'action catholique) : exemple,  COTRAVAUX pour les chantiers de travaux volontaires, ou COGEDEP, dont l'un des Président au début des années 1960 a été Pierre Mauroy futur Premier Ministre. L'objet était de favoriser des déplacements présentant pour les jeunes un intérêt éducatif par la découverte et l'étude des grandes réalités et des grands problèmes économiques, sociaux, culturels et touristiques, en France, et à l'Etranger, toujours en regroupant et associant les organisations de jeunesse et d'éducation populaire et l'Etat.

Donc, depuis 1981, notamment, avec l'élection de François Mitterrand à la Présidence de la République - devenu plus religieux que catholique - on a assisté aux succès posthumes des catholiques libéraux et des catholiques sociaux, des démocrate-chrétiens puis devenus suivant l'expression « la gauche avant la gauche ».

Certes les églises protestantes et nombre de leurs fidèles les avaient précédés puisque le protestantisme dès les années 1870 s'est assimilé à la gauche et que les protestants ont joué un rôle moteur dans la construction de la République laïque.

Rappelons enfin, que « les Pères de l'Europe » parmi lesquels les chrétiens sont nombreux : Konrad Adenauer, Robert Schuman, Alcide de Gasperi, Paul-Henri Spaak...

De cette histoire, le M.R.P. naît en 1944, il se veut l'héritier de la Résistance à laquelle il a largement participé. C'est derrière le général De Gaulle et sur son nom qu'il obtient ses premiers succès électoraux. Mais rapidement, il ne sera que le représentant d'une IVème République où il ne trouve pas sa place. Ses relations avec l'homme de la France libre deviennent orageuses et son image gaulliste évolue vers un antigaullisme jusqu'à condamner, comme d'autres partis, à partir de 1953, l'homme du 18 juin (Thèse de Pierre LETAMENDIA : Le Mouvement Républicain Populaire - ‘Histoire d'un grand parti français ‘').

C'est ainsi que son poids diminue, ses adhérents sont de moins en moins nombreux, tout comme ses électeurs. Dès lors, il n'est pas étonnant que son influence sur le système politique diminue, bien que les valeurs qui l'aient fondé soient toujours prégnantes.

Il est à relever que lors des élections présidentielles de 2007, 30% des catholiques réguliers ont, au deuxième tour, voté pour Ségolène Royal.

Reconnaissons, que si l'Eglise catholique ne donne aucune consigne de vote aux différentes élections, cependant la Conférence des évêques de France met à disposition des « éléments de discernements » pour choisir les projets qu'une société doit se donner. Les prises de position des églises catholiques et en premier lieu celle du Pape François  mais aussi  des autorités protestantes à l'égard des politiques sociales ou des phénomènes migratoires ou bien encore de certaines dispositions prises par les gouvernements en constituent un signe permanent.

Déjà, Saint Optat, évêque africain du IVème siècle écrivait dans son traité contre le schisme des donatistes : «  L'Etat n'est pas dans l'Eglise, l'Eglise est dans l'Etat »...



LES PARADOXES DE LA SITUATION CONTEMPORAINE

Si les chrétiens de droite et gauche ont « pris le pouvoir », nous ne méconnaissons pas, les défis qui se posent aux autorités publiques contemporaines - Georges Clemenceau avait déjà des préventions à l'égard d'un Islam conquérant alors qu'il était finalement bienveillant à l'égard des juifs, mais aussi des chrétiens - lorsque l'on voit comment des élèves, adolescentes, cherchent à contourner l'interdiction du port du voile à l'école en portant des bandanas ou bien des groupes religieux, avec le soutien de certains parlementaires tel que Ericka Bareigts, députée de l'Ile de la Réunion et ancienne ministre des départements d'Outre-Mer, qui sollicitent et même revendiquent d'ajouter des jours fériés pour les fêtes religieuses spécifiques, voire d'autoriser l'appel, dans les mosquées, à la prière pour les musulmans (LE MONDE du 23 janvier 2018).

La laïcisation de la société pourra continuer de se faire, mais avec vigilance, par un mouvement naturel : prenons pour exemple : les religieuses de la communauté Marie Joseph et de la Miséricorde -  le Conseil d'Etat qui avait estimé, à la suite d'un recours de syndicats se réclamant de la laïcité,  que leur neutralité ne pouvait être remise en cause - qui assuraient encore récemment de leurs soins et peines, entre ‘'la garde à vue'' et leur présentation à un juge d'instruction ou au Procureur de la République, les femmes détenues au dépôt de Paris. Elles ont dû cesser leur mission, faute de vocations, comme la plupart des communautés religieuses. Leur succession a été assurée par des volontaires civils mais qui ont bien des difficultés afin d'assumer cette tâche très délicate.
Autre exemple, pour les cours d'instruction ou d'éducation religieuse en Alsace et Moselle qui sont en forte diminution à la demande des familles.

Par contre les aumôniers sont non seulement tolérés, mais ils disposent d'un statut dans l'armée, avec un grade d'officier et une solde, (le grand rabbin KORSCHIA est un ancien aumônier militaire), mais aussi dans les prisons. Nous nous souvenons de leurs  bienfaits et de leur rôle, appréciés et reconnus par Georges Clemenceau, pendant la Grande Guerre de leur présence qui perdure face aux épreuves que connaissent les militaires.

Par contre, la jurisprudence a mis le haut là à certaines tentatives chez certains juifs : ‘'l'affaire des cabanes'' (Cass 3° civ 8 juin 2006) ou des digicodes (Cass 3° civ 18 décembre 2002) : les conventions religieuses ne peuvent s'imposer à un règlement de copropriété. Les pratiques dédiées par des conventions religieuses n'entrent pas dans le champ contractuel et ne font naître aucune obligation spécifique à la charge du bailleur ou de la copropriété.

En droit du travail, l'arrêt « baby-loup » a posé des limites à la manifestation des convictions religieuses et a justifié le bien fondé d'un licenciement d'une salariée qui était revenue voilée à la suite d'un congé maternité dans une crèche privée s'adressant à tous publics, quelles que soient leurs convictions. Par contre, la Loi El Komhri a autorisé une certaine souplesse pour permettre aux salariés d'exercer leur culte sous la condition d'une absence de prosélytisme.

Il est piquant d'observer que la laïcité, hier valeur de gauche s'il en est, pour ne pas dire de combat contre l'Eglise, est aujourd'hui revendiquée par différents courants des droites politiques. C'est le cas  de la droite extrême, pour s'opposer à l'islam et notamment à l'islamisme. On constate par ailleurs que les chantres du combat contre le pouvoir « théocratique » -comme certains membres et élus de la ‘'France Insoumise''- contestent le caractère religieux de certaines pratiques ou tenues vestimentaires, tel que le voile, pourtant considérées jusqu'alors comme signe d'une vision intégriste et non seulement identitaire, mais aussi un signe de prosélytisme (Laïcité : les « insoumis » cherchent la bonne parole. Le Monde du 9 novembre 2017).

Et nous avons vu récemment le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA, anciennement la Ligue communiste) qui se réclame pourtant de la célèbre affirmation de Marx : « Le religion est l'opium du peuple » présenter la candidature d'une jeune militante qui avait le mauvais goût d'être musulmane et de porter un foulard... Une certaine gauche française qui se réclame d'une façon générale de cette maxime conteste d'être qualifiée islamophobe.

C'est dire qu'il convient, aujourd'hui, de conserver la Loi du 9 décembre 1905 dans son intégralité juridique et dans son esprit, quand bien même, par souci du bien commun, il convient d'accepter quelques aménagements pratiques pour faciliter le respect entre des citoyens qui ont des sensibilités différents.

Pourquoi ces débats en France, particulièrement ?

Les pays scandinaves (Norvège, Suède, Danemark sont de christianisation relativement récente. L'évangélisation n'a eu lieu que huit siècles après celle de l'Italie et 3 siècles après celle de la France et 15 siècles après le sacre de Clovis qui a transformé la gaule païenne en royaume catholique.
Ce pays a été durablement marqué par la culture chrétienne et dont il a résulté une morale collective, la famille, l'école et la conscience publique.

Que serait la France, comme d'autres pays : l'Espagne, l'Italie, le Portugal, sans ses églises et ses cathédrales mais aussi sans ses philosophes et écrivains tels que Thomas d'Aquin, Pascal, Chateaubriand, Lamartine, Victor Hugo, Péguy et combien d'autres ?
De plus, les penseurs de la philosophie des lumières au XVIIIème siècle ont été profondément influencés par la religion chrétienne : Voltaire formé par les jésuites et bien qu'éloigné de la pratique du catholicisme était profondément déiste. Jean Jacques Rousseau s'il ne fut pas un protestant constant, fût l'apôtre d'un déisme auquel il dédia le plus bel hommage littéraire du XVIIIème dans la «  Profession de foi du vicaire savoyard ».

Cet apport de l'Eglise s'est fait sentir, certes aujourd'hui à un moindre degré, jusqu'au début du XXème siècle, par un idéal envers la nation, l'école, doublé d'un sentiment de solidarité.
Reconnaissons enfin, que la philosophie des lumières, avec Montesquieu, Voltaire et Rousseau ont apporté le concept national : « Liberté, Egalité, Fraternité », synonyme de compréhension de la société et d'action sur elle.

Le 12 avril 2018                                              Gilles Bossy





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N° 122 du 1er trim. 2009

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