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Bulletin N°18


  

BULLETIN DE LIAISON N° 18 - 133 bis, rue de l'Université 75007 -

email : amicalemrp@laposte.net- site : www.amicalemrp.org

Décembre 2014

Notre Ami JACQUES BARROT

Après Dominique BAUDIS, Jacques BARROT vient de nous quitter.

C'est le coeur de tout ce que représentait le Centre des Démocrates Sociaux qui est atteint.

Pour moi, Jacques c'est d'abord l'ami, le compagnon de très nombreux combats politiques engagés ensemble.

C'est aussi l'exemple de l'homme politique généreux, attaché passionnément aux hommes et aux femmes de son territoire de Haute-Loire.

L'Amicale lui rend hommage dans  ce bulletin.

Pierre MEHAIGNERIE  

Président de l'Amicale du MRP.

Paris le 8 décembre 2014

De nombreuses personnalités, de droite, du centre et de gauche  dont l'ex- président Sarkozy et la garde des Sceaux Christiane Taubira  ont assisté le lundi 8 décembre aux obsèques de Jacques Barrot  en la Basilique Sainte Clotilde à Paris.

Etaient présents : le Président de l'Assemblée nationale, Claude Bartelone, Michel Charasse, ancien sénateur socialiste du Puy de Dôme  et actuel membre du Conseil Constitutionnel, Pierre  Méhaignerie , ancien Ministre, François Bayrou, Président du MODEM, Louis Giscard d'Estaing, Maire UDI de Chamalières. De nombreux membres de l'UMP ont entouré celui qui fut Ministre de Valéry Giscard d'Estaing  et  de  Jacques Chirac : Nathalie Kosciusko- Morizet, Laurent Waukiez, Alain Juppé, Bruno Lemaire, Xavier Bertrand, Brice Hortefeux, Michel Barnier, Jean-Paul Delevoye, Michèle Alliot-Marie et Patrick Ollier, de nombreux députés et sénateurs, et les militants du CDS  et de l'UDF qui ont travaillé de longues années avec Jacques Barrot .

L'Amicale du MRP  était représentée par plusieurs membres de son bureau.

Durant la très belle cérémonie qui dura près de deux heures, Jean-Louis Debré, Président du Conseil Constitutionnel, prononça les paroles, reproduites ci-dessous, retraçant  le parcours et les valeurs  qui animaient Jacques Barrot, et qui ont été reconnues unanimement  par tous  les présents.

Jean -Louis DEBRE, Président du Conseil Constitutionnel  

Aujourd'hui, tous ici nous partageons une immense tristesse. Jacques Barrot nous a quittés.

A Béatrice, à Jean-Noël, Hélène et Marie, à ses proches,

Permettez-moi, au nom de tous ceux présents aujourd'hui, de vous exprimer nos condoléances les plus sincères.

Les amis de Jacques Barrot ici réunis sont venus depuis Yssingeaux ou de Bruxelles. Ils appartiennent à la grande famille démocrate-chrétienne mais aussi, à tous les autres mouvements républicains. Ils furent ses coreligionnaires catholiques et aussi ses amis rencontrés dans les dialogues interreligieux.

Jacques Barrot était en effet un homme de conviction mais également un homme multiple, toujours ouvert aux autres, à la différence, à l'échange. Rien ne lui était plus étranger que l'intolérance ou le refus de l'altérité. Il respectait les opinions contraires mais il aimait aussi passionnément convaincre car ses idéaux étaient profonds.

Ses idéaux avaient pris racine en Haute-Loire, dans l'après-guerre. Jacques Barrot a alors noué les quatre engagements de sa vie : une fidélité locale jamais démentie, une foi catholique profonde, un engagement politique et social constant, une conviction européenne transcendant les égoïsmes nationaux.

Une fidélité locale d'abord car Jacques Barrot, né à Yssingeaux en 1937, est resté passionnément attaché toute son existence à sa ville et à la Haute-Loire. Il venait d'ailleurs d'y faire construire une nouvelle maison pour y accueillir ses enfants, ses petits-enfants et tous ses amis.

Jacques avait grandi dans l'appartement au-dessus de la pharmacie paternelle. Il avait suivi les cours du petit séminaire d'Yssingeaux. Il connaissait chaque famille et les 7 000 habitants de sa commune mais aussi tout le département.

Président du conseil général pendant près de 30 ans, maire pendant 22 ans, il s'était profondément investi pour sa ville et son département. Ses combats avaient été ceux du désenclavement et du développement local. Rien ne lui faisait plus plaisir que de décrire ses combats gagnés pour l'aménagement de la route nationale 88 ou pour l'installation dans sa ville d'une Ecole Nationale professionnelle. Hier encore, il se dépensait sans compter pour faire rayonner le festival de musique sacrée de la Chaise Dieu.

Dans sa jeunesse en Haute-Loire, Jacques Barrot avait noué une foi catholique profonde. Il avait hésité à choisir une vocation au service de l'Eglise et avait passé une année au Grand séminaire du Puy. Ses années lyonnaises à Fourvière l'avaient confirmé dans sa volonté de concilier recherches intellectuelles et foi. Vatican II fut pour lui un moment décisif et son document final Gaudium et spes, un guide pour la vie. Il y puisa les sources d'une action inspirée par l'Evangile et l'égard de tous, pour l'avantage de toute la famille humaine. Le christianisme était pour lui une source féconde où les citoyens engagés dans la cité devaient pouvoir puiser.

Cette foi était chez Jacques Barrot une foi ouverte et bienveillante et non une foi identitaire et refermée. Cette recherche de l'humanisation du monde l'avait vu être favorable à la loi Veil de 1975 puis voter l'abolition de la peine de mort. Il voulait agir, selon la formule de Jacques Maritain, en tant que Chrétien et non pas en Chrétien.

Cette foi Jacques Barrot la concevait à la suite de son père, comme une foi plus soucieuse de charité que d'identité. Il rappelait que chaque 15 août, fête de l'Assomption, son père préférait aller communier à une messe très tôt le matin pour ne pas gêner, à la grande messe solennelle au Puy, les élus qui en raison de leur attachement à la laïcité ne participaient pas à l'eucharistie. Il avait gardé la même foi respectueuse des autres.

Après sa fidélité locale et sa foi catholique, le troisième engagement de Jacques Barrot pour un engagement politique et social est né juste après la guerre. Pendant celle-ci, son père était entré dans la Résistance. Il avait participé à l'organisation d'un réseau « Les petits bergers des Cévennes » afin d'arracher les enfants juifs à la déportation. François Mitterrand indiquait qu'à ses yeux Noël Barrot fut un « juste ». Jacques aimait rappeler que c'est dans le silence obligé de la Résistance que son père avait appris à servir plus qu'à paraître. C'est cet esprit de service qu'il lui avait transmis pour un engagement politique et social.

Certains personnages politiques suscitèrent alors son admiration : le bâtonnier Henri Teitgen qui avait muri son idéal politique dans les camps de concentration, Robert Schuman dont il appréciait la modestie et la simplicité rayonnante. Et puis aussi d'autres modèles en politique auxquels Jacques Barrot consacra un livre : Germaine Poinso-Chapuis, Eugène Claudius-Petit, André Diligent, Joseph Fontanet. Tous avaient été résistants, tous étaient catholiques, tous s'étaient engagés politiquement. De même, Jacques Barrot s'attacha toute sa vie à marier son engagement et ses convictions.

Député pendant près de quarante ans, ministre du Président Valéry Giscard d'Estaing puis du Président Jacques Chirac, Jacques Barrot laisse derrière lui une marque profonde au service des Français :

Il a créé l'aide personnalisée au logement lorsqu'il fut secrétaire d'Etat au logement de 1974 à 1978 ;Il a mis en place le régime social des artisans et des commerçants lorsqu'il fut ministre du commerce et de l'artisanat de 1978 à 1979 ;

Il engagea le plan de redressement de la sécurité sociale comme ministre de la santé en 1979.Il affirma alors avec force, affrontant les professions médicales, que la sécurité sociale ne pouvait avoir des dépenses supérieures à ses recettes.

Il reprit avec courage les mêmes principes de 1995 à 1997 avec Alain Juppé. Il s'interrogeait depuis lors sur notre sécurité sociale qui fonctionne à crédit, mettant en danger le futur de nos enfants sur lesquels nous reportons nos dettes.Jacques Barrot, que la foi avait mis à l'abri des idéologies, était, derrière ses airs apaisants, un faux candide et un homme libre et déterminé.

C'est cette liberté qui le vit s'abstenir pour permettre au Gouvernement de Michel Rocard de faire voter la réforme de la CSG. C'est cette détermination qui le vit combattre avec tant de force l'intolérance et l'extrémisme. Sa tristesse, le 21 avril 2002, n'était pas feinte. Il pleurait la perte de repères de son pays qui lui était si cher.

Avec ses engagements locaux, spirituels et politiques, la quatrième fidélité de Jacques Barrot fut européenne. Dès sa jeunesse, il fut inspiré par l'idéal européen communiqué par ses fondateurs. Cet idéal était celui de la réconciliation des peuples autour d'un idéal commun. Il était convaincu qu'à court ou moyen terme les nations européennes continueraient à en découdre sauf si on les conduisait à accepter de partager des intérêts communs. A cet effet, Jacques Barrot ne redoutait pas une autorité supranationale.

Jacques avait aimé ses fonctions de vice-président de la Commission européenne en charge successivement des transports et de la justice.. La Commission était à ses yeux garante de l'intérêt général européen. Elle devait aider les Etats à construire des compromis pour progresser au service de cette vision géopolitique.

Il était fier d'avoir fait aboutir le grand projet de GPS européen Galiléo ou encore d'avoir fait progresser l'espace européen de justice et de sécurité. Mais il avait mal pour l'Europe à chaque fois qu'elle était rendue responsable de maux qui nous sont propres et qu'elle était désignée comme le bouc émissaire de réformes que nous ne savions pas mener à bien.

Après cette immense carrière politique, Jacques Barrot est entré au Conseil constitutionnel en 2010. Il avait laissé de côté son engagement partisan pour devenir un juge constitutionnel influent et écouté. Il rapportait chacun de ses dossiers avec le recul d'une vie enrichie de toutes ses expériences. Il était fier et heureux d'être désormais au service de la protection des droits et libertés constitutionnellement garanti

Il ne transigeait pas sur ces derniers, tout en cherchant à définir le juste équilibre pour une juridiction qui n'a pas un pouvoir d'appréciation de la même nature que celui du Parlement.

C'est sur le chemin du Conseil constitutionnel que Jacques Barrot a été frappé. Il venait de finir un rapport sur une question prioritaire de constitutionnalité. Il prenait modestement le métro pour rejoindre le Palais Royal. Son engagement au service des autres qui a pris des formes variées n'a ainsi jamais cessé.

Dans cette évocation de Jacques Barrot, je serais incomplet si je n'évoquais l'ami fidèle, le compagnon enjoué, l'homme aux colères vibrantes et rapidement terminées. Jacques Barrot était un homme complet. Attentif aux autres. Généreux. Son départ laisse un vide immense. Son voeu était que d'autres prennent le relais de son engagement humaniste et prolongent ses combats.

                              ________________________________________

Amicale du MRP                              

133 bis rue de l'Université

75007 PARIS                              Paris le 12 décembre 2014                              

La Secrétaire générale

                              Madame BARROT

                              Aux bons soins du Conseil Constitutionnel

Madame,

Nous avons été très touchés  et émus du décès subit de votre mari  et notre ami  Jacques.

Réunis en bureau  le matin  du 3 décembre, autour de notre Président Pierre MEHAIGNERIE, et en présence de François BAYROU, nous avions évoqué Jacques BARROT pour un prochain colloque que notre amicale  est en train de préparer. Quelques minutes après la fin de notre réunion, nous apprenions, consternés, la nouvelle de sa disparition soudaine.

Pour nous Jacques était incontournable dans ce projet. Adhérent fidèle de notre association,  il participait  chaque fois qu'il le pouvait à nos activités, enrichissant les débats de sa longue expérience politique et humaniste.

Des liens très forts nous unissaient à lui. Il nous avait  d'ailleurs reçus à Bruxelles  pour un entretien, la visite des lieux et un repas à la  Commission Européenne. Nous avions été très touchés de son accueil et de sa disponibilité.

Ses valeurs humaines et chrétiennes, étaient reconnues et appréciées par  tous. Nous sommes heureux de l'avoir connu et d'avoir partagé  les mêmes valeurs.

Les plus anciens de nos adhérents se souviennent de son père Noel BARROT qui fut 20 ans député MRP.

Nous avons beaucoup apprécié l'éloge que fit de lui le Président Jean-Louis DEBRE. Il a su mettre en valeur ses engagements  et sa foi  dans toutes ses activités politiques, tant locales, que nationales et européennes.

J'avais personnellement rencontré Jacques  au Sénat, le 9 Juillet dernier, il m'avait parlé de ses problèmes de santé, je l'encourageais  à réduire quelque peu son emploi du temps.

Mais  travailleur acharné et tellement consciencieux, il a mené sa tâche jusqu'au bout.

Jacques manque déjà à tous ceux qui l'ont aimé et apprécié, vous sa famille, ses enfants  et tous ceux qu'il a rencontrés dans sa vie politique  depuis plus de 50 ans.

Au nom de l'Amicale du MRP, je vous prie, Madame, de recevoir nos salutations  attristées et nos plus sincères condoléances.

Anne-Marie CATHERIN

Charles BOSSON « Un humaniste en politique »

Une sympathique réception au Sénat en juillet dernier, a réuni autour de la mémoire de Charles BOSSON, Député et Sénateur MRP et  Maire honoraire d'Annecy, sa famille et  ses amis.

Un de ses fidèles amis, Michel Amoudry a présenté son livre « Charles Bosson, Un humaniste en politique ». Il a permis d'évoquer la vie de ce talentueux avocat qui fit une belle carrière politique, animé des  convictions et des valeurs  de la Démocratie Chrétienne, «  Démocrate engagé  qui croyait en l'homme et en l'humanité ».

Pierre MEHAIGNERIE, François BAYROU, Jacques BARROT et Bernard BOSSON ainsi que de nombreux élus de Haute Savoie et des sénateurs, étaient présents ainsi que plusieurs membres du bureau de l'Amicale du MRP.

Charles Bosson (1908-2001) a marqué la vie politique après la libération. Parlementaire, président du groupe MRP, il a été mêlé aux évènements de la IV puis de la V ème République.

Dans un récit allègre et très documenté, l'auteur évoque avec talent la personnalité de son ami et son activité politique, avec qui il a partagé ses engagements municipaux à partir de 1971. Le tout émaillé d'anecdotes  inédites, parfois inattendues, parfois émouvantes. On appréciera les repères que nous donne ce « sage » qu'a été Charles Boson et qui reste d'une actualité étonnante.

Né à Genève en 1908 dans une famille de restaurateurs, il fit ses études au lycée Florimont de Genève, puis au lycée du Parc à Lyon, à l'Université de Fribourg, docteur es lettres, licencié en droit , il terminera ses études à la Faculté de droit à Paris. Charles Bosson était brillant dans toutes les matières y compris en solfège, dessin  et diction.

Etudiant à Fribourg il crée le Cercle d'études sociales de l'Université .Habité par une foi profonde, il fréquente l'Abbaye de Saint Maurice, s'intéresse aux nouvelles approches du catholicisme  et devient ami de l'Abbé Maurice Zundel, et suit des cours de théologie de l'Abbé Journet, spécialiste de Saint Thomas d'Aquin .

En 1935 il s'inscrit au Barreau d'Annecy et débute chez Maitre Bouchet de sensibilité démocrate chrétienne. Dès l'âge de 15 ans il a fait partie de l'ACJF. Il milite au groupe « Esprit »d'Emmanuel Mounier , il se trouve en accord avec la pensée de Marc Sangnier , Jacques Maritain, Etienne Borne, qui sont les références de la pensée démocrate chrétienne à laquelle Charles Bosson se montre très attaché. François de Menthon fut nommé Président diocésain de l'ACJF en 1920 à Annecy, puis président national en 1926. « Sociaux parce que catholiques »  était la devise de l'ACJF. Charles Bosson le remplace à la tête de l'ACJF diocésaine. André Colin Président National viendra au congrès départemental  en  1938 qui réunit plus de 8000 jeunes.

Le récit de ces années ACJF est passionnant. Puis c'est la déclaration de guerre, l'armistice, l'entrée en résistance correspondant à ce besoin d'idéal inspiré par la foi pour tous ces jeunes, le maquis, les Glières, l'épuration. Des récits poignants  de toute cette période, très vivants et très documentés.

Vinrent ensuite les années de son engagement civique et politique. C'est la naissance du MRL devenu MRP, mis sur les rails en mai 1944 par André Colin, Albert Gortais, Georges Bidault et François de Menthon. Président du MRP de Haute Savoie, Conseiller de la République de 1946 à 1948, Député de 1958 à 1968, Sénateur de 1968 à 1986. Maire d'Annecy de 1954 à 1975, il transforma et développa sa belle ville d'Annecy pour en faire une des plus belles villes de France. Les anciens du MRP que nous sommes apprécieront  tout particulièrement ces pages sur la jeunesse de Charles Bosson, sur les valeurs qui l'ont animé, et qui feront de lui cet homme politique, cet élu, sénateur, et député MRP, ce Maire d'Annecy qui a su transformer sa ville pour en faire une des plus belles villes de France.

Nous nous souvenons  aussi qu'il a su transmettre  ses valeurs et son idéal à son fils Bernard qui fut député, Maire  d'Annecy, Ministre et toujours militant.

Il faut lire ce livre plein d'idéal et de vitalité, où est si bien décrit ce qu'est l'idéal en politique et la force des convictions de ce « SAGE » que fut Charles BOSSON.

Pour commander le livre :  Editions du Signe - 1 rue Alfred Kastler -BP 10094 - ECKBOLSHEIM

67038 STRASBOURG CEDEX   350 pages -22 euros. Email : info@editionsdusigne.fr  tél :03 88 78 91 91

HOMMAGE A ANDRE DILIGENT

André DILIGENT  et la misère : le 17 octobre 2014  à l'occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, l'association, les Amis d'André Diligent lui ont rendu hommage devant la dalle qu'il avait inaugurée il y a 20 ans à Roubaix, en présence du Maire , des conseillers généraux, des responsables et militants  des associations. Denis Vinckier, qui fut  le  secrétaire d'André, a prononcé un discours dont on peut lire ici plusieurs passages.

« André Diligent n'aimait ni les hommages, ni les mondanités, ni les pince-fesses. Par contre, il aimait rendre hommage aux personnes méritantes, aux vies ordinaires en apparence mais souvent si extraordinaires. Il aimait les gens, il aimait parler avec les gens, il était proche des gens. Il aimait les moments comme ceux-ci et quand il le pouvait, il venait à Roubaix le 17 octobre. C'était, je le crois, un jour aussi important pour lui, que Noël, dans le calendrier de l'année....

Je voudrais rappeler qu'André Diligent est le fils de Victor Diligent qui s'est littéralement tué à la tâche. Mort à 50 ans, on l'appelait à Roubaix l'avocat des pauvres. André Diligent avait 11 ans. Tout au long de sa vie, André Diligent a eu beaucoup de pudeur à parler de son père qu'il tenait en exemple.

André Diligent savait que cette phrase du Père Joseph Wresinski rappelée par Pascal Deren, du mouvement ATD Quart-Monde, était vraie : « La misère est l'oeuvre des hommes, nous pouvons la détruire ». André Diligent était de toute une génération qui était convaincue que pour faire disparaitre la misère, il faut deux choses : aider les personnes à se prendre en main et un volontarisme assumé des pouvoirs publics. André Diligent appartenait à cette catégorie de décideurs qui savaient que les deux vont de pair : subsidiarité et solidarité, et le tout au service d'une fraternité vécue.

Octobre 1994, c'est une période où André Diligent reprend du poil de la bête après de gros problèmes de santé, qui l'amènent à quitter malgré lui sa fonction de maire. En arrêtant, il s'est certainement donné quelques années de respiration supplémentaire, toujours au service de Roubaix.

Le 17 octobre 1994, il y a 20 ans jour pour jour, il est là, ici devant cette dalle, que l'on ne voit bien que si l'on s'arrête. Tout un symbole.  Mais que de symboles puisque André Diligent est né à 100 mètres au 1 rue du Château, nous sommes devant la Médiathèque de Roubaix (Il a tant fait et avant d'autres pour la lecture publique), c'est là qu'est conservée une partie de sa mémoire puisque c'est là que sont classées ses archives et nous sommes à deux pas de cette mairie qu'il avait pris l'habitude de quitter toujours tardivement quand il était maire.

André Diligent avait annoncé le 17 octobre 1993 que la dalle qui désormais avait été posée à Berlin, Strasbourg, l'Ile de la Réunion, Genève, après Paris en 1987, le serait également à Roubaix. Et il avait dit sa fierté que cela puisse être fait.

Le 17 octobre 1994, il n'est plus maire mais la promesse faite est bien entendu tenue. Par un froid vif mais avec des mots qui venaient du coeur et du piano de Miguel Estrella, on se rassembla nombreux autour de cette plaque, rend compte le journal Nord-Eclair. Il est permis de penser que cette inauguration est certainement dans l'esprit d'André Diligent le dernier acte fort de ses mandats de maire de Roubaix. Je m'autorise à penser cela car dans le press-book aux archives, cet article de presse est tout simplement le dernier d'un dossier que vous devinez bien rempli (5 boites au moins).

Pour des raisons de santé, André Diligent a donc quitté ses fonctions de maire en 1994 mais comme Parlementaire de Roubaix, le sénateur Diligent ne lâche rien, jusqu'à sa disparition début 2002. Il répète que seul un concours massif de l'Etat pourra permettre de sortir du cercle vicieux du sous-développement.

Il saisit début septembre 1994 le Premier Ministre de l'époque en lui disant : On parle beaucoup de la lutte si nécessaire contre l'exclusion et je crois que l'occasion va vous être donnée de manifester avec éclat votre politique en ce domaine. Il se fait le porte-parole du PACT ARIM pour inviter officiellement le Premier Ministre au congrès national qui va se tenir à Roubaix fin octobre 1994.

En septembre 1994 toujours, il alerte Madame Simone Veil, Ministre des Affaires Sociales, de la Santé et de la Ville sur une réforme de l'APL qui suscite l'inquiétude. Et de se faire menaçant : l'accès au logement nécessite déjà le versement du dépôt de garantie, l'ouverture des compteurs, lies dépenses de déménagement et d'installation. Si à cela s'ajoute la non prise en charge du premier mois de loyer, c'est l'accès même des familles défavorisées à un logement qui est en cause.

Inutile de préciser que les missives de Diligent étaient lues dans les cabinets ministériels et je vous assure pour l'avoir vécu, Diligent ne laissait jamais repartir un Ministre de Roubaix, sans lui avoir montré les difficultés de la ville, lui avoir remis le dossier le plus complet possible. Ils respiraient, ses dossiers, une authenticité qui visait à toucher les esprits. Autant de flèches toujours finement aiguisées.

Il faut certainement redire ici qu'André Diligent avait connu l'Abbé Pierre sur les bancs de l'Assemblée Nationale entre 1958 et 1962, il avait connu le Père Wresinski et Geneviève De Gaulle Anthonioz. André Diligent écrit dans une lettre au Député-Maire de Noisy le Grand en 2000, qui lui avait adressé le disque « Je vais vous dire un secret » des 31 petits chanteurs en herbe de la cité de la promotion familiale d'ATD de Noisy-le-Grand, qu'il est touché par ce geste pour avoir bien connu le Père jJoseph avec lequel il a oeuvré plusieurs fois. Vous savez que le camp de Noisy-le-Grand, créé par l'Abbé Pierre, le Père Wresinski le rejoint en 1956 pour résider avec les 252 familles. Il créé alors un mouvement marqué par le pluralisme des croyances et des convictions insistant sur le fait que pour refuser la misère, il faut réfléchir et agir autrement, en prenant en compte la pensée et l'expérience des plus pauvres. Cette démarche, André Diligent devait y adhérer à 300%, autant sur le pluralisme des croyances et des convictions à marier que sur la place à donner à la pensée et l'expérience des plus démunis.

Quand à Geneviève De Gaulle Anthonioz qui présidera pendant plus de 30 ans ATD, André Diligent partageait avec elle, l'esprit de résistance. Elle qui voit la souffrance à Noisy le Grand revoit celle qu'elle et bien d'autres ont vécu dans les camps de la mort pendant la seconde guerre mondiale et elle et décide de s'engager avec le Père Joseph.

Ce que je voudrais dire mais vous le savez, c'est que pour André Diligent, les mots avaient un sens, le combat une direction. Jusqu'à la fin de sa vie, il s'est battu pour la dignité humaine, avec des paroles et des actes.

J'ai repris les archives qui objectivent une pensée : c'est dans le champ social que le Sénateur Diligent continue d'interpeller les différents Ministres. En mai 2001, il attire l'attention de la secrétaire d'Etat au logement sur les derniers chiffres fournis par la fondation Abbé Pierre. En 2000 assène-t-il, la construction de 70.000 logements sociaux étaient prévus, 43.000 seulement ont été réalisés. Il insiste pour savoir comment le gouvernement entend relancer le programme pour tenir ses promesses.

C'est l'époque où André Diligent n'arrête pas d'attirer l'attention sur le sort des associations intermédiaires comme ESPOIR à Roubaix. L'administration ne comprend pas toujours et quand elle met en place des dispositions injustes, l'avocat Diligent sort du bois. Et il ne lâche rien car c'est la dignité des personnes qui est en jeu.

Je voudrais pour conclure partager avec vous une conviction. J'étais l'autre soir avec Stéphanie Lamarche Palmier devant François Soulage, ancien Président du Secours Catholique et nouveau président du collectif ALERTE. Il insistait sur la nécessité de continuer de s'intéresser à celui (le pauvre) qui est tout simplement menacé de disparaitre. Et de se faire interrogatif sur une notion de solidarité...en berne : on ne peut pas déléguer la notion du service du frère soulignait-il. Face à la dérive des mots, on reparlera de fraternité.

J'espère avoir réussi à vous redire qu'André Diligent n'était finalement attaché qu'à cela, la Fraternité vécue, à vivre, à proposer. Que c'était le combat de sa vie mais qu'il n'était qu'un héritier et qu'il fallait continuer le combat. Sa définition de la démocratie n'était pas simpliste car elle était précieuse. Il en rappelle tous les enjeux dans son dernier livre : La charrue et l'Etoile, un livre pour passer le témoin avait-il dit. La démocratie « C'est l'organisation politique et sociale qui tend à développer au maximum la conscience et la responsabilité de chacun, en lui permettant dans la mesure de ses capacités et de ses forces, de prendre une part effective à la direction des affaires communes ».

Et il disait à qui voulait ne pas l'entendre de cette oreille que c'était là tout sauf une utopie. Et il rappelait que c'était grâce à cette définition que cette grande cause qu'était l'Europe avait pu avancer et que s'agissant du combat si difficile pour plus de justice et moins de misère, si le combat ne sera jamais terminé, le combat donne à nombre de nos concitoyens une mauvaise conscience indispensable...

André Diligent qui aimait cultiver l'optimisme vous aurait peut-être dit avec Maxence Van Der Meersch, pour qui la richesse était dans l'homme, que « s'il ne croit plus qu'il puisse sauver ses frères, l'homme est perdu ». André Diligent, qui a connu tant d'épreuves personnelles dans sa vie, a attesté que l'homme n'est jamais perdu et que la fraternité est certainement le mot le plus important de la devise républicaine.

A vous de continuer à tirer la charrue en fixant les étoiles.

Denis Vinckier

2e Journée d'étude André DILIGENT par l'association des Amis d'André Diligent

La 2e journée d'étude, qui s'est déroulée le 1er février 2013, à l'université catholique de Lille, aborde et confronte les parcours des Diligent, père et fils. Victor Diligent (1881-1931) et son fils André (1919-2002) ont fait leur droit à la « Catho », une institution dont les professeur auront influencé ces deux représentants du courant démocrate-chrétien nordiste. André Diligent (1919-2002), qui fut maire de Roubaix de 1983 à 1994, a eu d'autres vies.

Ce Nordiste, qui a nourri son engagement politique dans le courant du Sillon de Marc Sangnier et au sein de la démocratie chrétienne, fut tout au long de sa vie l'avocat de bien des causes.

C'est pour perpétuer sa mémoire et diffuser ses idées que l'association des Amis d'André Diligent organise chaque année une journée d'étude.

Avec des textes de Christophe Bellon, Bruno Béthouart, Bruno Cazin, Pascal Deren,Pierre Giorgini, Jean-Marc Guislin, Jean Heuclin, Yves-Marie Hilaire, Pierre Kerlévéo,Eric Mielke et Michel Ribet.

158 pages prix15 €  Pour commander le livre 2e journée d'étude André Diligent

- Envoyer un chèque à l'ordre des éditions Les Lumières de Lille, 46 rue du Curoir 59100 Roubaix.

- Par carte bleue sur le site www.leslumieresdelille.com

Amis récemment disparus

Henri SPORTES né en 1929  à Oran est décédé le 17 juillet dernier à Paris. Professionnellement il était représentant . C'était un ardent syndicaliste CGC, et passionné de politique .Henri a milité au sein du  MRP, du CDS et de l'UDF tout étant présent dans son arrondissement de Paris. Ses engagements syndicaux l'ont conduit à défendre pendant de nombreuses années les salariés aux prud'hommes. Il a été un militant assidu  aux Equipes Syndicales Populaires  du CDS et UDF. Henri a été trésorier  national de notre amicale durant plusieurs années.

Pierre-Marie HILAIRE Triste, Oui, rien ne devait  me rapprocher du Professeur Yves-Marie Hilaire sinon qu'il décida de fréquenter assidûment l'association des Amis d'André Diligent. Il était toujours modeste et encourageant. Il était fier du sens que nous arrivions à donner à l'histoire régionale, à l'histoire de la démocrate-chrétienne. Il était admiratif de l'engagement d'André Diligent qu'il commençait à appréhender dans toutes ses dimensions. Lors de la conclusion de la journée d'étude de l'an dernier), il avait suggéré que nous éditions le dictionnaire des bons mots d'André Diligent. Il y a de quoi faire un ouvrage ! Yves-Marie Hilaire m'avait confié qu'il se sentait le devoir au regard de tous ceux de sa génération disparus trop tôt, d'honorer l'histoire en donnant tout.  Il nous laisse des contributions majeures. Après Jean-Pierre Prévost, Jules Clauwaert, André Heurteaux, Jacques Barrot tout récemment, c'est encore un monument de notre environnement qui disparaît. Nous rendrons bien entendu un hommage tout particulier au Professeur Hilaire le 6 février 2015 .

Denis Vinckier



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Depuis 2009, le bulletin historique imprimé "Le MRP vous parle" diffusé aux adhérents et abonnés a été remplacé par un bulletin de liaison portant le même titre et accessible sur ce site dans "vie de l'Amicale" pour les dernières parutions. Les anciens bulletins imprimés sont consultables en y accédant par l'onglet Archives, puis "anciens bulletins Le MRP vous parle".Ils y sont présentés par leur page de garde. En cliquant sur la page de garde du bulletin choisi , on accède au bout de quelques secondes de chargement, à chacune des pages de ce bulletin que l'on peut ensuite imprimer page par page ou transférer.
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- Jeudis de 11h00 à 17h00
A noter
-nouvel e-mail de l'Amicale:
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